‹ Traité des maladies mentaleChapitre 39 sur 500 · ALIÉNATION DANS L' ANTIQUITÉ.- — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

ALIÉNATION DANS L' ANTIQUITÉ.- — TRAITEMENT

moyens de répression employés sans ménagement augmentent et font naître la fureur au lieu de l'apaiser (I). »

Ces principes suffisaient pour garantir la responsabilité de ceux qui remplissent auprès des aliénés des fonc#ons parfois périlleuses, mais notre auteur ne s'en tient pas aux indications précitées. Il entre d'une manière plus intime dans l'examen de la question telle qu'elle s'ofl're à lui, et par l'étude des fonctions physiologiques chez les aliénés, et par la connaissance qu'il a de leurs habitudes, de leurs mœurs et des dispositions maladives de leur esprit. Écoutons-le plutôt, car sa doctrine doit être considérée comme le code de la thérapeutique morale des anciens :

« Si la maladie, au lieu de se guérir, demeure ou s'aggrave, Soranus conseille de revenir aux moyens mis en usage, aux applications, aux embrocations, aux ventouses, à la section des cheveux, à l'exposition du corps aux ardeurs du soleil, pourvu que la tète soit soustraite à son action, aux sinapismes, aux violents exercices de diverses natures. Il établit bien, au reste, la distinction d'une durée réelle de la maladie et de la persistance de quelques symptômes qui n'indiqueraient qu'une influence toute naturelle de la loi de l'habitude.... Ils prescrivent, dit-il, de les placer dans tous les cas dans l'obscurité, sans examiner si fréquemment l'absence de la lumière ne les irrite pas (2), sans s'assurer si cette condition ne peut pas contribuer à embarrasser la tête plus qu'elle ne l'est.... Ils conseillent aussi une abstinence immodérée, sans aucune exception, oubliant que c'est un moyen sûr de jeter quelquefois le malade dans une faiblesse mortelle et de le soustraire à l'action des moyens qui pourraient être mis en usage, s'il était moins épuisé... . Ils semblent plutôt délirer eux-mêmes qu'être disposés à guérir leurs malades , lorsqu'ils les comparent à des bêtes féroces qu'on adoucit par la privation des aliments et par les tourments de la soif. Séduits sans doute par la même erreur, ils veulent qu'on les enchaîne cruellement, sans penser (pie leurs membres

(1) Caclius Aurelianus, Acut., lib. I, cap. ix (traduction de M. Trélat).

(2) Il faut rendre la justice à Asclépiade et à Celse qu'ils se distinguaient de ces médecins à idées systématiques, et qu'ils savaient faire la part du tempérament de certains aliénés. « Les anciens, dit Celse, tenaient ordinairement de pareils malades dans les ténèbres, parce qu'ils pensaient qu'il était dangereux qu'un frénétique aperçût quelque objet qui put l'épouvanter, et qu'ils croyaient que l'obscurité même contribuait en quelque chose à la tranquillité de l'esprit. Mais Asclépiade prétend qu'il n'y a rien de plus capable d'épouvanter que les ténèbres, et qu'ainsi on doit toujours laisser les frénétiques exposés à la lumière. Ni l'une ni l'autre de ces maximes ne doit être constamment observée : il est des frénétiques que la clarté épouvante, il en est que les ténèbres troublent ; il en est enfin sur lesquels ni les ténèbres ni la clarté ne font aucune impression. » (Celse, liv. III. ebap. yiii.)

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