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HYSTÉRIE SIMPLE.— HYSTÉRIE AVEC COMPLICATIONS

de ceux qui eu sont affectés, des transformations maladives d'un ordre pour ainsi dire nouveau.

En effet, tant que les névroses précitées sè maintiennent dans les limites d'une action pathologique déterminée, on observe bien, il est vrai, une série, un enchaînement de phénomènes morbides d'une nature spéciale affectant le système nerveux et ses fonctions, mais on n'est pas en droit d'affirmer que l'individu souffrant est atteint de folie. Prenons un exemple dans l'hystérie : ce que j'en dirai du reste, peut également s'appliquer à l'épilepsie et à l'hypochondrie.

En présence des perturbations si complexes que l'on observe dans l'hystérie, on peut affirmer que cette névrose épuise , pour ainsi dire, la série de toutes les lésions qui peuvent atteindre le système nerveux. C'est un cercle immense dont chaque point de circonférence correspond à une lésion, à un trouble, à une souffrance d'un ordre parfaitement détini.

L'hystérie peut se présenter d'abord sous sa forme la plus simple et la plus éphémère. Ce peut n'être qu'une simple convulsion nerveuse avec pleurs, sanglots, éructations , étouffements précédés de malaise et de céphalalgie. On observera, il est vrai, des symptômes d'anesthésie, d'hyperesthésie et de paralysie, il existera même une sorte d'état extatique transitoire; mais ces phénomènes n'auront qu'une durée limitée, et le malade, après avoir subi une ou deux attaques de ce genre, les verra disparaître sans que la santé générale ait été chez lui essentiellement compromise.

Dans d'autres circonstances, l'hystérie, quoique simple, est permanente et complète. Ce ne sont plus seulement des attaques transitoires qui assaillent le malade, ce sont des états névropathiques fixes et durables avec tous les caractères propres aux affections nerveuses : exaltation et rémissions, troubles des fonctions et perversions de la sensibilité.

Enfin, on connaît les complications de cette singulière névrose et l'ensemble vraiment formidable des symptômes qui révèlent sa présence. L'hyperesthésie n'atteint pas seulement les surfaces cutanées, mais elle s'irradie jusque dans la profondeur des muscles, et n'épargne pas les parties charnues qui constituent les parois des cavités splanchniques (myosalgië). Tantôt la douleur se fixe dans les muscles de la région épigastrique, au point que les hystériques, au plus fort de leurs convulsions, cherchent à se frapper ou à s'arracher l'épigastre (épigastrolgie); tantôt elle a son siège le long des apophyses épineuses des vertèbres et dans les

Briquet, que l'important ouvrage de M. le docteur Delasiauve sur l'épilepsie, et que les monographies de MM. Braehet et Michéa sur l'hypochondrie sont les travaux originaux que les médecins consulteront avec le plus de fruit.

670 ÉPlGASTRALGtE,, KACUlALGIE, PLEURA LGtE., HYPJiltESTftÉSIE.

muscles puissants qui, de chaque côté, remplissent les gouttières vertébrales [rachialgie).

11 n'est pour ainsi dire aucun muscle, ou, si l'on veut, aucun appareil musculaire qui, chez les hystériques, échappe à l'impressionnabilité douloureuse. La pleuralgie est l'expression des souffrances qui occupent l'un ou l'autre côté du thorax, et la cœlialgie, sur laquelle M. Briquet a particulièrement porté l'attention dans ces derniers temps, occupe l'épaisseur des parois abdominales. Les seuls noms de thoracalgie, art/iralgie, indiquent les douleurs que les hystériques ressentent dans les muscles de la partie antérieure du thorax, ainsi qu'au niveau de certaines articulations.

Mais l'hyperesthésie ne s'attaque pas seulement au système musculaire, elle peut atteindre les organes des sens qui acquièrent une linesse dont on ne peut, dit M. Monnerel, avoir une idée quand on n'a pas observé les hystériques, a J'ai vu, dit JL le docteur Briquet, une jeune femme qui pouvait, lorsqu'elle était surexcitée, lire les yeux presque fermés, les paupières ne laissant entre elles qu'une fente très étroite. Ces jeunes tilles dont il a été, il y a quelques années, si fort question dans le monde et les sociétés savantes, et qui passaient pour lire les yeux fermés, n'étaient que des hystériques avec hyperesthésie des nerfs optiques (1). » La même exaltation s'observe pour les sens de l'ouïe, de l'odorat, du tact, et donne naissance, ainsi que je l'ai démontré dans la symptomatologie, aux hallucinations les plus variées.

