‹ Traité des maladies mentaleChapitre 49 sur 500 · V. PLATER. — CH. LEPOIS. — SES IDÉES SUR L HYSTÉRIE · texte numérisé non relu

V. PLATER. — CH. LEPOIS. — SES IDÉES SUR L HYSTÉRIE

» La manie, bien qu'elle ne soit pas mortelle par sa nature, qu'elle soit exempte de lièvre, qu'elle laisse subsister jusqu'à un certain point

l'équilibre des fonctions étrangères à l'intellect , est difficile à guérir

La manie héréditaire, celle qui est déjà invétérée, guérissent difficilement et d'une manière franche. Il ne faut pas espérer guérir la manie qui tient à l'influence d'une cause organique. Celle qui succède à un transport fébrile, à la suspension des hémorrhoïdes, d'un exanthème, des varices, guérit plus facilement. »

Un homme qui, d'après la judicieuse remarque de M. Calmeil, représente la folie avec des couleurs aussi fidèles, a dû nécessairement consacrer beaucoup de temps à l'examen des aliénés. Aussi Plater avoue que pour atteindre ce résultat, il n'a pas craint de pénétrer dans les prisons, les cloîtres, les cabanons infects où de son temps on séquestrait les aliénés dangereux, et que c'est là seulement, ainsi que le fait observer M. Calmeil, que Plater est parvenu à étudier convenablement la nature pour apprendre à soulager le malheur.

Nous prenons acte de cette déclaration qui nous révèle un état social bien singulier : à côté de la question scientifique qui tendait à progresser, nous voyons la question humanitaire rester stationnaire, et cette triste situation sera celle dans laquelle nous trouverons les aliénés partout en Europe jusqu'à la fin du xvni" siècle, et même jusque dans les commencements du xixc. Cette seule considération nous dispose à parcourir avec rapidité des temps si peu fertiles en résultats pratiques. Nous avons hâte d'en arriver à l 'époque ou nous pouvons étudier fructueusement l'aliénation sur le terrain que lui ont préparé la science et l'humanité.

Il est une autre remarque, fort peu consolante du reste, et qui nous est suggérée par le défaut d'influence que paraissent avoir eu à cette époque les écrits des médecins qui commençaient à envisager les questions de pathologie nerveuse en dehors des préjugés et des erreurs qui disposaient les esprits à classer dans les faits de Yordre surnaturel tout ce qui avait trait à cette même pathologie. C'est ainsi qu'un médecin, Charles Lepois, dont les écrits sont cités avec grand honneur par Boerhaave, et qui avait émis sur l'hystérie des considérations de la plus haute importance, semble n'avoir exercé aucune action sur les médecins de son époque, et cependant « Charles Lepois, d'après M. Calmeil, a non-seulement décrit l'hystérie convulsive violente , tenant compte des divers états de tout le système musculaire pendant la durée de l'attaque, des lésions des sens, de celles des facultés intellectuelles et affectives; mais il s'est encore efforcé de prouver que les différentes lésions fonctionnelles que l'on note chez les hystériques ne peuvent provenir que d'un état morbide

5k ALIÉNATION DANS LES XVII% XVIIIe ET XIXe SIÈCLES.

ides centres nerveux encéphaliques, parce que c'est le cerveau qui préside à l'exercice des mouvements volontaires, de la sensibilité et de la pensée. Je ne sache pas qu'on ait jamais rien dit de plus rationnel sur ce sujet important. Dans tous les cas , si les recherches de Lepois sur l'hystérie n'ont pas porté tout de suite les fruits qu'elles devaient produire, en bannissant pour toujours des livres de médecine la théorie de la possession diabolique, elles peuvent encore, à l'heure qu'il est, offrir aux médecins une source d'instruction précieuse (1). »

Quoi qu'il en soit, on a lieu de s'étonner, ajoute M. Calmeil, que les médecins d'autrefois, que l'on doit supposer avoir été doués de quelque érudition, n'aient pas reconnu, après avoir jeté les yeux sur un pareil ouvrage (2), que les phénomènes musculaires attribués du temps de Louis XIII et même de Louis XIV encore à la possession diabolique, ressemblaient trait pour trait à ceux de l'hystérie spontanée et naturelle. Peut-être n'a-t-on pas osé, dans les expertises judiciaires, en référer à l'autorité de cet habile observateur, parce qu'il se cramponnait pour ainsi dire avec plus de force aux véritables explications physiologiques ?

D'autres médecins illustrèrent encore cette époque, ce furent Sennert, Sylvius de le Boë, Willis et Bonet. Malgré l'importance des ouvrages de ces médecins, nous sommes obligé de les examiner avec rapidité.

Nous voyons chez Sennert un homme profondément versé dans la lecture des anciens; nous remarquons néanmoins chez lui une singulière tendance à ne définir les diverses formes de l'aliénation mentale que par leur côté psychologique, autrement dit que par la description des troubles qu'éprouvent nos facultés sous l'influence de certains états pathologiques du système nerveux. D'après Sennert, la mélancolie devrait être définie : une contention, une concentration de l'âme sur une même idée, ou bien un délire qui s'exerce sur une pensée fausse presque exclusive.... « Il faut qu'un homme ait le jugement et les affections lésées pour concentrer tous ses désirs sur un objet qu'il sait ne pouvoir pas posséder.... La manie est une lésion de l'imagination et du raisonnement, accompagnée d'audace et souvent de colère et de fureur. »

(1) Calmeil, ouvr. cit., t. I, p. 378.

(2) Selcxtionum observation uni et consiliorum de morbis liber singularis. Pont-à- Mousson, 1618, in-t. Bocrhaave on a donné une bonne édition qu'il a ornée d'une préface. — Charles Lepois, fils de Nicolas Lepois, le célèbre médecin de Charles III , neveu d'Antoine Lepois, médecin non moins célèbre que son frère, naquit à Nancy, en 1563.

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