PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT DES FOLIES HÉRÉDITAIRES
tin, il y ait des indications bien diverses. Si les unes peuvent être remplies par les agents pharmaceutiques que le formulaire des maladies nerveuses met à notre disposition, les autres ne trouvent leur réalisation que dans l'hygiène et la prophylaxie qui président aux mariages régénérateurs ou dans l'application d'une pédagogie spéciale. Celle-ci même, vu ses nombreux desiderata, ses immenses difficultés, devient aujourd'hui comme une branche distincte de l'art de guérir, et ne peut guère être appliquée que dans les milieux qui réunissent des enfants soumis à la même médication intellectuelle, physique et morale (1). Les réflexions que fait naître ce sujet vont être exposées dans les considérations qui suivent
1° Du traitement antiphlogistique dans les eas d'affections héréditaires. — Avant tout, je ne puis trop, au début de ces considérations, insister sur les sages préceptes émis par M. Sandras dans son Traité pratique des maladies nerveuses. Cet éminent praticien a fait ressort ir avec beaucoup de justesse qu'en matière de maladies nerveuses on ne saurait assez se presser de porter remède au mal, soit qu'il commence déjà, soit qu'il se montre seulement imminent. 11 faut se hâter, dit- il, de se jeter au-devant ; pour prévenir l'habitude, qui est, pour les fonctions nerveuses surtout, ; une seconde nature.
M. Sandras ajoute encore que dans toutes les occasions où une cause connue de névropathie serait mise en jeu, le médecin ne devra jamais la perdre de vue pour la thérapeutique, atin de ne pas risquer, en combattant les symptômes, de porter aide à la cause, et favoriser ainsi l'état général dont il aurait fallu tenir un plus grand compte (2), Rien de plus sage que ces préceptes.
Les indications thérapeutiques pour ce qui regarde la première classe de nos aliénés héréditaires, se déduisent de la marche de la maladie et
(1) J'ai déjà annoncé que je traiterais à part de cette hygiène intellectuelle, physique et morale, qui fait la contre-partie de mes Dégénérescences de l'espèce humaine. Dans un ouvrage aussi élémentaire que le Traité des maladies mentales, je ne puis aborder la thérapeutique des affections nerveuses que par le côté immédiatement pratique, en d'autres termes par celui qui s'adresse à l'état aigu des maladies nerveuses. L'hygiène physique, intellectuelle et morale, encore une fois, implique dans ses nombreux développements un grand nombre de principes et de faits de l'ordre administratif, ainsi que de l'éducation générale et spéciale ; elle s'irradie d'une manière si profonde dans la réforme de nos mœurs, de nos habitudes, de notre état social lui-même, que le terme qui lui conviendrait le mieux est celui de médecine sociale. A ce point de vue qui est incontestable, il importe, comme on voit, d'en faire une branche distincte de l'art de guérir. C'est là, j'en conviens, une œuvre bien difficile, mais qui, dans tous les cas, ne peut avoir pour interprètes que les médecins.
(2) Sandras, ouvr, cil. : Traitement de l'état nerveux, t. 1, p. 72.
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de son pronostic. L'instantanéité des phénomènes maladifs, leur périodicité, leurs rémittences chez les aliénés héréditaires de cette catégorie, nous indiquent assez que si le pronostic est grave.il n'implique pas cependant des chances aussi fatales que quelques médecins sont tentés de le croire. J'ai vu dans des situations pareilles, et cela grâce à un traitement convenable, s'inaugurer de véritables et solides guérisons.
Quoique, en règle générale, le traitement antiphlogistique ne soit pas indiqué dans les cas où la prédominance du système nerveux produit I des constitutions cachectiques, des tempéraments irritables avec complication de chlorose, d'anémie, il ne faut pas oublier que beaucoup d'à- ! liénés héréditaires puisent dans le tempérament apoplectique de leurs ! parents une singulière disposition aux attaques congeslives du cerveau ' et aux maladies de cœur. « Les attaques convulsives, les cas de fièvres 1 cérébrales, de méningite franche ou insidieuse, les cas de ramollissement [ ou d'hémorrhagie du cerveau, les cas de périencéphalite chronique, simple ou compliquée, dit avec beaucoup de raison M. le docteur Calmeil dans son dernier et excellent ouvrage, sont surtout fréquents parmi les individus qui comptent dans leur parenté ascendante des maladies de même nature que celles dont ils sont eux-mêmes frappés. Il ressort de cette donnée constante de l'observation, que les influences héréditaires doivent jouer un rôle tout exceptionnel dans le degré de fréquence des maladies inflammatoires de l'appareil nerveux intracrànien, et que ceux que ces phlegmasies atteignent de préférence sont déjà prédisposés le plus souvent à ce genre d'affection par leur organisation primitive et congénitale (1). »
Dans les cas de ce genre, et ils sont nombreux, les saignées devront être plutôt dérivatives que franchement déplétives. Il faut se garder d'épuiser les malades, afin de pouvoir souvent recourir à un moyen précieux au point de vue prophylactique, indispensable dans les circonstances où la congestion se produit et menace non-seulement la raison, mais l'existence du malade. Je ne puis que donner, sous tous les points, raison à M. Calmeil lorsqu'il dit : « Les saignées locales, l'application des topiques réfrigérants sur la tête, l'usage des boissons à la glace et l'administration des lavements émollients, auraient suffi dans plus d'un cas pour prévenir la manifestation des accidents intercurrents (*2). » Des applications de sangsues derrière les oreilles, chez des individus périodiquement congestionnés, la même médication dirigée à la partie interne des cuisses chez les femmes mal réglées et qui, à chaque époque cataméniale, éprou-
(1) Calmeil, Traité des maladies inflammatoires ducerveau, Paris, 1859, t. H, p. 649.
(2) Ibid., p. 654.