‹ Traité des maladies mentaleChapitre 444 sur 500 · TRAITEMENT DE LA FOLIE HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA FOLIE HYSTÉRIQUE

a lieu dans un grand nombre de cas, et mon expérience m'a appris que les mauvais traitements, l'absence d'une nourriture suffisamment réparatrice, l'application trop précoce des jeunes sujets à un travail sédentaire et au-dessus de leurs forces, étaient des générateurs aussi puissants de l'hystérie que « l'habitude clans laquelle on est de beaucoup caresser les jeunes personnes ; de ne leur jamais parler que du ton le plus affectueux, de leur donner, comme on dit, un bon cœur; de s'efforcer à développer en elles les sentiments d'attachement, ce qui augmente encore cette tendance, et finit par développer chez elles la suraffectivité, mère de l'hystérie. »

Si donc l'hystérie tend à se généraliser dans toutes les classes de la société, c'est qu'il existe des causes complexes et multiples de cette névrose. En dehors de la prédisposition héréditaire dont nous avons appris à connaître la valeur, cette affection se relie d'une manière si intime aux habitudes hygiéniques et professionnelles des malades, que les médecins devront puiser dans cette donnée étiologique les principales indications du traitement prophylactique et curatif. J'ai vu l'hystérie se développer chez de robustes habitantes de la campagne, qui passaient sans transition du séjour des champs à celui des villes. Et, dans les campagnes même, j'ai constaté sur une large échelle l'influence fatale des occupations sédentaires auxquelles les exigences d'une industrie plus rémunératrice que le travail des champs astreignaient de jeunes filles dès l'âge de cinq à six ans (1).

La première direction que je donne à mon traitement dans les cas de névrose hystérique est inspirée par la nature de la cause, et souvent des causes qui font naître cette névrose. Et comme, d'un autre côté, les manifestations morbides de l'être intellectuel et sensible ne sont pas toujours, il s'en faut, en rapport avec les troubles de la menstruation, je ne manque pas de m'éclairer de toutes les circonstances qui ont développé l'état névropathique des malades. Chez les très jeunes sujets, l'hystérie ne devra jamais être traitée comme une affection légère, et il faut, à tout prix, éviter l'enchaînement progressif et forcé des phénomènes pathologiques qui constituent la maladie dans son développement.

(1) On peut avoir une idée de l'influence exercée par certaines professions sur le développement de l'hystérie, en lisant le travail intitulé : La broderie et les brodeuses vosgiennes, par M. le docteur Haxo, ancien chirurgien en chef de l'hôpital Saint-Maurice, à Épinal. Je suis convaincu que la prédominance de la névrose hystérique dans la classe ouvrière de la ville de Rouen provient du travail précoce des enfants dans les fabriques, de l'insuffisance et de la mauvaise qualité de la nourriture, et souvent aussi, il faut bien l'avouer, des rapprochements prématurés entre individus de sexe différent.

Page 1