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ANOMALIES DES FACULTÉS INTELLECTUELLES, AFFECTIVES

d'incubation de la folie (l) j'ai donné les caractères principaux des souffrances éprouvées par les individus dont la prédisposition à la folie est en rapport avec un état névropathique des parents, état dont ils subissent les conséquences sous mille formes diverses, bizarres, incompréliensibles pour quiconque n'a pas étudié l'enchaînement et la dépendance des phénomènes névropathiques, ainsi que leurs transformations diverses.

Ils éprouvent, ai-je dit, des périodes d'exaltation et de dépression. Ils sont d'une susceptibilité incroyable et d'une impression nabilité qui les 1 rend les tristes tributaires des moindres changements atmosphériques, des moindres dérangements à leurs habitudes ordinaires. Ils ressentent des céphalalgies intenses, fréquentes, et les souffrances du système nerveux se résument le plus souvent chez eux, dans des névralgies, des tics douloureux, des spasmes, clans des lassitudes profondes qui alternent avec des périodes d'excitation. Ce sont, en un mot, des êtres sensitifs qui, au physique comme au moral, passent presque sans transition d'un état de bien-être à un état de souffrance, d'un contentement absolu à un découragement indicible, d'une assurance exagérée en leurs forces à une pusillanimité enfantine.

C'est dans cette classe d'individus névropathiques et prédisposés à -, l'aliénation que l'on rencontre les anomalies les plus grandes de la sensibilité, les manifestations les plus étranges à propos des phénomènes de sympathie et d'antipathie. J'en ai cité de nombreux exemples dans mes Études cliniques, non pas que je prétende que tous les individus qui présentent ces anomalies se rattachent tous à l'élément héréditaire (2). Il

(1) Périodes initiales, prédispositions, prodromes , invasion, etc. § n, p. 462 et suiv.

(2) Il existe, disais-je, une sensibilité vraie, une sensibilité factice et une sensibilité maladive. C'est surtout au déclin des civilisations corrompues que l'on observe cette sensibilité affectée qui est souvent en rapport avec les instincts les plus avoués de cruauté. Une éducation mauvaise dans laquelle on a trop développé les sentiments de convention, aux dépens des sentiments vrais du cœur humain, peut produire les mêmes résultats.

Je citais, à propos de sensibilité maladive en rapport avec une légère tendance liypoehondriaque des parents, le fait d'un homme que j'ai connu, dont la capacité intellectuelle était incontestable, et qui occupait une haute position financière. Ce n'était pas seulement dans les circonstances solennelles de la vie, comme la mort d'amis, de parents ou autres événements douloureux, que se développaient chez lui des accès de sensibilité qui faisaient craindre pour sa raison, mais les causes les plus futiles, les plus ridicules même, le poussaient à des exagérations qui étonnaient ses amis. 11 était certaines mélodies qui lui causaient des spasmes comme on en voit dans l'hystérie. Il s'attachait tellement aux animaux domestiques qu'il élevait, que leur perle le jetait dans des états perplexes et amenait des crises de larmes comme aurait pu faire la mort de ses meilleurs amis, .le l'ai vu un jour en proie à une véritable douleur délirante à propos de la mort d'une des nombreuses grenouilles qu'il élevait dans une mare qu'il possédait à Auteuil, et aux-

RJtPPORT DE CES PHÉNOMÈNES AVEC L'HÉRÉDITÉ. 5'2(.)

en est beaucoup, je l'ai assez prouvé dans la partie étiologique de cet ou- ( vrage, qui puisent en eux-mêmes, dans des causes qui leur sont per- ! sonnelles, l'exagération d'un tempérament nerveux dont ils subissent les | conséquences. Mais toujours est-il que les individus dont le système nerveux présente une aptitude maladive aussi grande aux impressions diverses qui peuvent agir sur lui ont hérité, plus souvent qu'on ne le croit, de certaines conditions névropathiques de leurs ascendants. Je puis 1 même dire d'avance que les faits pathologiques qui dérivent de cette situation héréditaire présentent un tout autre caractère que ceux qui sont dus à une cause différente.

Les individus prédisposés offrent à un haut degré cette disposition pathologique que j'ai déjà signalée dans la pathologie générale des affections nerveuses, à subir des alternatives de dépression et d'excitation (1).

quelles il ne manquait pas d'aller porter chaque jour de la nourriture, ses affaires terminées. Ces faits sont à peine croyables ; ils font honte à, l'esprit humain, et nous sommes obligé de les citer dans l'histoire des anomalies dans les fonctions du système nerveux. (Etudes cliniques, t. II, § iv, p. 178 : Des différentes anomalies intellectuelles en rapport avec la lésion de la sensibilité.)

C'est dans le môme chapitre que je citais ces faits étranges de sympathie et d'antipathie, qui se rattachent aussi bien à des transmissions héréditaires, à des impressions spéciales subies par la mère dans l'état de gestation, qu'à certaines dispositions maladives du système nerveux propres à l'individu. C'est ainsi qu'au dire de ses biographes, le savant Érasme éprouvait à la vue d'un plat de poisson une impression telle que le voisinage de ces animaux suffisait pour lui donner des accès fébriles. Le cresson des fontaines {Sisymbrium nasturlium) causait au célèbre Scaliger des tremblements nerveux. Simon Paoli ressentait, à la vue des pommes fraîches, de violents battements de cœur, et, si l'on en croit Sénac, un phénomène analogue se présentait chez l'illustre Malpighi, lorsqu'il voulait surmonter sa répugnance à manger des lentilles ou d'autres produits de la famille des légumineuses.

Les biographes des hommes célèbres se sont plu à faire ressortir des constrastes de ce genre. Pierre Bayle tombait en syncope lorsqu'il entendait le bruit de l'eau qui s'échappait d'un robinet. Lamothe, que les plus violents coups de tonnerre laissaient impassible, ne pouvait supporter les sons harmonieux des plus doux instruments. L'illustre Bacon éprouvait un état de syncope pendant les éclipses de lune, et des situations analogues se sont produites chez d'autres individus pendant des éclipses de soleil. Chaque fois qu'il était obligé de rester dans un endroit obscur, Hobbes était sujet à une folie transitoire. Ce phénomène cessait aussitôt que l'on apportait de la lumière clans sa chambre. J'ai vu des impressionnabilitôs de ce genre surgir dans la période de convalescence des maladies ataxiques, et être le prélude d'un accès d'aliénation mentale. Le roi Jacques II tremblait à l'aspect d'une épée nue, et la vue d'un ànon suffisait pour donner une syncope au duc d'Épernon. Des exemples analogues sont rapportés par Scaliger, et l'on en voit plusieurs aussi dans un ouvrage intitulé Mcdicinœ septentrionalis collectiliœ (p. 1 10).

(!) Interprétation des phénomènes d'alternance , d'intermittence et de rémission (p. 478 et suiv.).

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