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COULEUR DE LA PEAU.— SYSTÈME PILEUX

Je ne crois pas que des recherches de ce genre puissent offrir une grande utilité ; aussi ne m’attacherai-Je qu’à l’élément pathologique de la question.

Dans la dépression comme dans l’exaltation , la pâleur de la face est l’indice du trouble profond qui existe dans l’innervation.

J’ai vu , chez des aliénés furieux , l’agitation être précédée d’un état comme vultueux de la face et de l’injection des feux. L’animation dés traits donne alors à quelques aliénés , aux jeunes hystériques surtout ^ un air inspiré; mais dans les situations extrêmes , ainsi que je l’ai dit, la face est pâle, les lèvres sont trèmhlantes et décolorées. Les aliénés chroniques chez lesquels le trouble des fonctions assimilatrices est ên rapport avec la prédominance des sentiments tristes et oppressifsj ont une couleur bistre, terreuse, et les médecins aliénistes croient , non sans fondement, que la guérison n’est assurée que lorsque la peau a repris le coloris de la santé.

Le lypémaniaque, dit Esquirol, a le corps maigre et grêle, le teint jaunâtre-, la peau brune, noirâtre^, aride-, écailleuse, tandis que le nez est d’un rouge fonpé. Chez les maniaques, dit le même auteur, lorsque la ihaladie progresse, la peau de la face est jaune, brune terreuse, la physionomie est convulsive, le maniaque est méconnaissable.

Dans mes, Études cliniques, j’ai fait remarquer que les idiots et les imbéciles nés dans de mauvaises conditions héréditaires , et voués conséquemment à une démence précoce , perdaient de bonne heure lès attributs de la jeunesse et de la santé. Je sais qu’il existe chez ces dégénérés une prédominance de l’élément lymphatique, que l’hypertrophie des glandes et les ravages de la scrofule sont chez eux des choses communes. Toutefois il est constant que la blancheur de la peau , que la coloration même animée de la lace que l’on rencontre dans l’enfance ou dans la première jeunesse, chez les variétés maladives de l’espèce humaine, sont bien vite remplacées par un teint bronzé et cuivré qui ferait croire^ que ces individus sont nés dans un autre climat et ont subi l’influence d’un soleil plus ardent.

Système ^iienxi — Le Système pileux mérite de fixer notre attention. Le menton des imbéciles, des idiots et des crétins, est généralement dépourvu de barbe, quelques poils rares signalent à peine chez ces êtres incomplets les attributs de la virilité ; leurs cheveux sont sales , rudes et mal implantés ; ils se tiennent ordinairement hérissés , et cette forme ne contribue pas peu à donner à la physionomie un aspect sauvage, dur et repoussant.

« Chez les aliénés, les cheveux , dit M. Guislain, présentent des modifir

280 SYMPTOMATOLOGIE.— OKGANE DE LA VISION. — MOUVEMENTS DE LATÉRALITÉ, cations qui ne peuvent échapper à l’attention du médecin. Dans les cas graves, les cheveux subissent la plupart du temps une altération pro-. fonde dans leur couleur, leur contexture. Les cheveux noirs gagnent un reflet rougeâtre, comme s’ils étaient teints ; les cheveux blonds pâlissent. » L’auteur que je cite les a parfois vus comme brûlés, se cassant au moindre effort,, dénudant le crâne, tandis que la racine restait dans le bulbe. Il dit encore : « Quelquefois les cheveux deviennent laineux, soyeux. Je les ai vus très secs à la pointe, quoique les patients les eussent très \gras. »

Organe de la vision. — Les yeux de l’aliéné reflètent avec une telle vérité les troubles de l’intelligence, que l’expression physiognomonique qui en est le résultat n’a échappé ni aUx peintres ni aux artistes. Le regard tantôt vague et incertain, tantôt fixe et hagard des mélancoliques, fait un contraste frappant avec la mobilité du globe oculaire chez les aliénés agités chroniques. Dans les paroxysmes, les paupières sont ordinairement violemment relevées et rétractées , de telle sorte qu’une plus grande partie de la sclérotique se trouve à nu et que l’œil paraît plus proéminent. .

