‹ Traité des maladies mentaleChapitre 420 sur 500 · ACTES DÉLIRANTS, LANGAGE SPÉCIAL DES HYSTÉRIQUES · texte numérisé non relu

ACTES DÉLIRANTS, LANGAGE SPÉCIAL DES HYSTÉRIQUES

» j'ai oublié de demander des nouvelles de ton œil, et je n'ai rien dit à » Hortense. Alexandre, je te dis que tu peux me donner la mort sans » commettre de crime ; tu sais que je connais encore le bien et le mal. » Si l'on ne te donne rien chez le pharmacien, nous recommencerons ce » que j'ai déjà fait une fois, seulement on n'ira point chercher le mé- » decin, je serai morte dans une crise nerveuse. Tu ne veux pas que papa » meure avant moi ; accours, accours, il faut mettre un terme à mon » ignoble vie. Mon père, -ma mère et toi, souffrez le martyre ; mon frère » et ma sœur souffrent aussi. Je mettrai moi-même cette lettre à la boîte: » j'irai à N..., je la porterai. Une grâce, une dernière grâce : si je meurs » ici, que je sois enterrée à C. ..; ce n'est pas une chose impossible. » Je dis cela dans le cas où je mourrai ici de maladie, car les précautions » sont bien prises ; je suis gardée comme dans une prison. Je t'embrasse, » si tu me le permets. Prie donc Dieu pour que ta femme meure pour » votre bonheur à tous.

» Celle qui n'ose plus se dire ta femme,

» Signé El. L.... »

« P. S. Pardonne le mal que je te fais, pardonnez tous, mais viens » vite. Je puis encore devant le monde être comme autrefois, c'est l'essen- » tiel ; peut-être dans quinze jours je ne pourrai plus. »

Que l'on rapproche maintenant cette correspondance du langage des aliénés hypochondriaques et autres ,dont j'ai donné des spécimens {Manière dont les aliénés expriment leurs pensées, p. 431), et l'on verra la vérité du principe sur lequel je base ma classification, à savoir : que chaque variété d'aliénation puise dans la nature de sa cause le caractère du délire des actes et des idées chez les individus atteints de cette maladie (1). Je me réserve, dans la médecine légale, de tirer un parti important de la connaissance du langage et du tempérament des hystériques, pour expliquer des crimes extraordinaires.

(1) En disant qu'il existe un caractère hystérique, une manie qui peut être désignée sous le même nom, nous nous conformons à la véritable interprétation qu'il s'agit de donner aux faits pathologiques. « Le tempérament hystérique, dit M. le docteur Conolly, a présenté dans tous les temps un curieux sujet d'étude et d'observation. La moindre chose agite l'esprit des malades ; la sensibilité est exagérée. On dirait, ajoute M. Conolly, qu'une sorte d'influence erratique [some erralic influence) se dirige vers toutes les parties du cerveau, vers les dernières ramifications nerveuses, et y développe une grande énergie maladive. Comment expliquer autrement ces innombrables caprices de l'esprit, et l'infinité des sensations pénibles que ressent l'organisme dans cet état morbide? Celui qui veut étudier l'hystérie dans ses nombrex. ies ramifications avec une foule d'états pathologiques n'a pas affaire à une seule maladie, mais à un cortège tout entier de maladies : « Morbus ille, aut potius rnorborum cohors, quam per vocem affectionis hystericœ inter-

FOLIE ÉPILEPTiyi'E.

§ III. — Du délire des actes et des idées qui est la conséquence de l'épilepsie

(folie épileplique).

L'influence exercée par l'épilepsie sur les facultés intellectuelles n'avait pas échappé aux anciens. Cette affection prend des formes diverses, disait Arétée; elle tient du prodige : « Varium ac portentosum morbis genusA Elle est terrible en ses accès, elle est d'une acujté extrême et produit de grands ravages : « Terribilis in accessionibus rnorbus, et peracutus et perniciosus. »

Lorsque les épileptiques avancent en âge, dit le médecin de Cappadoce, leur caractère ne s'adoucit pas : «Neque œtate précédente mitiores fiunt.» Ils ont de l'insomnie, leur repos est troublé par des images effrayantes. Ils prennent leur nourriture avec dégoût, la, digèrent avec peine; ils sont décolorés, leur face est plombée. Ils ont l'esprit lent, les sens paresseux, ce qui leur ôte la faculté d'apprendre. L'ouïe s'émousse, ils ont des tintements d'oreilles. Ils croient parfois que des corps étrangers tombent sur leur tète avec un fracas horrible. Ils ont la langue embarrassée et parlent avec hésitation, soit par la force du mal, soit par suite des lésions que cet organe éprouve pendant l'accès : « Tune enim lingua variis torquetur mqdïs.v Cette maladie trouble tellement l'esprit et la raison, que ceux qui en sont atteints finissent par devenir totalement insensés : « Botionem usqve eà rnorbus conturbat ac dejicit, lit prof sus denique infatuentur. »

Esquirol, tout en affirmant que l'épilepsie agit de la manière la plus fatale sur la libre manifestation des facultés intellectuelles, n'a pas fait, du délire transitoire ou chronique qui en est la suite, une variété spéciale de folie ; il semble plutôt regarder l'épilepsie comme une complication de la folie, et il émet le pronostic désespérant que l'épilepsie compliquée

prelantur veleres. » (Hoffmann, Tractatus de morbo hyslerico.) — On consultera avec fruit l'ouvrage de M . le docteur Conolly, intitulé : The Croonian Lectures, delivered al the Royal Collège of physicians (London, 1849). Dans l'impossibilité où je suis, dans un ouvrage abrégé sur les maladies mentales, de traiter l'hystérie dans ses rapports avec les innombrables anomalies du cœur et de l'esprit humain , et surtout avec l'influence des idées régnantes et avec les modifications que subissent les tempéraments par l'hygiène, la nourriture, la nature des travaux, je ne puis que renvoyer aux traités spéciaux de cette affection. Quoique l'ouvrage de Pomme soit déjà ancien et fait à un point de vue scientifique erroné (le racornissement des nerfs), on y trouvera cependant de curieuses descriptions du caractère et du tempérament propres aux hystériques. Je me contenterai d'ajouter que les névroses hystérique et hypochondriaque ne sont plus, comme on le croyait autrefois, l'apanage de la classe riche et blasée. Ces maladies sont aujourd'hu très fréquentes dans nos campagnes; j'en ai indiqué les causes dans mon Traite des dégénérescences.

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