CHANGEMENTS D'OCCUPATION, DE MILIEU'. — ISOLEMENT
Dans la classe aisée de la société, il est plus facile de réaliser le traitement qui consiste à changer le genre de l'existence et l'hygiène physique et morale des malades. Une simple suspension des habitudes ordinaires de la vie, un déplacement, un voyage, suffisent souvent pour rétablir l'équilibre et l'harmonie des fonctions nerveuses. Dans les classes pauvres, vouées par nécessité à un genre de travail compromettant pour la santé des fonctions nerveuses, les conseils sont plus difficiles à suivre. Néanmoins les avis d'un médecin prudent éclaireront, dans plus d'une occasion, les familles sur les dangers de soustraire les enfants par des transitions trop brusques à la vie bienfaisante des champs, pour les reléguer dans les villes, ou les livrer aux occupations trop sédentaires des fabriques.
isolement. — En parlant de l'isolement, je ne veux pas faire allusion au placement des malades dans une maison spécialement consacrée aux maladies mentales. La névrose hystérique développe, chez ceux qui en souffrent, une irritabilité telle que le simple changement de milieu suffit pour apaiser les exacerbations du délire le plus violent. Une jeune fille de seize ans nous est amenée dernièrement, en proie à l'exaltation la plus grande. C'était une jeune ouvrière des fabriques, dont le tempérament hystérique coïncidait avec un arrêt de développement très commun chez les jeunes filles vouées au travail des manufactures. Trois jours après son entrée, et grâce à quelques bains d'affusion, elle sortait de son délire, comme d'un sommeil pénible, ne sachant ni ce qui lui était arrivé, ni comment on l'avait amenée. J'ai souvent regretté le manque d'institutions spéciales consacrées à cette catégorie de malades dont le placement dans une maison d'aliénés peut compromettre l'avenir, car on ne connaît que trop les préjugés qui s'attachent aux individus qui ont été traités comme aliénés. La réflexion que je fais ici pour les hystériques s'applique également aux premiers accidents de l'hypochondrie. Si, dans beaucoup de circonstances, nous avons à nous plaindre de la temporisation des familles, il est d'autres situations où, par une précipitation trop grande, on compromet, ainsi que je le disais, les intérêts des malades.
Une jeune femme de vingt-huit ans, pour laquelle j'avais été consulté, éprouva, à la suite de contrariétés de famille, des accès hystériques. L'intelligence était légèrement troublée, la mémoire affaiblie; les actes étaient devenus irréguliers, et une irritabilité très grande dominait la situation de la malade. On avait pareillement remarqué des troubles dans les fonctions intérieures ou assimilatrices. Il existait de l'anorexie, de l'aménorrhée, et un état semi-chlorotique et choréique assez prononcé. La malade, comme il arrive d'ordinaire dans cette situa-