‹ Traité des maladies mentaleChapitre 91 sur 500 · ÉT10L0G1Ë. — CAUSES PRÉDISPOSANTES INDIVIDUELLES · texte numérisé non relu

ÉT10L0G1Ë. — CAUSES PRÉDISPOSANTES INDIVIDUELLES

C'est ce que les auteurs allemands désignent sous le nom de constitution psychique et somatique, et ce qui est encore compris d'une manière générale sous la dénomination d'idiosyncrasie.

Nous admettons la grande division des causes morales et des causes physiques. Les impressions vives, telles que la crainte et la frayeur, la colère, la haine, la jalousie, l'exagération du sentiment religieux, l'amour trompé ou contrarié, toutes les passions enfin , ont été classées parmi les causes morales. A ces causes s'en rattachent aussi d'autres, inhérentes à la famille : la misère, les chagrins, les revers de fortune et tous les sentiments d'une nature triste et déprimante. Quelques auteurs y ajoutent aussi les passions agréables et l'exagération dans les travaux intellectuels.

Sous la désignation de causes physiques, nous comprenons les maladies qui peuvent atteindre l'organisme et dont nous croyons devoir faire deux catégories distinctes. Dans la première, il sera question decertaines causes qui, en s'attaquant à des appareils fonctionnels de l'économie, déterminent déjà par elles-mêmes des maladies préexistantes à l'aliénation mentale, et qui servent de base à cette dernière affection : telles sont l'hystérie, rhypochondrie, l'épilepsie. Ces névroses jouissent du singulier et fatal privilège d'être facilement transformables; l'aliénation qu'elles provoquent dans des circonstances déterminées se produit sous une forme qu'il n'est plus possible de confondre avec une autre, et la généralisation de ce fait important sera le point de départ de la classification ultérieure que j'aurai à proposer. Dans la deuxième catégorie des causes physiques, je range toutes les lésions et tous les désordres de l'organisme à la suite desquels il peut survenir un trouble durable dans l'exercice des facultés intellectuelles. Je ne connais, dans le cadre nosologique, aucune maladie qui n'ait donné lieu à la manifestation de ce délire permanent qui est pour moi l'expression symptomatique des conditions pathologiques anormales, fatales, temporaires ou durables, qui s'établissent entre l'organisme malade et l'intelligence , et qui déterminent irrésistiblement le délire des idées et des actes. Cette définition de la folie, que j'ai donnée dès le début de mon œuvre, dominera l'étude de tous ces états anormaux de l'intelligence dont l'interprétation ne saurait être comprise en dehors de la lésion préexistante ou concomitante du système nerveux. Dans cette même partie étiologique, j'aurai à parler de causes physiologiques, de causes spécifiques et de causes mixtes. Quelques mots suffiront pour mettre le lecteur au courant de la valeur que j'attache à ces termes.

La menstruation est une fonction physiologique ; la grossesse, l'accouchement, la lactation, sont pareillement des situations qui doivent être considérées au même point de vue; ce ne sont point là des maladies. J'en

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dirai autant de la puberté, quoique ce soit souvent un état de pénible transition pour le jeune âge, et qu'il coïncide parfois avec des perturbations de l'intelligence. Cependant, quoique la menstruation, la grossesse, l'accouchement, l'évolution pénible de la puberté, puissent déterminer la folie dans certaines circonstances, j'ai cru devoir faire une distinction entre ces causes pbysiologiques et les causes maladives proprement dites.

Les causes déterminantes spécitiques ou essentielles ont pour caractère particulier de produire des maladies qu'elles seules peuvent engendrer, telles sont les diverses intoxications. Je n'admets pas avec Cliomel que ces causes soient inaccessibles aux explications de la physique et de la chimie (1); en effet, les intoxications par Y alcool, Yopium, le plomb, le mercure, le miasme paludéen, déterminent dans l'organisme des lésions dont il est possible de suivre les progrès. La physique, la chimie, interviennent aussi bien que la physiologie et l'anatomie pathologique dans l'explication des faits. Nous constatons ces faits à leur origine, ils se révèlent par des symptômes qui leur sont propres, et ils produisent invariablement dans la sphère des fonctions physiologiques et intellectuelles, des lésions et des troubles qui sont identiquement les mêmes chez tous les individus exposés à l'action de ces causes. C'est ce qui nous a décidé à leur donner le nom de causes spécifiques. D'un autre côté, la description des maladies nerveuses amenées par les agents intoxicants confirmera le fait capital qui domine notre classification, à savoir : que la nature du délire est toujours en rapport avec la nature de la cause et la gravité de la lésion (2) .

Enfin, la dénomination de causes mixtes est plutôt l'expression d'une complexité dans le jeu des influences, qu'elle n'est celle d'un , élément éliologique toujours le même et toujours facile à définir dans le mode de son action. Quand nous parlons de causes mixtes en aliénation, nous voulons dire que la maladie finale est le plus ordinairement produite par un ensemble de causes dont les unes sont prédisposantes et les autres déterminantes. En effet, en dehors des causes dites spécifiques, on dirait que pour amener un résultat ultime, il faut toujours un ensemble de causes de l'ordre moral et de l'ordre physique. C'est ainsi que le fait de la grossesse, de la parturition, ne serait pas toujours par lui-même une

(1) Chomel, Pathologie générale, 4e édition, p. 35.

(2) L'hérédité , dans quelques circonstances , peut être aussi considérée comme une cause spécifique. En effet, la transmission progressive de certains éléments morbifiques amène invariablement un état de dégénérescence qui se traduit par l'imbécillité et l'idiotie dans quelques cas, et par la manifestation de troubles spéciaux de l'intelligence et des sentiments dans quelques autres. Au reste, la preuve en sera donnée dans le chapitre des Maladies mentales en i apport avec le principe héréditaire (Folies héréditaires).

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