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DU MARIAGE CHEZ LES ALIÉNÉS ACCIDENTELLEMENT FRAPPÉS

pareille union comme devant exposer la lignée qui pourrait être à même d'en sortir à des éventualités déplorables. » (Calmeil, ou or. cit., t. II, p. 630.)

J'ai été consulté souvent sur l'opportunité ou le danger des mariages à contracter dans des cas où existaient chez les individus des dispositions héréditaires, dans ceux où ils avaient déjà eu un accès d'aliénation, et j'avoue avoir souvent été placé dans des situations très perplexes. Toutefois, comme il est du devoir des médecins de faire connaître les résultats de leur expérience, je me décide à publier les motifs qui m'ont déterminé à donner un avis favorable ou défavorable, selon ce que mon expérience m'avait appris des conditions plus ou moins fatales, plus ou moins irrémédiables, dans lesquelles se transmet l'hérédité.

Les malades pour lesquels on est consulté dans des circonstances semblables, peuvent se diviser en deux catégories principales. La première renferme ceux qui ont été aliénés, sans que dans leur ascendance aucun fait de ce genre puisse être signalé. La deuxième comprend les individus qui, nés de parents aliénés, présentent eux-mêmes des bizarreries dans les idées et dans les actes, et qui offrent, au point de vue physique, quelques-uns des caractères sur lesquels j'ai tant insisté comme révélant un élément de dégénérescence.

Première catégorie. — Mariages des individus qui ont déjà, été aliénés, sans que la folie ait existé dans leur ascendance.

Ces cas sont les plus simples, et j'ai pu décider hardiment que le mariage pouvait avoir lieu, lorsque toutefois les individus atteints de folie n'offraient aucun fait de ce genre dans leur ascendance. L'aliénation peut éclater dans les conditions d'une maladie intercurrente physique, ou sous l'influence d'une cause morale exclusive aux malades dont il s'agit de fixer la destinée.

. On pourra être d'autant plus positif dans ses assertions, que la folie se sera montrée avec un caractère plus aigu. C'est ce que l'on observe dans les cas de méningite, de pneumonie, d'arthrite, de maladies du cœur, de toutes les affections physiques, en un mot, à la suite desquelles, ainsi que nous l'avons vu dans l'étiologie, peut se manifester un délire chronique. Il est bien entendu que si la folie est en rapport avec une affection organique persistante et également transmissible, la situation devient plus complexe et qu'il faudra être prudent et réservé.

Les peines violentes du cœur, l'amour surtout, peuvent produire des situations mentales très perplexes. Ces situations sont simples ou composées. Elles sont simples lorsque l'individu, placé vis-à-vis de l'objet de

sa passion, éprouve un soulagement très grand, revient à lui et cesse de délirer. Elles sont complexes, irrémédiables, lorsque la même épreuve ayant été tentée, on se trouve vis-à-vis d'une folie d'un ordre nouveau, et que le malade, dans son délire, confond l'objet de son amour avec l'universalité des êtres créés, méconnaît son individualité, et divague dans un sens tout opposé à celui de sa passion primitive (1 ).

(1) Quelques faits, parmi le grand nombre de ceux que je pourrais citer de ma pratique publique et privée, serviront à guider le médecin dans ces situations délicates.

Un jeune bomme, devenu aliéné après un mariage manqué, se trouvait en proie à un délire général qui finit par s'étendre à d'autres objets que celui de sa passion prédominante. La jeune fille qui avait d'abord refusé la main de son prétendu, poussée maintenant par un noble dévouement, voulut réparer ce qu'elle appelait sa faute, et insista auprès des parents pour que le mariage se fit. Mis en présence de l'objet de son ancien amour, le jeune malade le méconnaissait et délirait dans un sens si inquiétant, que le pronostic de démence que je posai ne tarda pas à se vérifier. D'ailleurs, un de ses frères était mort aliéné.

Une jeune fille confiée à mes soins, née de parents non aliénés, était d'une telle susceptibilité nerveuse, qu'il lui suffisait d'apprendre le mariage d'une de ses compagnes de pension pour tomber dans une prostration mélancolique, suivie d'agitation maniaque excessive avec perversion des actes. Elle fut placée deux fois à l'asile dont j'étais médecin en chef. Demandée en mariage par un jeune homme, je dus répondre catégoriquement à la demande de la famille et me prononcer sur le danger d'une rechute. Je crus devoir conclure, malgré les complications qu'offrait sa maladie lorsque cette jeune fille était atteinte de ses accès, que le mariage dans ce cas serait un préservatif certain de la situation à venir, et depuis huit ans mon pronostic s'est confirmé. Mademoiselle *** s'est mariée; elle est devenue mère et sa santé est parfaite.

Appelé un jour pour un jeune homme de grande famille que ses parents avaient enlevé à sa patrie et à ses affections pour le faire voyager et l'empêcher de conclure un mariage convenable sous tous les rapports, excepté sous celui de la fortune, je trouvai le malade en proie à un délire général des plus violents avec tendance au suicide et refus absolu de manger. Je conseillai l'isolement dans une maison de santé, tout en faisant mes réserves sur le succès problématique d'un mariage à tenter dans ces conjonctures. On fit, en attendant, venir la famille de la jeune fille et celle-ci elle-même. Son introduction subite dans la chambre du malade provoqua une crise des plus favorables, et le mariage, qui fut arrêté dans ces circonstances, suffit pour mettre un terme à la situation désespérée que je décris. Ce fait rappelle la conduite tenue par Érasistrate dans une circonstance semblable. Ce médecin diagnostiqua parfaitement, comme on sait, la position d'Antiochus, amoureux de Stratonice. Lorsque celle-ci se présentait, la voix du jeune prince s'oppressait, son visage devenait rouge et enflammé, un nuage épais couvrait ses yeux, la sueur inondait son corps, l'inégalité de son pouls en marquait le désordre. Enfin, il y avait accablement de l'âme, étoufl'ement, et par suite tremblement, pâleur. (Vie de Dcmélrius, par Plutarque.)

Dans le moment même où j'écris ces lignes, je suis consulté pour un jeune homme confié, il y a cinq ans, à mes soins et qui est sur le point de contracter mariage. Je donne un avis d'autant plus favorable, qu'il n'y a pas eu d'aliénés dans son ascendance, et que sa folie, quoique des plus violentes et des plus compliquées, tenait à une de ces causes

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