Dans un travail intitulé ; Fondements de la séméiologie de l’œil (léna, 1817), le docteur Lobenstein fait la remarque judicieuse que chez les aliénés convalescents, on peut observer ce regard incertain, inquiet, qu’il est sans doute plus facile d’indiquer que de décrire. Dans l’état chronique, les caractères séméiologiques sont plus tranchés, etM. le docteur Mérier a, dans ces derniers temps , appelé l’attention sur une sorte de tremblotement, d’oscillation et de vacillation du globe oculaire chez les aliénés menacés de démence. C’est, dit ce praticien, une espèce de convulsion permanente et continuelle, par suite de laquelle de petits mouvements de latéralité sont imprimés au globe oculaire ; quelquefois ils s’exécutent de haut en bas, mais ce dernier mouvement est beaucoup plus rare. Les observations de M. Mérier l’ont porté à conclure : 1° que la manifestation des mouvements convulsifs de latéralité et de haut en bas, qu’il a observés chez un grand nombre de malades a toujours coïncidé avec la période de l’affection marquée par le passage d’un état aigu à un état chronique, par exemple dans la transition de la manie à la démence; 2“ que l’existence et la persistance de ces mouvements oculaires chez les malades sont de nature à donner au pronostic une très grande gravité , attendu que les aliénés qui étaient dans ce cas étaient déjà ou allaient àieyexâv incurables {\).

(I) Des oscillaiions du globe oculaire comme signe de l’aliénation mentale, par M. le docteur Mérier (Gdseûe des /iâpîVaita; du ! 9 août 1852).

INÉGALITÉ DE LA PüPILE CHEZ LES PARALYSÉS GÉNÉRAUX. 28l

Nous pouvons ajouter, pour compléter ce tableau, que chez ces mêmes malades l’œil projette un éclat indétinissable ; mais ce dernier phénomène ne se fait guère remarquer que dans la période de transition. Lorsque la démence est confirmée, l’œil est comme éteint, et le regard a cette expression niaise et hébétée parfaitement en harmonie avec l’affaiblissement des facultés intellectuelles.

Il est inutile de signaler d’autres particularités que l’on remarque, soit dans certaines formes d’aliénation mentale, soit chez certaines variétés que j’ai classées dans les dégénérescences de l’espèce humaine. Plusieurs pathologistes, et en particulier MM. Baillarger et Moreau (de Tours), ont signalé l’inégalité de lapiipille dans la paralysie générale. M. Lasègue a relevé ce même fait dans sa thèse d’agrégation, et ce savant professeur ajoute judicieusement que ce phénomène se rencontre chez d’autres aliénés.

Indépendamment de l’inégalité des pupilles, de leur dilatation, de leur contraction plus ou moins grande, il existe quelquefois, dit M. Moreau, des déformations soit d’un, soit des deux Orifices pupillaires. Ce même praticien a encore cru remarquer chez les paralysés généraux un grossissement notable du globe oculaire , et cela chez plus de quarante malades sur cent. Parfois aussi les sourcils affectent une conformation bizarre. En général, très arqués, toujours bien séparés aux extrémités internes, M. Moreau les a trouvés, dans cinquante et un cas sur cent, abandonnant l’arcade dans la partie moyenne, pour se relever sur le front ou retomber sur les yeux, . . Souvent rares et courts à la partie inférieure, les cils, comme cela a lieu dans la plupart des affections chroniques, ont été presque constamment longs à la paupière supérieure, (è/hmn médfraZe, 2 juillet 1853.)

Si nous passons des aliénés proprement dits aux individus placés d’une manière fixe et irrémédiable dans les variétés dégénérées de l’espèce humaine, nous remarquerons que les déviations du type normal dé l’humanité sont toujours en rapport avec les conditions pathologiques de l’organisme. Les frères Wenzél, qui se sont particulièrement occupés des crétins, ont trouvé que chez ces dégénérés la paupière supérieure est ordinairement épaissie, boursouflée et comme infiltrée. Dans d’autres circonstances, elle se prolonge démesurément et recouvre une partie du globe oculaire. Généralement, les paupières sont peu entr’ouvertes chez les crétins, et F angle .externe est relevé comme dans la race mongolique. Le globe oculaire est ordinairement petit et enfoncé dans l’orbite. Les dimensions de la pupille sont loin d’être toujours en rapport avec la grandeur de l’œil. Des individus, à pupilles très larges, ont les yeux très

282 SYMPTOMATOLOGIE. — déformations DE LA TÊTE ET DE SES ANNEXES. petitSj et le phénomène inverse se rencontre pareillement. La règle ordinaire est que chez les crétins la pupille est très petite, peu contractile, presque insensible à l’influence de la lumière.

Si l’on ajoute maintenant à ces traits caractéristiques les indications qui se déduisent de la contraction anormale des muscles de la face et des mouvements de la bouche, on comprendra que l’étude de l’habitude extérieure peut nous fournir des symptômes précieux pour le diagnostic.

