BELLADONE, JU^QUIAME, DATUR A, MANDRAGORE
tudes continuelles. J'attribue plusieurs guérisons remarquables, et obtenues en peu de temps, à l'administration de cet agent, donné à la dose de 10 à 15 centigrammes par jour, avec toutes les précautions requises. Grâce à ce médicament, le pouls se relève, la chaleur revient à la peau, le moral gagne en énergie; il y a plus de rectitude dans le jugement, plus d'à-propos dans les réponses et plus d'animation dans la physionomie (1). L'opium est surtout efficace dans les cas récents de manie tranquille, chez les sujets vifs, impressionnables, d'une constitution lymphatique, chlorotique, cachectique... Mais si Fou remarque la moindre hésitation dans la parole ; si le malade porte souvent sa main à la tète et la dirige vers un endroit spécial ; s'il y a rougeur à la face, chaleur au crâne ; s'il y a des apparences de paralysie, l'emploi de ces agents serait extrêmement nuisible , il ne pourrait qu'accélérer la marche rapide de la maladie. » (Leçons orales, t. III, p. 123.)
De tous les médecins français, M. le docteur Michéa est celui qui a employé avec le plus de constance et de hardiesse la médication stupéfiante dans le traitement de l'aliénation mentale. Voici les conclusions finales de l'important travail de M. le docteur Michéa (2).
1° Les principaux narcotiques, opium et ses principes, jusquiame, clôtura stramoniom, belladone et mandragore, considérés en masse, guérissent environ la moitié des individus atteints de folie curable, et se bornent à produire une guérison passagère ou une simple amélioration dans le quart à peu près des cas ;
2° L'opium et ses principes sont les substances narcotiques qui, comparativement, ont le plus de puissance curative; elles guérissent dans les deux tiers des cas environ, et dans un sixième elles produisent de l'amélioration ou une guérison passagère.
(1) MM. Bucknil et Tuke, dans leur ouvrage intitulé A Manual of Physiological Medicine (London, 1858), font, ainsi que la plupart des médecins anglais, Philips, Beverly, i Thurnam, Casson, Holland, Tyerman, etc., un grand éloge de la médication narcotique et stupéfiante. Nos collègues d'outre-Manche font un emploi plus fréquent que nous de la belladone, de la jusquiame et d'autres narcotiques. M. Sutherland, à Saint-Luc, emploie l'acétate de morphine en solution dans l'eau distillée. Il donne le chlorhydrate de morphine associé à l'acide chlorhydrique affaibli. Le docteur Wintle préconise la jusquiame et l'opium. Il donne ces médicaments dans la bière et le café des malades. M. le docteur Holland dit que sans l'opium et la jusquiame il se trouverait désarmé. Le docteur OUivier n'emploie pas l'opium dans la première période de l'état maniaque, mais la teinture de jusquiame à hautes doses (voyez Berlée, Du traitement de l'aliénation dans les asiles anglais, dans Annales médico-psychologiques, t. XIII, p. 34 et 224).
(2) Recherches expérimentales sur 'emploi comparé des principaux agents de la médication stupéfiante dans le traitement de l'aliénation mentale, par le docteur Michéa (2e édition, Paris, 1857).