« Lorsque l'hyperesthésie, ajoute M. Briquet, attaque le larynx et la partie supérieure de l'a trachée -artère, il en résulte quelques phénomènes particuliers dont les plus importants sont la toux hystérique, la suffocation pseudo-croupale, l'asthme. » Sydenham avait déjà porté l'attention sur le phénomène de la toux hystérique, et M. Lasègue a donné dans les Archives de médecine une monographie complète de ce symptôme important. Enfin, l'hyperesthésie des voies digestives, celle des intestins, des reins, de la vessie, de l'utérus, détermine des névroses particulières qui, sous les noms de gastralgie, entéralgie, néphralgie, cystidgie, hystéralgie, demandent des soins particuliers, et font si souvent le désespoir des médecins.

Mais si l'on veut avoir une idée complète des phénomènes morbides

(1) Briquet, Traite clinique et thérapeutique de l'hystérie, p. 217. Paris, 185».— Voyez ce que j'ai dit dans la Symptomatologie : Hyperesthésie, anesthesic chez les aliénés, § vi, p. 31 i. — De l'anesthésie chez les hystériques, p. 321 et suiv. — Ve l'aucjmenlation de l'activité intellectuelle chez les aliénés, et particulièrement chez les hystériques, p. 427 et suiv. de cet ouvrage.

ANESTHES1E, TOUX HYSTÉRIQUE, PARALYSIE, BÉLIHE. 67 1

que l'hystérie entraine à sa suite, on est rigoureusement obligé de parcourir le cercle des symptômes opposés à ceux dont je ne puis que donner l'indication bien sommaire. A côté de l'hyperesthésie, vient se placer l'anesthésie, qui atteint non-seulement les parties superficielles, mais les parties les plus cachées de l'économie, et qui n'épargne pas non plus les organes des sens. L'hémiplégie et les paralysies des muscles, des organes et appareils organiques, tiennent une place importante dans la symptomatologie de cette singulière affection. Enfin, ses complications diverses nous mettent en présence de phénomènes qui intéressent nonseulement les fonctions physiologiques, mais encore les fonctions intellectuelles et morales. Je fais allusion d'une part aux borborygmes, aux palpitations, aux constrictions, aux spasmes des voies aériennes, qui vontjusqu'à déterminer la suffocation, 'les aboiements, les miaulements ; d'une autre part, je lixe d'avance l'attention sur les troubles et les perversions plus ou moins transitoires de l'intelligence et des sentiments, déterminés par les attaques de spasmes, de syncopes, de convulsions, d epilepsie, de catalepsie, d'extase, de somnambulisme, qui, dans les cas extrêmes, forment le complément des souffrances nerveuses que l'on observe dans l'hystérie.

Voilà certes tout un ordre de symptômes maladifs qui nous font voir les dangers que peut courir l'intelligence des individus affectés d'hystérie. La description des troubles du système nerveux chez les épileptiques et chez les hypochondriaques ferait naître la même réflexion. Toutefois il peut paraître étrange que le terme dé folie épileptiqw appliqué à l'état mental de quelques individus qui souffrent de cette affection, et que celui de folie hypochondriaque sous lequel on désigne les anomalies et transformations incroyables de cette névrose, n'aient pas consacré d'une manière universelle le terme de folie hystérique, éminemment propre à préciser un ét at mental qui puise dans l'hystérie, ainsi que je vais le démontrer dans un instant, ses caractères essentiels.

Je m'explique néanmoins, jusqu'à un certain point , cette anomalie. L'observation nous apprend, en effet, que si l'intelligence est momentanément suspendue au milieu des désordres extrêmes auxquels le système nerveux est en proie dans les attaques de convulsion, de spasme, d'extase, de catalepsie, elle peut récupérer tous ses droits, la crise étant une fois passée. On a vu, d'un autre côté, des malades réduits au dernier degré de marasme à la suite de crises hystériques ayant duré depuis des années avec complication de paralysie et de paraplégie, et qui cependant ne pouvaient passer pour aliénés, malgré l'irritabilité et l'irrégularité qui présidaient aux actes de la vie intellectuelle.

Je ne veux pas critiquer non plus la substitution du mot délire au mot

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folie dans ces singulières aberrations de l'intelligence dont les auteurs, des siècles derniers surtout, nous ont laissé la description à propos des convulsionsépidémiques. La situation mentale des jeunes filles, destètnmes qui se croyaient possédées du diable, pouvait recevoir des interpolations diverses, lorsque le délire éclatait sous une influence générale. Je pense aussi que l'on a raison de ne pas donner le nom de folie aux irrégularités extrêmes de caractère, aux innombrables anomalies de l'intelligence et perversions des sentiments chez des personnes affectées depuis longtemps de névrose hystérique. Mais, ces réserves une fois faites, je ne puis passer sous silence une espèce particulière de vésanie qui offre à l'observateur un caractère fixe et permanent, et qui, ainsi que je le disais, se rattache d'une manière intime à l'hystérie, et puise dans cette névrose ses caractères essentiels et fondamentaux. La folie hystérique existe au même titre que la folie épileptique et que la folie hypochondriaque ; c'est ce que je vais démontrer dans les paragraphes qui suivent.

