‹ Traité des maladies mentaleChapitre 419 sur 500 · TENDANCES HYPOCONDRIAQUES. — CARACTÈRE, TEMPÉRAMENT · texte numérisé non relu

TENDANCES HYPOCONDRIAQUES. — CARACTÈRE, TEMPÉRAMENT

aspect terrible aour sourire à l'imagination de la malade et pour devenir l'unique but deses souhaits et de ses tendances. Je ne puis mieux faire, pour donner une idée complète de la variété des états délirants des hystériques, que de reproduire ici un spécimen d'une des nombreuses correspondances que cette malade entretenait avec son mari ; ce langage est un symptôme caractéristique de ce genre de folie :

« Mon ami, aujourd'hui dimanche, je suis allée à l'église : c'est encore » un sacrilège que j'ai commis; depuis mon retour des bains, je les ai » comptés par mille, ainsi que les mensonges et les fausses promesses. » Écoute, voici ma vie. Depuis vingt-cinq ans, j'ai cru que j'étais bonne » fille, bonne épouse, bonne sœur. Eh bien! je n'étais rien de tout cela. » J'étais un monstre sorti de l'enfer, je n'étais qu'une hypocrite; je n'ai » jamais aimé personne que moi-même, je n'ai jamais eu de courage, je » n'ai jamais aimé le travail, et, pour combler la mesure, aujourd'hui je » tue mon père, ma mère, et toi, mon honorable époux, et mon frère est » aussi malade. Si un assassin, un voleur allait se mettre entre les mains » de la justice en comptant ses crimes, en disant qu'il mérite la mort, » on la lui donnerait. Eh bien ! ta femme mérite la mort, tu peux être » son juge; les lois humaines permettent de donner la mort à qui la » donne. Prends le chemin de fer; à ton arrivée, j'aurai l'air guérie, nous » achèterons chez le pharmacien quelque chose qui me fasse mourir dans » mon lit; en sept ou huit jours, notre honneur sera sauvé. Tu peux me » croire quand je te dis que je mérite la mort ; je suis la créature la plus » ignoble qui existe sur la terre. Que ne m'as-tu laissée mourir, il y a une » quinzaine de jours? Vous serez tous bien débarrassés. Plus vous m'avez » fait de bien , plus je vous ai fait de mal; cependant j'ai une grâce à » vous demander : si je mourais dans cette maison, je vous prie de me » faire enterrer près de ma petite fille. Pauvre enfant! je ne l'ai jamais » aimée; son père, son grand-père et sa grand'mère l'ont aimée, la )> mère seule n'a pas eu de cœur pour son enfant. Je n'ai pas l'eeueilli » son dernier soupir. Mon Dieu , quel malheur pour papa et pour » maman de m'a voir donné la vie , et quel malheur pour toi de » m'avoir demandée en mariage! Oh! le ciel m'est témoin, si j'avais » connu la bassesse de mes sentiments, je n'aurais pas uni ma main » criminelle à celle d'un homme de cœur. Ne montre cette lettre à per- » sonne, elle tuerait mon père et ma mère. Il faut bien vite accourir, il » faut bien vite venir me chercher. Quand je serai morte, je te prie de » consoler mon père et ma mère. Mais ne te remarie pas. Si tu avais en- » core le malheur de rencontrer un Judas ! pauvre et noble cœur ! Je ne » suis pas folle, seulement accours vite que je meure avant papa. Tiens,

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