‹ Traité des maladies mentaleChapitre 385 sur 500 · OPIACÉS DANS LE STADE MÉLANCOLIQUE · texte numérisé non relu

OPIACÉS DANS LE STADE MÉLANCOLIQUE

De l'opiuui dams Rc stade mélancolique. — L'opium , qui a été

regardé avec un peu d'exagération par M. le docteur Engelken, médecin à Brème, comme un spécifique dans l'état de dépression mélancolique eu général, est cependant destiné à rendre de grands services dans la situation que je décris, où il y a élévation du pouls avec asthénie, abaissement de la température générale, insomnie, cachexie, anémie sans pré-l dominaoce d'idées délirantes spéciales, sans trouble notable de l'intelligence. Je cite, d'api'ès la traduction de M. Guislain, un passage du travail de M. Engelken, où l'auteur parle de l'action de cet agent donné; à doses fractionnées: « Cette action, dit-il, semble se rapporter d'abord, à l'influence nerveuse du canal alimentaire et se porte ensuite sur le sys-j tème de la circulation.

» L'influence de l'opium s'annonce par une diminution dans le volume du pouls ; celui-ci acquiert même un peu de dureté. Elle apparaît aussi par une diminution dans les phénomènes de la sensibilité lésée, dans la réceptivité du malade, qui devient moins impressionnable, qui résiste mieux aux influences déprimantes, qui est plus courageux, qui a plus de lucidité dans la conception, plus d'animation dans les actes.

» La température du corps monte, le sommeil renaît et devient plu; tranquille.... L'opium, dans son action, ressemble aux autres narcotiques par son influence sur la sensibilité qu'il diminue, mais il en diffère enj ce qu'il augmente le ton du système nerveux au lieu de l'affaiblir. Je dirai qu'il y a au fond des aliénations un état asthénique que l'opium combat; s'il provoque un orgasme sanguin à la tête, il ne dure pas au delà de quelques jours, dit l'auteur, et cette assertion, appliquée à la mélancolie, est souvent l'expression de la vérité. » (Guislain, ouvr. cit., De l'opium, t. III, p. 29.)

N° 4 . — Solution ferrugineuse iodurée.

Gt'am.

Iodure de fer 0,fa'0

Bromure de potassium 0,40

Extrait de gentiane 1,00

Eau 20 cuillerées

Faire une solution, à prendre deux ou trois cuillerées par jour.

On conçoit que l'on peut, selon les indications, varier les extraits qui entrent dans les pilules ou dans les solutions. Les extraits de belladone, de quinquina, d'opium, de stra moine et autres principes calmants, antispasmodiques, stupéfiants ou toniques, peuven remplacer l'extrait de gentiane. Ces différentes préparations ont l'avantage de pouvoir ôtn mêlées sans inconvénient aux aliments des malades récalcitrants, et dominés par les idée; de persécution. Je crois pouvoir aussi recommander, dans les mêmes circonstances, 1 phospholéine de M. le docteur Baud. Malheureusement cette médication est chère, et ni peut encore devenir d'un usage commun. C'est, du reste, un médicament très agréable ; prendre. On en prescrit une cuillerée à bouche dans un verre d'eau sucrée ou dans uni tasse de chocolat.

OPIACÉS UNIS AU SULFATE DE QUININE. f)29

Je n'ai eu qu'à me féliciter d'avoir employé l'opium dans les circonstances indiquées. Je le prescris alors à close fractionnée, par pilules de 1 à 2 centigrammes. J'ai pu ainsi faire prendre aux malades 10, 15 et même 20 centigrammes par jour, non-seulement sans inconvénient, mais avec avantage. J'associe parfois l'opium à l'extrait de quinquina ; je diminue la dose quand je m'aperçois que le pouls reprend de l'élévation, de la fréquence même et de la dureté. J'en suspends l'usage lorsque certaines dispositions hallucinatoires, et, dans quelques cas, des hallucinations réelles, indiquent que l'opium agit selon son action spécifique sur les fonctions cérébrales (1).

Dans les cas de débilitation extrême avec mouvement fébrile, M. le docteur Follet se loue beaucoup de l'emploi du sulfate de quinine associé au laudanum, d'après la formule que M. le docteur Gouiffès, son prédécesseur à Sainte-Athanase, administrait avec succès :

Sulfate de quinine isr,80

Eau de fontaine 8 cuillerées à bouche.

Sirop de gomme 4 cuillerées.

Réduire d'un douzième par ébullition pour ajouter :

Eau distillée de fleur d'oranger ! cuillerée.

Laudanum 0 gouttes.

La dose de chaque cuillerée est de 15 centigrammes.

L'expérience du traitement des maladies nerveuses a appris à M. Sandras que de trop petites doses d'opium, au lieu de produire un effet calmant, déterminent quelquefois, et surtout chez certaines personnes, une excitation nerveuse plus ou moins considérable. « L'expérimentation nous a enseigné, dit cet excellent praticien, que pendant l'action de l'opium, le cerveau est plus plein de sang qu'à l'ordinaire, que les fonctions stomacales sont amorties, que le col de la vessie peut être irrité d'une certaine manière, que la peau se trouve affectée de démangeaisons, etc. Nous nous conduisons en conséquence de toutes ces données, et nous nous servons de l'opium pour calmer quand ses propriétés connues ne nous laissent rien redouter de particulier du côté des organes exceptionnels que je viens de mentionner. Des pilules qui contiennent de un milligramme à un centigramme de sel de morphine, une potion contenant,

(1) Dans mou Traité des dégénérescences, je suis entré dans de grands détails sur l'action physiologique et pathologique exercée parles poisons végétaux et minéraux. Les hallucinations opérées par l'opium et par toutes les préparations dans lesquelles entre cette substance, telles que le haschish, ont été décrites. (Voyez Haschish, son usage chez les Orientaux ; effets physiologiques, § 1, p. 148 et suiv.— Considérations historiques et médicales sur l'usage de fumer l'opium, § il, p. 155 et suiv.)

Page 1