‹ Traité des maladies mentaleChapitre 7 sur 500 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

que j'adopte, la manie, la mélancolie, la li/pémanie, et les diverses monomanies de meurtre, de suicide, de vol, d'incendie, etc.

L'exposé des idées que j'ai émises dans cette introduction rendra la réponse bien facile, et le lecteur peut la pressentir.

Et d'abord, quant à ce qui regarde la définition de la folie, est-il bien utile de chercher à définir un mot qui n'est en réalité qu'une abstraction, ou, si l'on préfère, une désignation par laquelle nous qualifions tout individu atteint d'une maladie nerveuse qui détermine chez lui un délire des idées ou des actes en vertu duquel il est regardé comme irresponsable, par la raison qu'il est aliéné : non compas mentis?

Tout ce qu'il nous est utile de savoir, c'est que dans telle variété de folie, le caractère de ce délire des idées ou des actes se présente sous un aspect différent, qu'il se transforme sous l'influence dé nouvelles modilications organiques, et qu'il n'est pas invariablement le môme chez l'individu pendant le cours de sa maladie. Tantôt ce délire sera général, gai, bruyant, impétueux ; tantôt il sera triste, fixé à une idée spéciale ou maintenu dans un ordre restreint.

Les actes insensés des aliénés varient pareillement selon la nature du mal; voilà encore ce qu'il nous importe de connaître. Le suicide, le vol, l'homicide, l'incendie, la dépravation des instincts et des sentiments, sont les caractères généraux, essentiels, de cet état désigné sous le nom générique de folie ; mais on les retrouve particulièrement dans telle variété de folie plutôt que dans telle autre.

Gomment encore une fois définir une maladie qui n'est en réalité que V expression st/mptomatique des rapports anormaux qui s'éta~ blissent entre l'intelligence et son instrument malade, le corps?

A ce point de vue, on peut m'objecter qu'il n'est pas une maladie, pas même un état de souffrance transitoire ou de passion, qui n'établisse des rapports anormaux entre l'intelligence et son instrument. Cela est vrai ; mais il importe de bien préciser la différence qu'il y a entre les rapports anormaux créés par la folie et les rapports anormaux produits par l'état de souffrance ou de passion.

Vl II INïltODl'OrlON*.

Les rapports anormaux produits par la folie se traduisent par des symptômes significatifs, et qui sont l'expression irréfragable de l'état pathologique du système nerveux. Parmi ces symptômes, les plus importants sont l'exaltation et la dépression {manie, mélancolie), l'hyperesthésie et l'anesthésie ; les modifications spéciales du système nerveux qui produisent les phénomènes si étranges connus sous les noms d'hallucinations, d'illusions ; ce sont encore les perversions si extraordinaires des sentiments qui poussent l'aliéné à des actes funestes, dangereux, immoraux.

On le voit donc, je ne rejette ni la manie, ni la mélancolie, ni les diverses perversions des sentiments; mais je n'en fais pas les éléments de ma classification.

La raison en est bien simple et se déduit de tout ce que j'ai exposé. L'excitation et la dépression, dans leur acception la plus large, ne sont que des symptômes, transitoires dans quelques cas, plus permanents dans d'autres, et alternant entre eux. Un malade peut être exalté jusqu'à la fureur et la convulsion, déprime jusqu'à tomber dans l'extase, la stupeur, la catalepsie, sans qu'il soit permis de voir là autre chose que l'expression du mode particulier dont le système nerveux manifeste ses souffrances sous des influences pathologiques déterminées; mais, encore une fois, ces divers états symptomaliques, en raison même de leur mobilité, ne sauraient être le point de départ d'une classification immuable.

Ce que je dis de la manie et de la mélancolie {exaltation, dépression) peut également s'appliquer aux idées fixes, aux instincts pervertis, aux actes dangereux, qui ne sont, eux aussi, que des symptômes propres à telle variété de folie plutôt qu'à telle autre. Ils se produisent chez un individu sous telle influence maladive de l'ordre physique, intellectuel ou moral, et disparaissent avec leur cause génératrice. Ces phénomènes ne sont pas des entités morbides distinctes, sut generis^ on ne doit, je le répète, les considérer que comme des symptômes d'une maladie principale , d'une affection spéciale du système nerveux , qu'il s'agit de combattre et de guérir.

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