‹ Traité des maladies mentalesChapitre 107 sur 306 · FOLIES IDIOPATHIQUES. — PARALYSIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

FOLIES IDIOPATHIQUES. — PARALYSIE GÉNÉRALE

la deuxième classe se reconnaît surtout à cette transformation singulière qui fait que les malades semblent se préoccuper bien moins des intérêts de leur santé matérielle que des intérêts d’un ordre plus élevé, comprenant leur honneur, leur réputation et tout ce qui se rattache aux avan^ tages les plus précieux de l’existence. Les délirants par persécution forment une classe très nombreuse du cadre nosologique des maladies mentales, et la gravité des actes auxquels se livrent ces aliénés est en rapport avec le pénible état de souffrance qu’ils endurent.

C’est dans le délire des persécutions que vous observez une variété spéciale de suicides et homicides et dé délirants systématiques de la catégorie la plus dangereuse. Qn a vu quelques-uns de ces malades, ayant toutes les apparences de la raison, commettre des actes incroyables, tels que le vol, l’incendie, l’homicide, dans le seul but d’attirer sur eux l’attention publique et de se faire rendre une justice que, dans leurs idées systématiques délirantes. Us prétendent leur être refusée,

l'roijsiëme variété. — Ultérieurement enfin, lorsque la maladie tend vers une terminaison fatale, il surviendra une transformation non moins extraordinaire dans les idées et les sentiments du délirant par persécu-^ tiou, et qui formera une troisième variété, ou, si l’on préfère, une sous^ variété dans cette forme d’aliénation. J’en ai parlé dans le chapitre précé:^ dent, à propos de ces malades qui, après avoir passé par toutes les pérfo péties du délire des persécutions, se croient maintenant, sous l’influence de nouvelles modifications organiques, appelés à de grandes destinées et à jouer un rôle qui n’est le plus ordinairement en rapport ni avec Icîir éducation, ni avec les moyens intellectuels qu’ils possèdent réellement. J’ai dit que ces phénomènes indiquaient pue terminaison fatale, mais ce pronostic n’est pas absolu, Le caractère de la folie hypochondriaque est de faire parcourir aux malades un cercle de phénomènes pathologiques qui s’engendrent et se commandent successivement, cercle dont les points de circonférence sont marqués par des périodes de rémission et par fies phases maladives qui se renouvellent avec une persistance désespérante.

4® GROUPE. — Aliénation idiopathique.

Je n’ai pas à revenir sur l’intervention du cerveau dans la manifestation des troubles de l’intelligence. J’ai suffisamment exposé ma profession do foi à ce sujet. Seulement il faut bien reconnaître que le cerveau peut être compromis directement par des affections qui lui sont propres {congestions périodiques, hémorrhagies, méningite, ramollissement cérébral, atrophie cérébrale, lésions traumatiques, coups, chutes, etc.), ou bien l’organe peut être lésé sympathiquement, ainsi que nous l’avons vu dans l’énumération

des nombreuses causes physiques ou morales dont nous avons étudié Faction : maladies des appareils circulatoire, digestif, respiratoire; troubles dans les fonctions physiologiques : menstruation, grossesse, accouchement, lactation, chagrins, passions, etc.

Pour ce qui regarde les aliénations idiopathiques proprement dites, nous établissons deux classes principales.

Première classe. — Affaiblissement progressif ou abolition des facultés intellectuelles à la suite des maladies chroniques du cerveau ou de ses enveloppes. — Si des affections telles que les congestions périodiques, les hémorrhagies et autres lésions que nous avons citées, peuvent déterminer des délires aigus, il arrive aussi le plus ordinairement que la chronicité du mal amène un état de démence qui n’offre à l’observation la prédominance d’aucun délire systématique. Ce que l’on remarque alors, c’est un affaiblissement progressif de l’intelligence, c’est la perte des souvenirs, des affections; c’est, en un mot, la suprématie de la vie végétative sur la vie de relation. Mais c’est à tort que quelques nosologistes ont voulu soustraire tous ces états à la classification des maladies mentales, par la raison qu’il, y avait, dans ces cas, absence de divagation de l’esprit et de toutes les manifestations impulsives que l’on rencontre dans l’aliénation mentale avec délire systématisé ou prédominant. C’est là, je pense, une mauvaise manière de considérer la question. L’état de démence, si profond qu’on le suppose, si dénué qu’il soit de toute virtualité délirante, a été parfois précédé d’un état aigu avec trouble des facultés intellectuelles ety en bonne classification, on ne doit pas séparer la forme terminative d’une maladie de sa forme primitive.

Deuxième classe. — Paralysie générale, folie paralytique avec prédominance du délire systématique des grandeurs. — Les causes déterminantes de cette affection sont, ainsi que le fait justement observer M. Parchappe, au nombre de celles qui provoquent une surexcitation forte et prolongée du cerveau : les excès sensuels, et notamment l’abus des boissons alcooliques, delà bonne chère, des plaisirs vénériens et les excès intellectuels représentés surtout par des veilles prolongées et par les préoccupations d’ affaires, d’entreprises, de travaux. . . . Mais pour se faire une juste idée de cette maladie si caractéristique par la nature àu délire ambitieux , ï\ faut de toute nécessité, après avoir étudié les relations intimes qui existent entre la forme de la folie et la nature de la cause, faire intervenir l’élément de la lésion cérébrale. Dans la folie paralytique, la lésion, qui n’est rien moins que le ramollissement inflammatoire de la couche corticale des deux hémisphères cérébraux, imprime à la maladie le caractère qui lui est propre, et qui en fait certainement une des espèces morbides les plus

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