La contraction anormale des muscles de la face, comme de fait judicieusement remarquer M. le docteur Guislain, change les traits au point de rendre souvent le malade méconnaissable. En favorisant la formation des saillies, elle renforce les ombres et donne plus d’éclat aux rides. Le sujet paraît vieilli ; il est plus laid qu’avant sa maladie. Cela fait, ajoute ce sagace observateur^ qu’on rencontre rarement de belles figures dans les maisons d’aliénés. Dans la convalescence, alors que la tension morbide cesse, les traits sont réguliers, la peau gagne en fraîcheur, l’œil a plus de calme, de douceur, les rides disparaissent.. . Les plis du front ont une signification parlante, ils annoncent les peines, les soucis, les douleurs morales (1).

§ II. — Des diverses déformations de la tête et de ses annexes. Arrêts de développement. Indications symptomatiques qui peuvent s’en déduire.

La vicieüse conforrhatioh de la tête est-èlle un syrhptôme sûr êt eofistànt dè défectuosité ihtellectüelle ? Cette question si importahtë n’a pas éhcôre de solution définitive, et la raison peut en être attribuée à dètix

(1) Lès médecins étrangers, les Allemands surtout, se sont peut-être plus occupés que nous ne l’avons fait chez nous des indications symptomatiques que peuvent fournir les différentes parties de la figure. C’est ainsi que, dans un mémoire intitulé : Sur la signification sémêiotiqué fo'ürniè par le nez externe, et inséré dànè lè Journal de Casper 11834), M. lé doctéüf Hofling attache plùs d’importance encore aux signes fournis par le nez que par Toeil. Il fait ressortir que chez le dément le retrait des ailes du nez donne à la face une expression niaise et parfois encore douloureuse, tandis que chez l’homme bien portant les ouvertures nasales se rétrécissent et s’élargissent , suivant les passions qui animent l’individu.

L’expressiori de la bouche n’est-èlle pàS aussi bien significative ? Chez le dément, l’idiot, l’imbécile, la bouche est entr'ouvertè et la sàlive découle; Dans les parôxÿsiUcs maniaques , les lèvres se rétractent au point que l’arcade dentaire reste à découvert. Dans d’autres circonstances, la bouche se ferme et se contracte comme sous une influence tétanique qui détermine le grincement des dents. Dans les variétés dégénérées de l’espèce humaine, la forme du nez, de la bouche et des lèvres," a une signiflcàtidn particulière. C’est ainsi que chez lès crétins le nèS ést épaté et leS.lèvreS grosses, comme dans la race nègre ; la distance èntfe la racine du nez et la bouche est beaucoup plus considérable.

TÊTES DÉFORMÉES.— VARIÉTÉS. — DÉFORMATIONS ARTIFICIELLES. 283 motifs principaux ; 1“ Avant de déduire les rapports qui peuvent exister entre l’état des facultés et la vicieuse conformation de la tête, il ne faut pas chercher à ramener à des types défectueux tous les aliénés indifféremment. En effet, on peut trouver chez les aliénés des têtes très bien faites ^ et les conformations vicieuses ne se trouvent guère que chez les individus dont la folie se rattache à des transmissions héréditaires de mauvaise nature, et à ceux encore qui dans leur jeune âge ont été victimes d’une hygiène mal entendue, qui consiste à couvrir et à serrer outre mesure les têtes des enfants nouveau-nés (1);

Pour donner à cette question Futilité pratiqué qu’elle comporte, il est bon de la circonscrire dans ses véritables limites. Je ne puis mieux faire, à ce propos, que de rappeler ce que je disais dans mon Imité det dégénérescences de l’espèce humaine (2).

Les difformités de la tête peuvent être artificielles ou naturelles, c’est-àdire déterminées par un élément pathologique, ainsi que cela sè Voit dàhs les conditions où l’hérédité a exercé une influence incontestable.

Les difformités artificielles de la tête, qui sont le produit de manœuvres mises autrefois en usage, ou existant encore chez différents peuples^ peuvent être réduites, d’après M. le docteur Gosse (de Genève), à seize groupes principaux, qui sont ; l^la tête cunéiforme; 2“ la tête symétrique allongée ; 3° la tête irrégulièrement comprimée et dilatée ; 4“ là tête quadrangulaire ; 5° la tête trilobée ; 6“ la tête aplatie sur le front ; 7“ la tête avwdépressiOn et saillie du nez ; 8° la tête mongole ; 9® la tête pro^

(1) On peut consulter à ce sujet : 1° Fovilte, Déformations du crâne résultant de la méthode la plus générale de couvrir la tête des enfonts (Paris, 1854, in-8“); 2» Parcliappe, Recherches sur l’encéphale, sa structure, ses fonctions maladives (Paris, 1836- 1842) ; 3® Lunier, Recherches sur quelques déformations du crâne observées dans le département dés Deux-Sèvres (Annales inédîco-psychologiqüës, vol. XVl, p. 42).

