‹ Traité des maladies mentaleChapitre 71 sur 500 · ÉT10L0G1E , ETC.— PANTHÉISME; — MYSTICISME · texte numérisé non relu

ÉT10L0G1E , ETC.— PANTHÉISME; — MYSTICISME

M. le docteur Cerise, aux mêmes résultats désastreux que les fondateurs d'un mysticisme non moins exagéré , dont les amoureuses extravagances n'amenèrent, selon l'expression de Bossuet, qu'à de dangereuses et délirantes conceptions (1).

Les premières conséquences de ces doctrines furent de porter ceux qui en étaient les victimes à des pénitences tellement exagérées, qu'il est déjà permis de les regarder comme un suicide anticipé. Ces pénitences ne répondaient pas seulement aux besoins d'une imagination exaltée, mais elles étaient d'autant plus rigoureusement exécutées, que des fanatiques les prescrivaient à d'autres fanatiques dans des termes tels que ceux-ci, consignés dans les livres sacrés des Hindous :

« Que l'anachorète se roule par terre, ou qu'il se tienne tout un jour sur le bout des pieds, qu'il se lève ou s'assoie alternativement, et qu'il se baigne trois fois le jour. Dans la saison chaude, qu'il supporte l'ardeur de cinq feux ; pendant les pluies, qu'il s'expose tout nu aux torrents d'eau que versent les nuages; dans la froide saison, qu'il porte un vêtement humide, augmentant par degrés ses austérités... ; qu'il dessèche son enveloppe mortelle ; qu'il se dirige vers la région invisible du Nord et marche d'un pas assuré jusqu'à la dissolution de son corps, aspirant à l'union divine, et ne vivant que d'eau et d'air (2). »

Quelques-unes de ces atroces pénitences sont décrites dans leurs détails par M. le docteur Cerise dans son Traité des maladies nerveuses. Il en est une qui consiste à se couvrir entièrement de bouse de vache, à la laisser sécher et à se brûler avec elle ; par ce moyen tous les péchés sont consumés, et lame du pénitent va droit au ciel. Dans le Ramayana, il est parlé d'une pénitence qui impose à l'individu de se tenir dans la même position sans rien manger jusqu'à ce qu'on meure d'inanition. « Se brûler vif est une pratique ancienne en grande vénération chez les Hindous.... et si

(1) Bossuet veut faire allusion aux doctrines de madame Guyon, cette femme qui, par les exagérations de son piétisme mystique, entraîna dans ses erreurs le pieux et savant archevêque de Cambrai. Que l'on se donne la peine de lire les écrits des réformateurs en religion de toutes les époques, Jacob Bôhme, Swedenborg, mesdames Guyon, Bourignon, Martin , dit le philosophe inconnu, et l'on verra qu'ils renferment les mêmes extravagances. Ils tendent tous vers une espèce de panthéisme mystique qui détache les esprits de la réalité des choses pour les plonger dans le monde du surnaturalisme, et ils offrent avec les conceptions délirantes des aliénés mystiques de nos asiles les rapprochements les plus frappants. Mais ce qui a lieu de grandement nous étonner, c'est de voir qu'à toutes les époques de l'humanité, des intelligences d'élite se sont laissées prendre à de pareilles extravagances. Nous reviendrons sur ces fails dans les descriptions particulières de ces états maladifs de l'intelligence et des sentiments.

(2) Code Manou, liv. VI, citation de M. le docteur Cerise.

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