RETOUR AUX IDÉES MÉDICALES ANCIENNES
|i y décrit, sous les noms d'insania canina, et lupina, des folies propres à son I époque. Des auteurs, et des plus considérables, pour ne citer que Fernel et I Ambroise Paré, partageaient, il faut bien le dire, la plupart des croyances I absurdes qui régnaient en ces temps. On y croyait que le diable apprend aux démonolâtres à se transformer en bêtes, et la lycanthropie, très i répandue, confirmait les idées absurdes qu'on se faisait à propos des il loups-garous.
Fernel, dit M. Calmeil, admet l'action des esprits malins sur le corps I de l'homme ; il croit que les adorateurs du démon peuvent, à l'aide d'im- I précations, d'enchantements, d'invocations, de talismans, attirer les 1 esprits déchus dans le corps de leur ennemi, et que ces démons y causent des accidents graves,
« Les démons, dit Ambroise Paré, se forment tout subit en ce qu'il leur plaist ; souvent on les void se transformer en serpents, crapaus, chatshuans, corbeaux, boucs, asnes, chiens, chats, loups, taureaux; ils se transmuent en hommes et aussi en anges de lumière; ils hurlent la nuit et font bruit comme s'ils estoient enchaisnez.. .. Ils remuent bancs, tables, bercent les enfants, feuillettent les livres.... comptent l'argent, jettent la vaisselle par terre...* »
On croirait, dit avec raison M. Calmeil, qu'il ne devait pas être facile : au commun des médecins de se soustraire à de semblables autorités (1), et nous avions raison de dire qu'il fallait savoir gré à des médecins placés i à un rang secondaire de faire revivre les saines doctrines des anciens.
C'est à ce titre que nous citerons Montanus, Mercurialis et Prosper Alpin. Le premier, qui naquit en H89, mérita d'être appelé un second Galien, et nous donne dans ses Consilia medica d'utiles renseignements sur les conditions physiologiques propres aux mélancoliques.
Mercurialis (1533) attribue aux progrès du luxe les dispositions de plus en plus grandes à l'hypochondrie, et Prosper Alpin (1553), le père de la sémiotique, comme l'appelle Heinroth, réduit a leur juste valeur maladive la plupart des faits extraordinaires que l'on citait comme l'œuvre du démon. Dans son livre De medicina JEgyptiorum, il ne voit que des mélancoliques dans ces fanatiques que les Orientaux vénéraient comme des saints, et qui, sales, décharnés, semblables à des momies, erraient dans les solitudes et fréquentaient le séjour des morts.
Ce que nous avons dit de cette époque suffit pour nous faire voir que les enseignements transmis par les anciens ne s'étaient pas complètement perdus. Nous recommençons à trouver chez les médecins du xve et
(1) Calmeil, ouvr. cit., p. 179.
48 ALIÉNATION DANS LES XVIIe XVIIIe ET XIXe SIÈCLES.
du xvi'' siècle des descriptions des maladies mentales, et nous avons la preuve qui si beaucoup de ces malades ont été confondus avec les possédés, sorciers et maléficiers, et traités comme tels, il en est encore qui recevaient les soins de notre art. Un aveu de Sylvius de le Boë nous arrive même à travers les âges comme un espoir d'un avenir meilleur : « Quiconque, dit Sylvius en 1620, ne sait traiter les maladies de l'esprit n'est pas médecin. J'ai eu à soigner un grand nombre d'affections de cette nature, j'err ai guéri beaucoup, et bien plus assurément par des impressions morales et le secours du raisonnement qu'à l'aide des médicaments. »
C'est donc avec raison que M. Littré affirme que dans ces siècles préparatoires, tandis que la société religieuse et la société politique se fondaient avec la condition d'incorporer les barbares, l'héritage scientifique se transmettait, et que les sciences, comme un feu précieux gardé sous la cendre, s'alimentaient sans éclat , il est vrai, mais sans risque de s'éteindre, prêtes, dès que les circonstances deviendraient favorables, à donner flamme et chaleur.
Ces circonstances surgirent dans le xvii" et le xvme siècle, et l'avéneraent d'hommes tels que Bacon, Descartes, Pascal, Leibniz, Newton, Locke, Malebranche, etc., nous indique assez que les sciences médicales ne pouvaient rester en arrière, et que nous trouverons parmi les médecins de cette époque de précieux documents qui nous permettront de bien préciser l'état actuel de la science en aliénation et de faire entrevoir son avenir.