‹ Traité des maladies mentaleChapitre 72 sur 500 · LEUR ACTION SUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA FOLIE ET DU SUICIDE · texte numérisé non relu

LEUR ACTION SUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA FOLIE ET DU SUICIDE

l'on étudie les causes du suicide, on peut se convaincre, dit M. le docteur Lisle (1), que c'est le panthéisme avec ses aspirations mystiques vers l'absolu et l'unité, ou plutôt vers le néant, qui a été de tout temps la cause la plus puissante de mort volontaire. Partout où ses doctrines et ses préceptes ont pénétré, dit cet auteur, sous toutes les latitudes, dans tous les climats, en Europe comme en Asie, chez les peuples les plus divers d'origine, de mœurs, de civilisation, chez les Grecs comme chez les Romains, nous retrouvons les mêmes coutumes barbares, le même fanatisme pour la mort volontaire ; les sectateurs des druides sont adonnés au suicide aussi bien que les brahmanes et les bouddhistes. »

On le voit, c'est dans la barbarie extrême et dans l'état de décadence des civilisations, c'est dans les contrées où l'erreur et la superstition se partagent le domaine des intelligences qu'il faut chercher les causes d'obscurcissement les plus généralisées de la raison humaine. Placée sur ce terrain, la question n'appartient pas exclusivement à la statistique, qui ne parvient le plus ordinairement qu'avec peine et incertitude à établir le chiffre des aliénés d'un pays, mais elle a une portée philosophique plus grande, en ce sens qu'elle oppose aux institutions politiques et religieuses des contrées civilisées, à leurs mœurs, à leurs habitudes, à leur manière de vivre, d'autres institutions, d'autres mœurs, d'autres religions dont les conséquences sont la négation de toute moralité, de tous progrès. Si, d'un autre côté, nous appliquons à des collections d'hommes ce que nous savons de l'influence des transmissions héréditaires de mauvaise nature chez les individus, comment s'étonner du défaut d'aptitude intellectuelle chez certaines races, et de la perversité native de leurs instincts; comment ne pas admettre que la civilisation ne soit l'unique remède à tant de maux? En vain nous objectera-t-on que la civilisation n'est pas une panacée universelle contre les causes de décadence de l'esprit humain, mous le savons pertinemment, puisque le but de nos recherches est de démontrer que les causes prédisposantes de la folie s'exercent avec activité au sein des pays les plus civilisés.

Les médecins aliénistes sont souvent interrogés sur la part d'influence qui revient à la politique dans les diverses manifestations du délire ; cela se conçoit en présence des bouleversements périodiques qui compromettent les intérêts matériels des uns, et surexcitent les idées théoriques et les espérances des autres. Néanmoins il est impossible de répondre à la question si on ne l'examine pas à son véritable point de vue ; je vais essayer de le faire dans le paragraphe qui suit.

(1) Lisle, Du suicide.

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