TEMPÉRAMENT ET CARACTÈRE DES ÉPILEPTIQUES
de l'intelligence, mais elles sont d'une grande susceptibilité, irascibles, entêtées, difficiles à vivre, capricieuses, bizarres; toutes ont quelque chose de singulier dans le caractère.
» Donc, 209 de nos 339 épileptiques, c'est-à-dire les quatre cinquièmes, sont plus ou moins aliénées ; un cinquième seulement conserve l'usage de la raison, et quelle raison (1) ! »
On le voit, l'influence fatale exercée sur les facultés intellectuelles par l'épilepsie est pour Esquirol un fait certain, avéré. Le délire restreint ou partiel, la fureur maniaque, l'état de stupeur et d'idiotisme sont les phénomènes maladifs des fonctions cérébrales le plus fréquemment observés. La démence, et dans tous les cas, l'affaiblissement progressif des facultés, sont la terminaison nécessaire de l'épilepsie. Les cas de conservation intacte de l'intelligence sont l'exception ; on ne pourrait en citer que' bien peu d'exemples (2).
Les thèses inaugurales ou travaux spéciaux des élèves les plus distingués d'Esquirol, MM. Calmeil, Bouchet, Cazauvieilh, ne laissent aucun doute à ce sujet. Depuis cette époque la tendance des idées en pathologie mentale s'est dirigée vers l'observation des faits du même genre, et la désignation de délire ou folie épileptique, presque généralement admise, fait ressortir l'utilité d'une classification qui s'appuie sur la nature de la cause de la maladie (3).
(1) Esquirol, Des maladies mentales, t. I, p. 285.
(2) On peut lire dans Esquirol (p. 231) l'observation du nommé Joseph B..., ancien tambour et épileptique depuis dix-neuf ans : « Malgré la longue durée de la maladie, dit Esquirol, malgré la fréquence des actes, l'intelligence du malade conserve toute son intégrité. Il y a sans doute fort peu d'exemples d'une maladie aussi longue, d'accès aussi nombreux, et dans lesquels l'intelligence se soit conservée comme chez Joseph B.... Pour moi, c'est le seul que je connaisse, et j'ai vu plus de (500 épileptiques. » J'en puis dire autant qu'Esquirol, sous ce rapport : la conservation intégrale de l'intelligence et des sentiments avec des attaques fréquentes d'épilepsie est chose des plus rares. L'exemple le plus frappant que je puisse citer est celui de cette hystéro-épileptiquc dont j'ai donné l'observation , page 379 et suivantes de cet ouvrage : « Une de nos malades hystcroépilepliques nous présente à chacun de ses accès les phénomènes suivants, etc. »
(3) Parmi les travaux les plus importants sur cette matière, je signalerai :
1° La thèse de M. le docteur Cavalier, médecin en chef actuel des aliénés de l'Hérault, De la fureur épileptique (Montpellier, 1851).
2° La thèse inaugurale d'un de mes anciens internes, M. le docteur Guillermin, Étude sur la manie épileptique (Paris, 1857 j.
3" La thèse inaugurale de M. le docteur Haushalter, ancien interne à l'asile de Stéphansfeld, Délire des épileptiques (Strasbourg, 1853).
4° L'intéressant travail de M. le docteur Billod, Considérations sur la symptomalologie de l'épilepsie (Annales médico-psychologiques).
5° Enfin, l'important traité de M. le docteur Delasiauve, Sur l'épilepsie (Paris, 1854*