FOLIES HÉRÉDITAIRES A ÉVOLUTION PROGRESSIVE
santé destinée au traitement des maladies mentales. Son aïeule maternelle a donné elle-même des preuves de folie. Quant à notre malade, elle a toujours eu une intelligence assez faible, un tempérament irritable. Mariée et mère de famille, il s'est produit chez elle, à plusieurs reprises, des accès de délire. Le mal éclatait pour ainsi dire soudainement et se traduisait par une grande agitation, une incohérence extrême et la manifestation d'actes dangereux. Un délire des persécutions fait la base actuelle de la folie de cette malade; mais la disparition des sentiments, l'incohérence et la faiblesse des idées, font craindre une démence irrémédiable. Cette dame a d'ailleurs la tête mal faite, le front bas et fuyant en arrière, disposition disharmonique qui constitue un développement anormal, irrégulier, de la région occipitale, aux dépens des régions antérieure et latérales.
Madame **■* a eu deux enfants. L'un est un jeune homme d'une nature active, très excitable et légèrement irrégulière. L'autre est une fille d'un tempérament très lymphatique. Elle a le nez épaté, les lèvres épaisses, la voix gutturale ; son intelligence est peu développée, et quant à ce qui regarde son type physique, la fille de notre malade ne ressemble ni à sa mère ni à son frère; ce sont des types essentiellement différents. Cette jeune femme est mariée; elle a eu deux enfants. L'un est mort à huit ans, dans des convulsions. 11 avait été placé dans une école, mais n'avait jamais rien pu apprendre : c'était un enfant arriéré. L'autre est un véritable idiot. Il y a eu des aliénés dans la famille du côté collatéral. D'autres membres de cette famille ont été affligés de névrose hystérique et hypochondriaque. On y compte un cas de rachjtisme extrême, un autre de surdi-mutité, et l'on signale la mort précoce de plusieurs enfants. Dans le malheui'eux idiot dont j'ai parlé s'éteint la descendance maternelle de notre malade. L'observation ultérieure pourra seule indiquer ce qu'il adviendra de la descendance du fils qui vient de se marier. Il n'est pas sans exemple, et j'ai intentionnellement appuyé sur ce fait, que dans des occurrences semblables le développement ultérieur des transmissions héréditaires ne puisse être enrayé par l'introduction d'un sang nouveau et régénérateur. Les descendants se trouvent alors dégagés, ainsi que je l'ai dit, de l'élément dégénératif dont ils étaient atteints, et leurs enfants remontent progressivement vers un type plus parfait.
2° D'un père ivrogne qui mourut paralysé général et descendait lui-même d'un homme violent, irritable, est né un individu confié à mes soins et qui de bonne heure a manifesté des tendances hypochondriaques avec pré- . dominance du délire des persécutions et propensions liomicides ; sa femme a failli devenir victime de sa fureur. Avant d'être isolé à l'asile dont j'étais précédemment médecin en chef, cet aliéné a eu de violents et subits accès
I de folie qui se dissipaient, avec la même promptitude et faisaient surseoir à son isolement. Depuis quinze ou dix-huit ans qu'il vit à l'asile, l'exis- . | tence de cet homme a été une suite non interrompue de périodes alternantes d'excitation et de dépression. Dans les rémittences, il se distingue par les soins qu'il donne aux autres malades, mais il est d'une nature triste, morose, mécontente. Son fils a été atteint, à l'âge de dix-sept ans, , d'un état d'excitation maniaque, et depuis est tombé dans un état de stu- . . pidité et d'idiotisme. Ses autres enfants sont peu intelligents. | 3° La rapidité, souvent même l'instantanéité avec laquelle se déclare un accès de folie chez les individus prédisposés, et , d'un autre côté, la dis- I parition presque subite des accidents nerveux les plus graves chez les personnes prédisposées, sont des symptômes significatifs de la folie héré- ] ditaire.
