‹ Traité des maladies mentaleChapitre 333 sur 500 · DE LA MÉMOIRE ET DE LA VOLONTÉ, CHEZ CES MALADES · texte numérisé non relu

DE LA MÉMOIRE ET DE LA VOLONTÉ, CHEZ CES MALADES

chapelle (et notez qu'il fait profession d'athéisme), sous l'empire de l'émotion que lui cause une réunion chantante, la déclamation d'une belle pièce de poésie, il s'exalte, pleure, et se substituant immédiatement aux acteurs de ces scènes, lui aussi chante comme ne l'a jamais fait Duprez, prêche mieux que Bossuet, et efface Rachel par sa déclamation. Dans d'autres moments, il ne reconnaît ni amitié, ni devoirs de famille ; il renie ses parents, et leur attribue des actions infâmes, impossibles, dont la combinaison ne peut sortir que du cerveau de pareils malades. La vie entière de cet homme a été une énormité, une contradiction perpétuelle. Tantôt il attaque les lois de la morale et de la raison par leur côté le plus universellement admis, tantôt il les exalte et les glorifie. Qu'un pensionnaire de l'asile dise des choses qui heurtent la raison ou froissent les sentiments, il l'accablera de reproches et le fera rougir de sa conduite, et 1 lui-même, un instant après, blessera par sa propre conduite les principes ' dont il a si bien démontré la nécessité ; il incitera les autres à la désobéissance, à la révolte, et se fera un triste plaisir d'activer leur délire en adoptant les motifs de leurs divagations, en stimulant même par des insinuations perfides leurs tendances à se croire persécutés, exposés à toutes sortes de dangers.

' inteiiigenee. — Un volume entier ne suffirait pas pour énumérer les ' erreurs et les aberrations de ses idées, la confusion de ses souvenirs, la fausseté de ses notions scientifiques et l'absurdité vraiment maladive de ses jugements. Dans la captivité qui lui est infligée par une société ennemie, ■■ notre malade, ne pouvant faire valoir ses droits au trône de France, au- 1 quel il prétend comme héritier de son neveu Louis XVII, ambitionne une gloire d'un autre genre. Il réformera la langue française, il composera un dictionnaire où l'on ne verra plus aucune des dissonances et des liaisons dangereuses qui heurtent le bon goût et blessent la morale. L'examen des livres qu'il lit, et il lit énormément, est la preuve la plus curieuse de ses folies actuelles. Il corrige à la marge les auteurs, réforme les mots, en I invente de nouveaux, et si, de temps à autre, il émet une idée heureuse, elle se trouve bien vite étouffée sous le nombre de ses conceptions délij rantes ou burlesques. Ces phénomènes pathologiques se produisent, j sous une forme ou sous une autre, chez les aliénés de cette catégorie.

Mémoire, volonté. — Que dire maintenant des anomalies de la mémoire et de la volonté? Si la conscience de notre existence, de ce sentiment intime qui constitue le moi, résulte, comme le disent les psychologues, du sentiment de notre existence actuelle et des souvenirs de notre existence passée, quel jugement porterons-nous sur l'état intellectuel d'un

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homme qui se méconnaît au point de substituer sa personnalité à celle ! d'individualités qui ne sont pas la sienne? Oublieux de ses propres actes, ! ne croit-il pas avoir agi aux lieu et place d'individus complètement étrangers à sa propre personne? Si, d'un autre côté, la volonté, comme le prétendent encore quelques psychologues, se révèle par le fait et si cette faculté est en relation intime avec les différentes manifestations de l'être pensant, la sensibilité, l'intelligence, comment encore ne pas admettre qu'elle ne puisse s'exercer chez lui que d'une manière anormale? N'avons-nous pas vu en effet à quel point sa sensibilité et son intelligence étaient troublées?

Enfin, désirant appliquer à cet aliéné et à ceux de la même variété une règle de conduite qui fixe, d'une part, la décision des magistrats à leur égard, qui évite, de l'autre, de grands dangers à la société, je conclurai avec l'honorable docteur Bouchet (de Nantes), quand il dit : 11 n'est pas nécessaire que le malade délire par les idées, les jugements, les raisonnements et le langage, pour qu'il soit dit aliéné ; il suffit qu'il délire par les actes excentriques, désordonnés, que la sensibilité maladive produit, que le jugement est impuissant à diriger, pour que la qualification d'aliéné lui soit applicable. Et si, dans la séquestration des aliénés, il fallait faire une séparation entre ceux qui délirent par leurs paroles et ceux qui délirent par leurs actions, le choix ne saurait être douteux; les derniers devraient plutôt être séquestrés que les premiers, la perversion de la sensibilité entraînant infiniment, plus d'écarts dans la vie sociale que la perversion de l'intelligence.

Troubles de diverses fonctions de l'économie. — Il importe, à propos

de l'aliéné à folie héréditaire qui nous occupe, de faire i"essortir une vérité qui s'applique également à tous les aliénés de la même famille pathologique. Cette vérité est souvent méconnue, et par les magistrats dans les cas de médecine légale, et par les individus étrangers à la science. On apprécie généralement bien mal les malades de cette catégorie qui ont le triste privilège d'occuper le monde extérieur de leur personne, et de faire retomber sur les médecins l'accusation d'illégalité et d'arbitraire à propos de leur détention. Quant à nous qui vivons avec ces êtres névropathisés au plus haut degré, qui les observons dans leurs manifestations journalières, dans les rapports intimes qui existent entre l'état de santé et la production des actes insensés, nous affirmons d'une manière nette et positive qu'on observe invariablement chez eux une coïncidence frappante entre leurs exacerbations intellectuelles périodiques, entre l'augmentation de leurs tendances dépravées et les diverses perturbations de l'organisme auxquelles ils sont sujets. Ce que je vais dire, à propos de l'aliène qui

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