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TRAITEMENT PHYSIQUE ET MORAL DE C. AURELIANUS

peuvent être meurtris ou fracassés, et qu'il est plus convenable et plus facile de les contenir par la main des hommes que par des liens souvent inutiles [ministrantium manibus quam inertibus vinculis). Ils vont jusqu'à conseiller les violences corporelles, le fouet, comme pour forcer le retour de la raison par une pareille provocation ; traitement déplorable qui ne fait qu'aggraver leur état, ensanglanter leurs membres, et leur offrir le triste spectacle de leurs douleurs au moment où ils reprennent l'usage de leur intelligence.

» Ils veulent qu'on les endorme par l'action des médicaments, du pavot, et provoquent un assoupissement morbide au lieu d'un bon sommeil. Ils frictionnent la tète avec de l'huile de rose, du serpolet ou du castoréum , et excitent ainsi des organes qui ont besoin de relâchement. Ils font un usage peu judicieux du froid, ignorant combien cette action thérapeutique est souvent excitante. Ils recourent avec aussi peu de mesure aux lavements irritants, et ne retirent souvent de ces injections plus ou moins acres d'autre résultat que la dysentérie (1).

» Ils conseillent l'ivresse, comme si la manie n'était pas fréquemment causée par des excès de vin. Ils usent sans discernement de l'excitation de la musique, qui peut produire de bons effets quand on en fait une juste application, et faire au contraire beaucoup de mal dans un grand nombre de cas. On a dit que le rhythme phrygien, plein de douceur et de vivacité à la fois, convenait assez bien à ceux qui sont accablés de chagrin et transportés de fureur, et le dorien belliqueux à ceux qui se livrent à des niaiseries et à des éclats de rire puérils ; mais il arrive souvent que de pareils accords déterminent cliez les malades une agitation furieuse, ce qui fait dire qu'ils sont possédés de l'esprit divin.... On a conseillé aussi de tâcher de rendre les aliénés accessibles à l'amour ; mais cette passion est souvent la cause de leur maladie. C'est ainsi qu'on en a vu descendre dans les enfers par amour pour Proserpine, et croire avoir eu la faveur d'épouser une déesse, bien qu'elle fût la femme d'un autre. Un homme épris pour la nymphe Amphitrite se jette dans la mer. Les vieilles chroniques grecques rapportent qu'une femme d'une naissance royale, accablée du repentir de ses faiblesses, massacra ses enfants de ses propres mains. Il est absurde de penser que l'amour, qui est souvent une fureur, puisse réprimer une agitation furieuse. 11 est difficile dédire si l'acte géné-

(l) Je ne me fais pas ici, on le conçoit facilement, le partisan exclusif des idées thérapeutiques de Cirlius Aurelianus. Nous verrons ultérieurement dans quelles circonstances les remèdes toniques excitants et même irritants doivent être employés. Mais, sauf ces réserves, nous adoptons complètement les principes qui font la base du traitement moral de ce grand médecin.

rateur peut être permis aux aliénés : la répression des désirs qu'ils éprouvent les agite quelquefois, mais plus souvent encore ils se trouvent dans un état plus fâcheux après l'acte vénérien. »

Telles sont les idées qui dominaient dans la pratique des grands médecins de l'antiquité. Il nous resterait à entrer dans quelques détails sur les indications particulières que comportent ces principes généraux, mais leur place la plus naturelle se trouvera dans le traitement des diverses formes de folie que nous aurons à décrire dans cet ouvrage.

C'est à regret que nous quittons les médecins anciens, dont la liste glorieuse se termine à Alexandre de Tralles et à Paul d'Égine. Quelques pales reflets de leur enseignement se retrouvent encore dans les médecins arabes Àvicenne et Rhazès, et tout rentre ensuite dans l'obscurité. Il nous faudra remonter jusqu'au xvc siècle pour assister à quelques efforts de rénovation sur la manière de considérer l'aliénation mentale. Que s'est -il passé dans ce long espace de temps? Comment est-il arrivé que l'élément de la science des temps passés ait ainsi complètement disparu pour faire place aux croyances les plus absurdes, aux préjugés les plus ridicules et souvent les plus barbares? Voilà une question qui intéresse trop vivement l'histoire de l'esprit humain pour que nous lapassions sous silence. Nous allons dans la section suivante mettre en relief tout ce qui dans cette étude rétrospective peut intéresser la science de l'aliénation mentale.

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