Une femme, non mariée, âgée aujourd'hui de soixante-cinq ans, et dont | les parents ne se faisaient remarquer que par l'exagération du tempéra- I ment sanguin, par un caractère violent, bizarre, excentrique, est soumise depuis plus de quarante ans à des exacerbations de folie furieuse durant régulièrement six semaines à deux mois, et qui sont provoquées par la moindre contrariété. L'accès maniaque finit presque subitement, et la malade a des périodes d'intermittence de cinq à six mois dans lesquelles sa raison est parfaite. Cette femme, qui est actuellement à Saint- Yon, vient j d'y être reçue pour la trente-septième fois, et, chose singulière, son intel- I ligence, qui est très développée, ne présente aucun affaiblissement. Son ! père est, de son côté, un homme d'une grande valeur intellectuelle et I d'une originalité remarquable, mais n'ayant apporté dans la direction de ses affaires ni suite, ni coordination. Un des frères de la malade a été aliéné, mais il n'a pas présenté la même propension à la récidivité.
k° Une jeune fille dont le père a été dans un asile d'aliénés et qui s'est suicidé en rentrant chez lui, a toujours eu un caractère très irritable et très difficile. Un de ses frères s'est suicidé, un autre est aliéné, et un ti'oisième est d'unenaturehypochondriaque. La mère de cette jeune personne est elle-même d'un tempérament excessivement nerveux et ne sympathise que très médiocrement avec sa fille. La veille même du jour où la malade nous fut amenée dans un état d'exacerbation difficile à décrire, elle était au comptoir de sa mère, qui est marchande, et eut avec elle une altercation violente. Elle se retira immédiatement dans sa chambre, où elle eut une crise de larmes avec manifestation de spasmes ; bientôt après éclata un violent accès de délire. Deux jours après son arrivée elle était calme, mais elle eut plusieurs alternatives d'agitation et de dépression. Cet état névropathique aigu avec délire général et explosion intercurrente
538 SIMPLES EXCENTRICITÉS HYPOCHONDRIAQUES CHIiZ LES PARENTS.
de fureur, ne fut jugé que par un violent accès de manie qui dura trois mois sans interruption et sans que la malade ait goûté un seul instant de sommeil. Cette crise cessa sans transition autre qu'un état de stupeur qui dura deux ou trois jours, et depuis deux ans la malade n'a rien éprouvé.
5° La gravité de la folie héréditaire, à évolution progressive, n'est pas toujours en rapport avec l'intensité des symptômes chez les ascendants, et la transition d'un état à un autre ne se fait pas toujours par des degrés insensibles, mais parfois elle s'opère subitement. Dans d'autres circonstances il semble y avoir un temps d'arrêt, et la folie saute d'une génération à une autre.
J'ai vu des folies hypochondriaques, avec exacerbation maniaque intermittente et terminaison parla démence, se produire chez des individus, dont les ascendants n'avaient montré que cette disposition à certaines excentricités hypochondriaques que j'ai déjà signalées : ne pas vouloir toucher des pièces de monnaie ou la clef des appartements, à moins de, s'envelopper les mains; ne pas s'asseoir dans un endroit avant d'avoir secoué la poussière un nombre de fois ; ne pas manger ou boire dans des vaisselles inconnues sans leur avoir fait subir un grand nombre de nettoyages ; commettre, en un mot , des futilités de toutes sortes, ressentir des craintes, des préoccupations, aussi bien à propos des intérêts de la santé physique que des intérêts de l'âme (scrupules religieux), etc.
Dans le plus grand nombre de ces circonstances, il y a toujours chez les descendants progression et souvent transformation.
Une dame, née d'une famille où le suicide exerça les plus grands ravages, est prise, à l'âge de retour, de folie avec tendance au suicide; mais la forme delà maladie n'est plus la même que chez les ascendants, où le suicide se montrait dégagé de toute autre préoccupation maladive. 11 existe chez elle des complications qui se signalent par des périodes d'excitation et de dépression, par des phases de stupeur profonde, d'immobilité persistant des jours, des mois, des années, et laissant, après leur disparition, la raison intacte.
Une dame excentrique, érotique, et qui, à l'âge de soixante et dix ans, disposa de son immense fortune pour épouser un jeune homme, légua à sa fille un caractère bizarre, apathique, indifférent, désordonné. Celle-ci passait tout son temps à des futilités incroyables ; elle achetait des choses inutiles qu'elle abandonnait ensuite avec indifférence ; elle ne témoignait pour les siens aucune affection, et ses sentiments ne s'exerçaient pas plus dans le sens des croyances religieuses que dans lésons des plaisirs du monde ou des obligations sociales. Le père était un homme d'une