‹ Traité des maladies mentaleChapitre 320 sur 500 · RAPPORT DE CES PHÉNOMÈNES AVEC L'HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

RAPPORT DE CES PHÉNOMÈNES AVEC L'HÉRÉDITÉ

de ne pas appuyer son pied à angle droit sur une ligne transversale, ce i qui aurait simulé une croix, signe pour lui de mauvais augure. I J'ai donné des soins à un banquier dont l'aptitude aux affaires était généralement connue, et qui m'avouait que déjà dans sa première jeunesse il se croyait obligé de taire périodiquement une excentricité pour se préserver j de la folie ; et Dieu sait si les actes de ce genre qu'il commettait étaient I nombreux ! Personne, du reste, n'en recherchait l'interprétation, car il était fort entendu en affaires, et l'on se contentait de les attribuer à un | caractère original, excentrique (1). Mais le médecin qui aime à rattacher

; (I) Je ferai, à propos de ces phénomènes maladifs que l'on est convenu d'appeler idées fixes, excentricités, monomanies, dans quelques cas, la même réflexion que pour les exagérations maladives de la sensibilité.

Je ne veux pas dire que les actes des hommes excentriques, originaux, doivent être invariablement rattachés à des dispositions héréditaires ; j'ai fait dans la partie écologique de cet ouvrage une assez large part aux différentes influences de l'ordre physique et de l'ordre moral, pour qu'il soit démontré que l'homme peut trouver en lui-même, et dans des causes indépendantes de l'hérédité, les éléments de telle ou telle situation mentale qui a valu à quelques hommes plus ou moins célèbres la qualification d'excentriques .

Je disais dans mes Eludes cliniques : « On peut lire dans les ouvrages de la Piocliefoucault et de la Bruyère les caractères de ces hommes qui se sont incarnés dans les passions et dans les vices que l'on regarde à juste titre comme le triste héritage de l'homme déchu, ou qui ont personnifié en eux ces excentricités qui sont l'apanage des esprits faibles ou vaniteux. L'avarice, la passion du jeu, la manie ou la fureur du duel, ont eu leurs représentants dans tous les temps, dans tous les pays, je dirai presque dans toutes les civilisations. Et pourquoi n'avouerions-nous pas que l'excès des meilleures choses, la concentration perpétuelle de l'esprit sur des recherches scientifiques, peuvent entraîner dans une voie funeste à la libre expansion de nos facultés ? Je citais à ce propos Mentelli, Choron, le fameux collectionneur de livres Boulard. C'est à ces hommes que je voudrais voir surtout appliquer la qualification de monomanes, qui devrait être effacée delà médecine légale des aliénés. « S'il est un homme, dit Ch. Nodier, dont l'état mental » présentait une maladie aiguë poussée jusqu'au délire, c'est incontestablement le célèbre » notaire Boulard qui, après avoir, par sa manie de collectionneur, compromis son immense » fortune, aurait vu finir tristement son existence si l'on n'avait usé d'un stragème pour lui ■> permettre des achats de livres qu'un broeanteurapostéà dessein étalait sous ses fenêtres.»

i> Mais lorsqu'on étudie plus à fond l'existence de certains hommes excentriques, on voit que leurs actes se rattachent très souvent à l'élément héréditaire, dans d'autres cas a des affections nerveuses spéciales que l'on n'a pas toujours diagnostiquées , et qui se révèlent, après des temps considérables, sous la forme de paralysies progressives. Un nom célèbre et justement vénéré dans la littérature anglaise, celui de l'illustre Jonhson, rappelle, dit le docteur Conolly. les excentricités les plus grandes unies è une excessive irritabilité et aux plus pénibles efforts de l'esprit pour réaliser ses travaux.... Quelquesuns de ces hommes, types d'excentricité et en même temps de souffrances physiques et morales, ne se font pas illusion sur leur état et en apprécient les causes. «J'ai hérité, disait » Jonhson, de la mélancolie de mon père ; j'ai traîné une vie misérable signalée par la folie,

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