OLIES HÉRÉDITAIRES A ÉVOLUTION SIMILAIRE
les effets à leurs causes ne tarde pas à s'apercevoir que ces diverses anomalies de l'esprit et des sentiments, que les actes de ces hommes excentriques que le vulgaire désigne instinctivement sous le nom d'aliénés, se rattachent d'une manière intime à l'élément héréditaire névropathique. Il est, du reste, avéré par l'observation des faits historiques que beaucoup de ces hommes excentriques ont misérablement fini leur existence par le suicide, par un affaiblissement progressif des facultés, par une espèce d'imbécillité ou de démence précoce, et, dans d'autres circonstances, par une folie mieux caractérisée.
Folies héréditaires à évolution similaire. — Le fait des transmissions héréditaires consistant dans la similitude ou les grandes analogies du caractère, des mœurs, des aptitudes intellectuelles, physiques et moraies, et même de la ressemblance du type dans l'espèce; ce fait, dis-je, est plus généralement admis, plus facilement compris que celui de l'identité ou de la similitude des maladies nerveuses chez l'individu ou dans l'espèce. L'étude anthropologique des diverses races humaines nous a déjà appris que les différences qui existent entre telle race et telle autre dépendent de certaines influences climatériques ou hygiéniques, de modifications spéciales produites par l'éducation, les mœurs, les habitudes, les- ( quelles, se transmettant par l'hérédité, finissentpar créer chez les individus un caractère typique uniforme et transmissible par l'hérédité qui ne permet
» ou du moins par le défaut de sobriété. » On peut en dire autant de Cooper, cepoëte distingué, ce chantre passionné, ardent et plein de foi, des chefs-d'œuvre de la création, et dont l'existence nous présente aussi le triste spectacle des excentricités de l'esprit dans i leurs rapports avec la douleur et les infirmités physiques. Je suis de l'avis de M. le docteur Conolly, quand il dit que dans un certain nombre de cas de ce genre, il a existé de légères attaques de paralysie, et que ce phénomène pathologique n'a pas été remarqué, ou n'a pas été pris en assez sérieuse considération.
» J'ai recueilli un assez grand nombre d'observations de ces hommes excentriques, de ces véritables monomanes. Dans beaucoup de cas j'ai pu remonter le cours ascendant des phénomènes et en rattacher le premier anneau à l'élément héréditaire. Dans d'autres circonstances j'ai vu que l'existence de plusieurs s'est terminée par le suicide, l'affaiblissement précoce des facultés, par une sorte de démence, et même par l'aliénation. Ainsi en a-t-il été du fameux Brumel, qui eut ses biographes en Angleterre et dont les excentricités retentirent non-seulement dans ce pays, mais dans toute l'Europe. Cet homme, roi de la fashion, comme on le désignait, finit misérablement ses joursà l'hospice des aliénés de Caen. « Sa vie tout entière, dit le docteur Conolly, a été la personnification » d'une de ces situations délicates qui sont comme l'ombre de la folie (sliades of insanily). u Les perceptions se manifestaient chez lui avec une intensité maladive ; l'appréciation » des choses ordinaires de la vie ne s'exerçait que dans le sens de désirs absurdes; » les sentiments ou les penchants reflétaient un caractère maladif, et la plus Irisle dei » folies fut le couronnement nécessaire de cette existence incohérente. « (Études cliniques » Consideraions sur les analogies de la raison et de la folie, t. II, § îx, p. 39>'>.)
pas de les confondre avec les représentants d'autres variétés. La même étude nous enseigne que la transmission de certains états maladifs dans l'espèce peut amener des modifications susceptibles de se transmettre par l'hérédité et capables de produire les modifications et les anomalies constituant les dissemblances qui existent entre certaines races (.4).
Maintenant, pour ce qui regarde les maladies ordinaires de l'espèce, il est admis que chez les individus s'opèrent des transmissions non pas seulement de la prédisposition maladive, mais de la maladie elle-même, c'est là ce qui s'observe dans la phthisie, les scrofules, la diathèse cancéreuse, la goutte et une foule d'autres affections. Les maladies nerveuses, considérées à un point de vue général , ne font pas exception à cette règle. Cependant la facilité avec laquelle se transforment les maladies nerveuses nous fait immédiatement entrevoir que leur transmission ne peut s'opérer longtemps avec le même caractère. Le fait est que dès la seconde génération on observe parfois chez les descendants des transformations radicales de l'état névropathique des ascendants. Néanmoins il serait trop exclusif de prétendre que des affection s nerveuses ne puissent se transmettre des parents aux enfants avec les caractères maladifs que l'on a observés chezles premiers. Des parents hypochondriaques, hystériques, épileptiques, imbéciles, peuvent incontestablement léguer la même affection à leurs enfants. Mais c'est surtout la fatale tendance au suicide qui semble se transmettre avec la prédilection la plus marquée des ascendants aux descendants, au point que nous avons déjà eu à signaler la disparition de familles entières dont les différents membres ont mis lin à leur existence dans des circonstances absolument similaires à celles qui avaient caractérisé les suicides des ascendants.
J'ai vu aussi des folies similaires dans des cas où le délire chez les ascendants est en relation avec un trouble bien déterminé dans quelque grande fonction physiologique. Il peut arriver que la même perturbation fonctionnelle amène chez les descendants des troubles intellectuels identiques. Une jeune fille a été amenée, il y a seize ou dix-sept ans, à l'asile de Saint- Yon pour une folie développée à l'époque de la menstruation. L'année dernière, on conduisait au même asile la nièce de cette femme, qui délirait sous l'influence de la même cause. L'affection présentait les mêmes caractères : périodes d'excitation et de stupeur, intermittences
(1) Traité des dégénérescences (Différence entre les modifications qui produisent les variétés naturelles, et les modifications qui créent les variétés maladives dans l'espèce humaine, § iv, p. 16; exemples de dégénérescences dans les diverses races, chap. iv, §v, p. 40d à 413.)