SYLVLUS DE LE BOE. — SA THÉORIE PHYSIOLOGIQUE
Mais cette critique ne vaudrait pas la peine d'être soulevée, si, imbu comme il était des excellentes méthodes d'observation des anciens, Sennert ne s'était pas laissé aller à fournir aux juges qui décidaient du sort des aliénés des arguments dont ceux-ci devenaient les tristes et inévitables victimes. Ce médecin reconnaît qu'il est une variété d'extase qui est provoquée par des puissances diaboliques ; que les démonolàtres peuvent en réalité faire des excursions aériennes ; que certains lycantbropes paraissent posséder en réalité la forme d'un loup, parce que le diable les couvre d'une sorte de mannequin qui trompe les plus clairvoyants; que ces lycantbropes ainsi travestis tuent les animaux, qu'ils mettent leur chair en pièces, et qu'ils la dévorent gloutonnement, toute pantelante, à la manière des loups (1).
La manière dont Sylvius de le Boè procède à l'étude de la pathologie cérébrale est des plus séduisantes; elle nous aurait inévitablement entraîné dans le même ordre d'exposition, si l'instabilité actuelle de la physiologie et delà pathologie du système nerveux n'était un obstacle à la théorisation des faits, et s'il était possible de déduire d'une expérience physiologique parfaitement admise aujourd'hui une conclusion que l'expérience du lendemain ne viendra pas renverser.
François Sylvius de le Boè prélude à l'étude de la pathologie cérébrale, dit M. Calmeil, en étudiant le rôle des appareils et des organes qui président dans l'état normal à l'exercice des fonctions de l'innervation. Dans un premier chapitre, il s'occupe des fonctions de la vue, de l'ouïe, du toucher, du goût, de l'odorat, ou du rôle des appareils sensitifs destinés à la perception des ébranlements purement physiques. Dans un second chapitre, il examine les opérations des centres nerveux intra-crâniens, et traite tout ce qui concerne les opérations de l'intellect. Le troisième chapitre est destiné à l'étude des opérations de l'àme, et le quatrième à celle des mouvements volontaires. En général, Sylvius fait preuve, dans ses explications physiologiques, dans ses définitions philosophiques, d'un jugement sain et de connaissances positives. Sylvius pense qu'il se produit dans le cerveau un agent qui est nécessaire à l'accomplissement des actes de l'innervation, qui est d'une extrême subtilité, qui sert de milieu, d'intermédiaire entre le corps et l'âme, qui flue dans les moindres filets, et qui devait, dans sa pensée, représenter quelque chose d'analogue à notre fluide électrique. Cet esprit ou agent joue en effet probablement un
(1) Sennerti opéra, etc., t. II, p. 393, 394, 395. Ce médecin naquit en 1572, à Breslaw. 11 joignait à une immense érudition un des plus beaux caractères médicaux de l'époque. Il mourut de la peste en 1637, après avoir prodigué dans sept invasions différentes ses soins aux victimes de l'épidémie.
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rôle important dans l'accomplissement des principales opérations du cerveau et des conducteurs nerveux (1).
Thomas Willis, un des plus célèbres médecins anglais de cette époque, s'acquit une réputation européenne. Profond anatomiste, physiologiste des plus distingués, nul ne pousse cependant plus loin lamaniedes explications théoriques, « Les détails qu'il donne sur la prétendue acidité des sucs nerveux et des esprits animaux dans la manie, par exemple ; sur leur effervescence, qu'il compare à celle qui se développe dans un vase lorsqu'on verse certains réactifs sur des acides concentrés ; sur la possibilité du soulèvement et de la subite distension de ces esprits, qu'il suppose pouvoir être violemment poussés hors de leurs filières naturelles pour s'aller frayer une issue au travers de la substance encéphalique, au travers des nombreuses arborisations des conducteurs nerveux, et pour exciter finalement une sorte de tourmente de l'intellect, n'ont pu être conçus que par un savant de premier ordre; mais Willis accommode ses hypothèses à l'explication de tous les faits pathologiques, et, à l'en croire, le système nerveux des aliénés ressemblerait à une sorte de laboratoire où l'effervescence des liquides altérés par de mauvais levains réagirait incessamment sur l'esprit pour en troubler l'équilibre. » (Calmeil.)
Sans doute, nous avons peu à nous préoccuper aujourd'hui des différentes manières dont peuvent être altérés les esprits animaux, et comment à leur tour aussi ils entraînent l'altération des solides, mais il nous importe de puiser aux sources des bonnes doctrines médicales et thérapeutiques, et de combattre de toutes nos forces les modes de traitement qui, loin de procurer aucun soulagement aux aliénés, ne font que précipiter leur démence. Or, si nous considérons combien autrefois, en raison de certaines théories, les émissions sanguines ont été appliquées d'une manière intempestive dans le traitement de la manie, et à quel point encore aujourd'hui cette méthode thérapeutique domine les instincts populaires, nous ne pouvons assez réagir contre une pareille situation qui se rattache à l'influence des doctrines médicales de certaines époques.
Quant à ce qui regarde Willis, les émissions sanguines, ainsi que le fait très bien remarquer M. Calmeil, les émétiques, les cathartiques, lui semblent devoir être prescrits avec une hardiesse voisine de l'audace. C'est principalement sur les furieux que le traitement doit être poussé avec vigueur. Les saignées copieuses conviennent surtout au début des
(1) Calmeil, ouvr. cit., t. I, p. 38i. — Sylvius François de le Boë naquit à Hanau, en 1614, et mourut à la Haye, en 1672. Il démontra le premier, par des preuves incontestables, la circulation du sang, récemment découverte par tlarvey.