TRANSFORMATIONS MORBIDES FATALES
d'un délire aigu avec pleurs, sanglots, étouffements, tendance au suicide et perturbation complète de l'intelligence et des sentiments. Parfois le trouble des idées était transitoire, fugace; dans d'autres circonstances il présentait un caractère de durée avec manifestation d'actes automatiques stupides, de paroles insensées, niaises, extravagantes, qui font un si pénible contraste avec les habitudes antérieures des malades, leur éducation, leurs mœurs, leurs idées dominantes. Dans les paroxysmes de son délire, la jeune fille ne rêvait que nabab, et rejetait l'idée de toute union qui ne réaliserait pas les projets fantastiques qui occupaient son esprit.
La maladie ne tarda pas à prendre les proportions les plus graves : jamais cependant on n'observa les lésions nerveuses, qui sont les conséquences extrêmes de l'hystérie , telles que l'hyperesthésie, l'anesthésie, les convulsions, la paralysie; mais j'ai déjà fait remarquer que ce n'est pas dans ces circonstances que se développent ordinairement les troubles intellectuels qui sont le propre de la folie hystérique. On dirait, au contraire, que l'intelligence est d'autant plus compromise, que l'hystérie a été plus larvée. Dans la folie hystérique qui nous occupe, les phénomènes pathologiques s'enchaînèrent avec une telle rapidité, que la malade en arriva à la limite extrême de cette transformation hystérique fixe et irrémédiable vers laquelle nous amène insensiblement la connaissance plus intime de cette triste affection.
Lorsque, cinq années après les événements que je décris, je fus invité à voir cette jeune malade, je la trouvai dans le dernier degré de l'idiotisme et du marasme. Elle était fixée sur un fauteuil, au moyen d'une camisole de force, et avait perdu jusqu'à l'instinct d'accomplir ses fonctions les plus naturelles ; elle se souillait de ses ordures et ne conservait plus aucun sentiment de pudeur. De temps à autre on avait à redouter ses exacerbations maniaques et ses tendances au suicide. Elle méconnaissait alors ses parents et devenait agressive eu ses actes.
Sur ma demande, on ôta la camisole à cette pauvre insensée et on la fit descendre au salon ; elle promena un regard hébété sur l'assistance, puis, sans proférer une parole, se dirigea automatiquement vers le piano et exécuta assez brillamment un morceau de musique que l'on avait placé sous ses yeux; mais cette réminiscence fugitive d'une aptitude acquise n'en amena aucune dans la sphère de l'intelligence et des sentiments. La jeune fille resta insensible aux caresses de sa mère, de ses sœurs et de ses parents ; cependant, malgré la situation désespérée de la malade, je crus devoir conseiller son isolement dans une maison de santé, où il serait possible encore de modifier la dépravation des instincts et de ne pas condamner cette malheureuse à une coercition perpétuelle; niais