DOUCHES. — EMPLOI DE LA GLACE. — SAIGNÉES
pauvres, consistent à faire de légères affusions sur la tête au moyeu d'épongés imbibées d'eau froide , ou même encore d'une pluie légère que l'on fait tomber sur la tête des malades, à des intervalles assez rapprochés, au moyen d'une pomme d'arrosoir.
Quelques médecins ont préconisé l'emploi fréquent de la glace pilée sur la tète. Il est certain que ce moyen, qui a eu d'incontestables avantages entre les mains de M.Foville, mériterait d'être employé plus souvent qu'on ne le fait (1). Ce savant médecin préfère toutefois les applications de glace sur la tète pendant que le patient prend un bain chaud. Il cite plusieurs guérisons de cas récents obtenues par cette méthode curative.
« Les bains froids, selon M. Guislain, qui dit en avoir retiré d'incontestables avantages, sont surtout indiqués dans ce qu'on appelle un état nerveux, chez des malades doués d'une constitution délicate, chez qui la manie éclate sous forme de retour, et présente des moments de calme, des accès de loquacité, des cris joyeux, lesquels se prolongent pendant quatre ou cinq jours, et sont remplacés par des intervalles d'affaissement. Leur usage est indiqué chez les aliénés qui conservent malgré leur exaltation beaucoup de netteté dans les idées ; enfin chez ceux qui ont le pouls vif et fréquent... . Ces bains sont nuisibles chaque fois que le regard du malade est stupide, que son intelligence est obtuse, qu'il a la face bouffie, les paupières opalines, infiltrées, chaque fois qu'on peut soupçonner des exsudations cérébrales. » (Leçons orales, t. III, p. 115.)
Saignée. — Je vais parler dans un instant des saignées générales à propos des folies idiopathiques. En dehors de l'état congestif du cerveau ou de ses membranes, de l'état fluxionnaire du sang vers les organes importants, de l'encéphalite aiguë ou chronique avec injection delà face, délire violent, mouvements désordonnés, etc., la saignée générale est bien rarement indiquée. Je suis entré dans assez de détails sur les violentes agitations des aliénés, sur l'état de fureur même en rapport avec la surexcitation nerveuse, sans congestion, pour que l'on puisse facilement comprendre que la sédation momentanée amenée par la saignée ne saurait remplacer les conséquences funestes d'une perte de sang immodérée. Les agitations maniaques les plus intenses n'ont-elles d'ailleurs pas lieu après des hémorrhagies considérables à la suite de couches?
J'emploie fréquemment les déplétions sanguines locales au moyen de
(1) N'est-il pas étrange de voir que la glace, qui devrait être d'un usage thérapeutique et hygiénique si commun, est, pour ainsi dire, dans nos habitudes sociales, un objet de luxe que les médecins des hôpitaux ne peuvent souvent se procurer qu'avec la plus grande difficulté. Le médecin Ellis avait déjà émis le désir, que j'ai souvent exprimé, que tout établissement d'aliénés eût une glacière à sa disposition.
P0UGÀT1FS, EMMÉNAGOGUES (aLOÈS, COLOQUINTE). 781
sangsues placées au\ apophyses mastoïdes chez les individus prédisposés aux congestions. Je supplée à l'absence de la menstruation par des applications périodiques de sangsues chez les aliénées non menstruées, et chez lesquelles, en vertu de la prédominance de l'état nerveux, les emménagogues les plus puissants restent sans effet. Chez les hypoebondriaques ou autres malades à grande dépression mélancolique, avec prédominance d'un pouls fort et plein, d'une peau jaune ou bistre, qui se plaignent de ne ptusvôir couler leurs hémorrhoïdes, qui, en outre, ont des pensées sinistres, des tendances au suicide, des hallucinations, un sommeil lourd et agité, des tintements ou sifflements dans les oreilles, etc., je me trouve bien de déplétions sanguines dérivatives ou locales, soit à l'anus, soit à la partie interne des cuisses.
Purgatif* emménagogues; emploi des préparations ferrugineuses
iodées. — On comprend quelle a été l'influence des théories humorales sur l'emploi des purgatifs dans les différents troubles de l'esprit. Les anciens faisaient de l'ellébore un spécifique des maux dus à la bile et à l'atrabile. Il est incontestable que l'on a abusé des purgatifs, surtout dans la phase de dépression mélancolique; il faut se garder alors d'augmenter l'irritabilité maladive des intestins. Mais, d'un autre côté, quand on voit les inconvénients de la constipation chez ces malades, quand on est témoin des guérisons parfois inattendues qui se produisent dans la période de stupeur sous l'influence d'une diarrhée, on ne peut méconnaître qu'il ne soit indispensable d'entretenir chez les aliénés en général, chez les mélancoliques surtout, la liberté du ventre. Je fais un grand usage des purgatifs salins et résineux, ainsi que des mereuriaux. Le citrate de magnésie remplace très avantageusement l'eau de Sedlitz, quand les malades ont de la répugnance à prendre ce médicament. Le calomel associé au jalap est indispensable chez les aliénés réfractaires à toute médication, et qui se croient empoisonnés. On est obligé alors d'associer le purgatif au café ou aux aliments. Lorsque la maladie a duré des mois, que le sujet est d'une constitution podagrique, bilieuse, on constate quelquefois l'heureux résultat de l'usage continué de légers purgatifs. « A mesure que les selles deviennent plus libres, la tête se dégage, les traits s'animent, et parfois un flux hémorrhoïdal vient s'ajouter aux effets des purgations. Le régime seul peut produire cette liberté des excrétions alvines : c'est ainsi que les fruits, les pommes, les poires, les prunes cuites, conviennent beaucoup aux mélancoliques. » (Guislain, Leçons orales, ï. III, p. 147.)
Quelques médecins ont attaché une valeur spéciale à la coloquinte, à l'huile de ricin ; mais je ne sa Jie pas que ces purgatifs aient une action spéciale. L'aloès peut en même temps agir comme emménagogue dans