‹ Traité des maladies mentaleChapitre 412 sur 500 · C80 INFLUENCE DU MARIAGE POUR CONJURER I.E . TROUBLES CÉRÉBRAUX · texte numérisé non relu

C80 INFLUENCE DU MARIAGE POUR CONJURER I.E . TROUBLES CÉRÉBRAUX

elle n'a pu allaiter son enfant, car depuis longtemps déjà elle était dans un état de marasme nerveux qui rendait la lactation impossible.

La mort de son enfant a agi d'une manière pénible sur ses sentiments, et, à dater de ce moment, il s'est organisé un nouvel accès de manie. Elle sort de chez elle, ne peut rester en place ; elle a de violents accès de colère, suivis de rémissions soudaines. Lorsque nous la voyons pour la première fois, les parents ne manquent pas de nous la présenter sous l'aspect qui trompe ordinairement le médecin : elle est, disent-ils, toujours calme, ne déraisonne pas, n'a que de la tristesse; son mari même ajoute qu'il vaudrait mieux qu'elle fût complètement aliénée.

Les deux premiers jours, elle est calme et tranquille; mais, à l'apparition de ses règles, se développe un ordre de phénomènes propres à la folie hystérique. Elie parle involontairement, se livre à toutes sortes d'actes excentriques; elle a des colères violentes, frappe son mari quand il vient la visiter. Les impulsions maladives sont aussi nombreuses et instantanées que les sensations bizarres qu'elle éprouve : mille fois le jour elle a des visions et des apparitions; elle souffre de partout, sans pouvoir préciser aucun endroit; elle s'explique comme la plupart de ces malades; elle ne se reconnaît pas, elle se fait horreur à elle-même; elle avoue qu'elle fait des folies de toutes sortes; elle profère involontairement des mots qui rétonnent, et l'incohérence de ses paroles égale ce que l'on voit dans les délires aigus, sinon qu'elle a la conscience rétrospective de tout ce qu'elle dit, de tout ce qu'elle fait .

» Son état physique implique un épuisement considérable; elle dort cependant, contrairement à ce qui existe dans certaines espèces de manie qui ne sont pas en rapport avec l'hystérie. Ce qui différencie encore cette situation des autres états maniaques, c'est que les transitions au calme et à la raison sont brusques, et que, mille fois dans un jour, on peut trouver la malade raisonnable ou incohérente à l'excès.

» 19 août 1857. Madame D.... a été retirée par son mari. Il est arrivé ce qui est ordinaire dans ces cas : c'est que les crises qu'elle avait à l'asile ont diminué d'intensité, tant est grande l'influence du changement de lieu sur ces sortes de malades. Mais nous avons eu occasion de revoir cette aliénée mystérieuse. Elle est toujours dans les mêmes conditions d'irritabilité, et son existence au dehors est toujours aussi de nature à troubler l'ordre public ou celui de la famille. Elle a été réintégrée le 8 février 1858; son état mental ressemble aux précédents, seulement les accès de stupeur étaient trop longs , et malgré une amélioration suivie d'une nouvelle sortie, nous n'osons porter un pronostic favorable. »

AMOUR I nO'.lPIï , NON SATISFAIT; — ÉDUCATION VlCIKUSE (FOLIE DYSTlili. ). 684

3° Folie hystérique dans ses rapports avec un amour trompé ou non satisfait, avec une éducation vicieuse, une instruction trop hâtive , et avec d'autres conditions telles que : exagération du sentiment religieux^ mauvaise direction imprimée aux idées, affections spéciales de l'utérus. — Malgré l'absencedes tendances erotiques, l'hystérie peut être en rapport avec un amour contrarié ou non satisfait, et je puis affirmer d'avance qu'un mariage, fait en temps opportun, aurait plus d'une fois épargné à des hystériques les conséquences de leur triste maladie. Seulement on remarquera, dans les faits qui suivent, à quel point l'élément névropathique préexistant joue un rôle considérable dans les manifestations subséquentes, et imprime aux idées et aux actes des jeunes hystériques le cachet qui révèle l'origine de la maladie. D'un autre côté, les phénomènes pathologiques qui constituent la névrose se manifestent parfois d'une manière si inattendue et si précoce, ils s'enchaînent, dans tous les cas, d'une façon si insidieuse, que, même après l'événement accompli, on est incertain de savoir à quelle époque précise il aurait été opportun de conseiller le mariage.

A. Une jeune fille appartenant à une excellente famille de négociants avait montré, dès l'âge le plus tendre, des dispositions intellectuelles et artistiques on ne peut plus remarquables. Le seul tort des parents avait été peut-être de trop favoriser cette évolution précoce des facultés ; mais comment résister à l'entraînement qu'excite autour de lui le génie de l'enfance! Les parents ne sont pas, dans ces cas, les seuls complices du mal qu'opère un enthousiasme irréfléchi, alors qu'ils trouvent dans un monde blasé des admirateurs exagérés, qui ne font que suractiver la fièvre de vanité qui s'empare de ces petits êtres exceptionnels.

Il faut cependant dire, à la louange de la jeune Élisa, à peine âgée de treize à quatorze ans, qu'elle portait avec une naïveté enfantine les triomphes que lui valaient sa beauté naissante, les saillies de son esprit et un talent hors ligne pour la musique, lorsqu'un événement inattendu vint hâter l'évolution de la névrose hystérique dont elle portait probablement le germe. Son frère, qui avait voyagé dans les Indes, amena un jour à la maison paternelle un jeune nabab de ses amis. La vue de cet étranger, au riche costume oriental, l'originalité de son type de beauté, son admiration muette, qui faisait contraste avec les flatteries de l'entourage habituel de celte jeune fille, opérèrent une singulière impression sur son esprit. Est-ce à l'émotion éprouvée en cette occasion qu'il faut attribuer les phénomènes hystériformes fui ne tardèrent pas à se produire , c'est ce qu'il serait assez difficile de préciser? Toujours est-il que le premier accès franchement hystérique dont la famille fut témoin s'accompagna

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