§ XI. — Folie hystérique, ses symptômes, ses caractères; marche et terminaison

de la maladie.

Parlons d'abord du délire comme transition à l'idée qu'il est juste de se faire de la folie hystérique. « Le délire se voit assez fréquemment chez les hystériques, dit M. Briquet; on le trouve, ajoute cet auteur, dans deux circonstances différentes. Le plus souvent il accompagne les autres formes d'attaque comme phénomène secondaire ; quelquefois au contraire le délire est le fait dominant, il constitue l'attaque et ne s'accompagne que des accidents hystériques ordinaires. » (Briquet, loc. cit., p. i28.) Cette première espèce de délire est ordinairement la conséquence des convulsions hystériques, et on l'a vue régner épidémiquement à certaines périodes historiques; j'en ai parlé en différents endroits de cet ouvrage (1). Quant au délire qui constitue l'attaque et qui est le fait dominant, les auteurs en citent d'assez rares exemples, mais il n'est pas de médecin versé dans la spécialité des affections nerveuses qui n'en ait observé un certain nombre. Seulement il est bon de faire remarquer que l'instantanéité avec laquelle apparaît le phénomène, que la rapidité avec laquelle il disparait, ne fixent pas assez l'attention des praticiens. Ceci est un tort ; car nous allons voir dans un instant la gravité du pronostic de l'hystérie, surtout lorsque, les attaques ont lieu dans l'extrême jeunesse et qu'elles coïncident avec

(1) Influencedu milieu social sur la forme du délire, p. 19. - Interprétation donnée dans le moyen âge auœ phénomènes maladifs que l'on observe chez les aliénés, § il, p. 38 el suiv. de cet ouvrage.

INFLUENCÉ D'UNE ÉMOTION, d'UNB PASSION CONTUA1UÉE. 673

Une menstruation trop précoce. Toujours est-il que ces attaques s'observent le plus ordinairement chez déjeunes sujets, et principalement chez ceux dont l'intelligence est très avancée ; c'est là encore un fait sur lequel j'appelle^ l'attention des médecin.., des parents et des instituteurs de la jeunesse. M. Briquet a remarque que ces attaques d'hystérie naissent ordinairement à l'occasion d'une émotion, ou d'un trouble quelconque accidentellement survenu; mais je puis affirmer que le plus souvent elles se manifestent spontanément, ou bien encore, pour me servir d'un langage écologique plus rigoureux, elles se produisent sous l'influence de la moindre cause intercurrente, et cela en raison de la prédisposition des sujets. Cette prédisposition elle-même tient à une double cause : le tempérament nerveux des malades et l'hérédité. Je vais citer quelques exemples de ce délire hystérique, qui, pour être transitoire et fugace, n'en est pas moins le premier anneau de la chaîne à laquelle se rattache la folie hystérique qui fait l'objet de nos investigations actuelles. J'emprunte le premier exemple à l'ouvrage de M. Briquet.

1° Hystérie survenue sous l'iiifiluencc d'une émotion, d'une passion contrariée ou d'un trouble accidente!. — Une jeune tille de treize

ans, non encore pubère, est prise de tympanite abdominale et de rétention des urines. On veut la sonder, la vue seule de la sonde suffit pour faire partir les urines ; mais, au bout de deux jours, arrivent des attaques de convulsions pendant lesquelles la malade se roule dans son lit, se jette sur les personnes qui l'approchent, et fait des tentatives pour les mordre. Quelques jours après apparaît un resserrement spasmodique du gosier qui empêche complètement toute espèce de déglutition; puis le spasme gagne la langue et les deux mâchoires, qui, se serrant l'une contre l'autre, ne laissent plus les dents s'écarter.

Pour faire cesser ces spasmes, on essaya de la musique, qui finit par ennuyer, et alors, sans voir ni entendre, cette jeune personne se précipitait avec une violence extrême vers la porte du jardin, le parcourait avec une vitesse étonnante, suivait tous les contours d'un petit parterre sans manquer une allée, se dirigeait vers le puits avec l'air de vouloir s'y précipiter ; quelquefois elle s'élançait sur les murs et faisait des efforts pour y grimper ; elle rentrait ensuite dans sa chambre, frappait fortement, et sans paraître en ressentir de mal, sur les meubles et sur les murailles. Ces accès de délire alternaient tantôt avec des spasmes de la gorge, tantôt avec des convulsions. Dans le cours de cette maladie, tantôt la peau était anesthésiée, tantôt ui contraire il y avait de l'hyperesthésie. L'observateur a cru remarquer que le contact des corps inanimés n'était pas ressenti, tandis qu'au contraire celui des corps animés occasionnait

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