‹ Traité des maladies mentaleChapitre 92 sur 500 · ÉTI0L0GIE. — HÉRÉDITÉ. — MANIÈRE DE L'ENVISAGER · texte numérisé non relu

ÉTI0L0GIE. — HÉRÉDITÉ. — MANIÈRE DE L'ENVISAGER

cause de l'aliénation , si ces conditions physiologiques ne rendaient pas la femme plus accessible aux influences de l'ordre moral. Je pourrais en dire autant de toutes les autres causes, et c'est ce qui m'a fait avancer, dans mes Études cliniques , qu'à la rigueur il n'y a pas de causes exclusivement physiques, de causes exclusivement morales. Les conditions de la dualité humaine se relient en effet d'une façon si intime que, selon l'expression d'un physiologiste allemand, la matière et l'esprit, une fois réunis pour constituer le corps et l'âme, ne doivent plus être compris que comme une unité.

Ces réflexions préliminaires m'ont paru indispensables comme initiation à l'étude des causes considérées au point de vue de la classification, du diagnostic, du pronostic, ainsi que du traitement des différentes maladies mentales. Je vais maintenant étudier à part l'action de chaque cause ou de chaque ordre de causes, dans la production de la folie.

g II. — Hérédité.

Les études de plus en plus approfondies sur l'hérédité dans les maladies assignent naturellement à cette cause une place des plus importantes dans l'étiologie des affections mentales. Les évaluations statistiques sur la fréquence de l'hérédité sont excessivement variables, et dépendent autant des éléments d'observation que les auteurs avaient à leur disposition (pie de la manière d'interpréter le fait hérédité.

Burrows admet l'hérédité dans les six septièmes des cas ; c'est là le chiffre le plus élevé qu'aucune statistique ait atteint. Esquirol, sur 265 malades, a compté 140 fois l'hérédité. M. Guislain l'évalue au quart des autres. Sur 200 aliénés atteints de manie (forme aiguë), M. Jacobi estime que l'hérédité s'est montrée dans la proportion de 1 sur 5. J'ai moimême établi que l'hérédité intervenait dans le cinquième des cas soumis à mon observation ; mais toutes ces différences dans l'évaluation des chiffres ne sont pas de nature à enlever à l'hérédité sa valeur étiologique. 11 s'agit d'examiner la question au point de vue de la saine observation, et de faire la part des circonstances au milieu desquelles ont vécu les auteurs. C'est ce que je vais résumer dans les propositions qui suivent :

1° L'hérédité se rencontrera plus souvent dans les milieux où les mariages se font entre individus trop rapprochés par le lien de la consanguinité ; c'est ce que démontrent une foule de faits irrécusables. L'aliénation s'est montrée plus fréquemment dans les grandes familles de certaines contrées, et a amené dans beaucoup de circonstances l'abâtardissement progressif des individus, et même l'extinction de la race.

Page 1