MODE D'ACTION DES PERTURBATIONS SOCIALES
qu'à la sollicitation des besoins; il n'y a de vertu qu'à la sollicitation de la douleur. La prospérité corrompt. Les empires périssent par le luxe et la mollesse.... La prospérité, l'aisance, ont d'autant plus d'inconvénients, que le sentiment moral est moins développé'. »
« C'est une vive secousse, ajoute ce même auteur dans la Palingénésie \ sociale, c'est une vive secousse qui produit l'homme progressif; le calme I endort l'esprit, le trouble le réveille. Les grands hommes sont les produits ! des révolutions agitantes; le génie naît dans les larmes et le sang. ... » "
Ces dernières paroles ne nous amèneront certainement pas à la conclusion de l'innocuité des révolutions politiques sur le développement des troubles intellectuels. Nous avons seulement intérêt à faire remarquer combien la question des influences est une question complexe , à tel point qu'il existe à peine dans tout le cadre nosologique une seule cause dont l'action ne soit pas modifiée par la constitution physique et morale propre à l'individu, ou par l'influence du milieu social dans lequel il se développe (1).
Il faut donc bien reconnaître que si les bouleversements politiques peuvent dans beaucoup de circonstances amener des crises favorables, leur apparition ne se lie que trop souvent à la production de la terreur et à celle delà misère, qui implique à elle seule les préoccupations du présent et les craintes de l'avenir. Ces sentiments peuvent, à leur tour, modifier d'une manière fatale, non-seulement l'état intellectuel des générations présentes, mais agir encore dans le même sens par voie héréditaire, sur la constitution intellectuelle, physique et morale des générations futures. Pas plus que M. de Ballanehe, je ne mets en doute l'influence directe des commotions politiques et sociales sur certaines organisations plus exposées que d'autres aux conséquences qui dérivent de ces commotions. Je suis encore parfaitement de son avis, quand il dit que les grands orages politiques modifient par la terreur ceux qui y assistent, ceux qui sont nés en leur présence.
« C'est un fait, ajoute cet auteur, que les grandes catastrophes du globe ont laissé d'ineffaçables empreintes dans l'esprit des peuples; que les
(1) C'est ainsi que M. Belhomme, dans un mémoire lu à l'Académie de médecine, a communiqué plusieurs cas de folie qu'il a eu lieu de soigner et qui ont été le résultat de nos troubles civils en 1848. M. Belhomme a néanmoins reconnu que plusieurs de ces individus étaient prédisposés. Mais en dehors de cette prédisposition, je suis tout près d'admettre que l'influence d'une forte émotion, d'une terreur profonde, peut être telle qu'il en résulte un état de stupidité, qui n'est lui-môme qu'une transition à des troubles intellectuels plus graves : j'en citerai des exemples dans le paragraphe des Causes morales.