Dans une de ses leçons cliniques sur l’aliénation mentale, M. Sutherland- fils professé que la formé du crâne ne paraît pas avoir de rapport avec la production et avec les différentes formes de l’aliénation. Beaucoup de malades qui sont maintenant sous sa direction ont, dit-il, des têtes bien conformées. Il cite l’opinion de M. Foville, qui est diamétralement opposée. Suivant M. Sutherland, le front fuyant serait l’altération que l’on rencontrerait le plus dans la forme du crâne, les aliénés idiots mis de côté. Mais dans cette circonstance encore^ le médecin anglais me paraît avoir mal interprété les idées de M. Foville. La plupart des aliénés à tête vicieusement conformée sont souvent des idiots et des imbéciles de naissance, et, partant, incurables ; mais tous les malades incurables n’ont pas la tête vicieusement conformée. Dans ces études sur les vicieuses conformations de la tête , il faut de toute nécessité , ainsi que je l’établis plus haut , faire la part des dégénérescences dans l’espèce humaine, et des aliénés proprement dits.

(2) Voyez, à ce propos, les considérations préliminaires de l’Atlas du Traité des dégénérescences, où j’ai reproduit différents types de conformations vicieuses de la tête.

28ll SYMPTOMATOLOGIE.— OSStFICATION PRÉMATURÉE DU CRANE, gnathe ; 10" la tête aplatie sur les côtés ; 11° la tête déprimée sur les côtés et sur le front; 12° la tête sphérique; 13° la tête annulaire; 14“ la tête bilobée; 15“ la tête déprimée par derrière; 16° la tête tronquée (1).

Quant à ce quir^arde ces déviations d’un type normal, on sait le rôle que jouent dans cette circonstance certains usages bien difficiles à déraciner, et qui sont en vigueur dans quelques contrées de la France. Les recherches de M. Foville, dont j’ai été à même de constater l’exactitude, les travaux plus récents de M. le docteur Lunier pour le département des Deux-Sèvres, mettent cette assertion hors de doute ; et ce dernier médecin a pu conclure : 1° que le mode de coiffure le plus généralement usité dans le département des Deux-Sèvres, surtout chez les enfants, a souvent pour effet de produire certaines déformations du crâne; 2° que ces déformations, plus fréquentes et plus prononcées chez les femmes, consistent dans l’aplatissement du front, l’allongement de la tête, et parfois même dans l’existence d’une dépression transversale et circulaire ; 3“ que ces déformations , par l’influence incontestable qu’elles exercent sur les fonctions de l’encéphale, contribuent souvent au développement de l’idiotie et de l’imbécillité.

Mais, en dehors des manœuvres mécaniques qui peuvent être exercées sur le crâne des nouveau-nés, et imprimer à leur tête une forme irrémédiable qui exerce une influence plus ou moins marquée sur le libre développement des facultés (2), il existe des causes purement pathologiques qui peuvent déterminer une déformation vicieuse du crâne.

Dans un Mémoire lu à l’Académie sur l’ossification précoce du crâne (juillet 1856 ), M. le docteur Baillarger dit que si l’ossification du crâne est plus ou moins retardée chez les enfants hydrocéphales, il peut arriver aussi que l’ossification prématurée soit une condition de microcéphalie, et conséquemment d’idiotie. U cite, à ce propos, une observation remarquable qu’il a recueillie dans le Valais. Le même médecin s’appuie sur l’autorité de M. Vrolick (d’Amsterdam) et de M. Cruveilhier qui, l’un et l’autre, citent des faits analogues. Je possède moi-même le crâne d’une

(1) Essai sur les déformations artificielles du crâne, par M. le docteur Gosse {Annales d’hygiène publique. Paris, 1855, t. III, p. 317 ; t. IV, p. 5 et suiv.).

(2) Je ne veux pas soutenir ici la question de savoir jusqu’à quel point ces manœuvres influent sur le libre développement des facultés. On sait que chez les Arabes le front est très fiiyant en arrière , et que la tête affecte une forme pointue, qui reconnaît pour cause l’application du turban. Mais si l’on ne peut citer à l’appui de cet usage une infériorité intellectuelle marquée, il faut faire la part d’une application méthodique des différentes parties qui constituent la coiffure, et qui, tout en imprimant à la tête une forme particulière, ne gênent pas l’expansion naturelle du cerveau, et n’amènent pas la diminution de la masse cérébrale.

DÉFORMiVTION DES OREILLES. — INDICATIONS SYMPTOMATOLOGIQUES. 285 jeune idiote de vingt et un ans, dont la microcéphalie ne reconnaît pas d’autre cause qu’une suture prématurée. Ce crâne présente même cela de particulier que, d’un côté, il y a absence complète de la suture qui réunit le pariétal au frontal.

Mais à côté des cas de microcéphalisme, nous rencontrons chez nos aliénés, chez ceux surtout qui sont sous l’influence de transmissions héréditaires de mauvaise nature, nous rencontrons, dis-je, des transformations qui sont d’une importance extrême au point de vue symptomatique. Ces déformations sont dé diverses natures. Chez les uns, ü y a un aplatissement postérieur considérable; chez les autres, une dépression extraordinaire du front qui constitue la tête fuyant en arriéré. Les têtes rachitiques se signalent par la protubérance des bosses frontales et l’agrandissement du diamètre bilatéral, tandis que dans d’autres circonstances dégénératives, il existe un aplatissement latéral qui exagère considérablehient le diamètre antéro-postérieur (1).

Toutefois, ainsi que je Tai dit dans mon Traité des dégénérescences, la conformation du crâne ne constitue pas à elle seule le caractère maladif de l’espèce. Notre savant de Blainville avait déjà fixé l’attention sur le défaut de symétrie du crâne, qui entraîne nécessairement, d’après lui, le défaut de symétrie des oreilles. J’ai observé dans un grand nombre de circonstances des anomalies singulières chez des êtres dégénérés, et qui se résument : 1° dans la vicieuse implantation de l’oreille; 2° dans l’exagération ou l’atrophie des formes de cet organe; 3“ dans l’état rudimentaire ou dans l’absence de quelques-unes de ses parties constituantes [hélix, anthélix, cavité de la conque, tragus, antitragus).

Les déformations physiques, autres que celles de la tête, décrites dans mon ouvrage, se rapportent à la vicieuse implantation des dents et à l’absence de la seconde dentition, phénomène sur lequel a insisté M. Baillarger. Le rabougrissement de la taille, l’existence d’infirmités spéciales^ comme les hernies, les paralysies des extrémités inférieures, ou de mons-

(1) Je ne puis entrer ici dans de plus grands détails ,, m’étant réservé de poursuivre cette importante question dans mes études spéciales d’anthropologie pathologique. La fusion de ces recherches avec l’étude de l’aliénation mentale n’est pas encore assez avancée pour que V anthropologie pathologique et Y aliénation ne soient pas deux branches distinctes, quoique, à vrai dire, elles ne devraient en faire qu’une seule. Tout ce que je puis dire pour le moment, c’est que je suis déjà parvenu à trouver plusieurs variétés maladives dans l’espèce humaine , qui ont toutes des caractères communs déduits de la vicieuse conformation de la tête, de la forme non moins vicieuse des oreilles, de l’implantation des dents et d’autres anomalies qui se rapportent surtout aux organes de la génération. Ces mêmes variétés sfe reconnaissent aussi à la manifestation similaire de leurs tendances intellectuelles et morales , ainsi que de leurs qualités instinctives.

286 SYMPTOMATOLOGIE. — RABOUGRISSEMENT DE LATAILLE. — INEIRMITÉSDIVERSES. truosités, comme le goitre, sont des anomalies qui coïncident ordinairement avec l’état dégénératif, et que nous retrouverons chez les individus désignés sous les noms d’imbéciles et d’idiots.

Enfin, l’arrêt de développement des organes génitaux, la puberté tardive, la fécondité bornée, sont des caractères essentiels auxquels on reconnaît les variétés maladives de l’espèce humaine. Il existe encore d’autres symptômes fournis par les fonctions génératrices dont nous aurons pceasion de parler à propos des dépravations du sens génésiaque que l’on observe chez les aliénés.

§ III. — Symptômes fournis par les organes de )a locomotion. Jlluscles, force pbysi(|ue des aliénés. Convulsions, contractures, crampes. Inertie du système musculaire. Catalepsie,

Système musculaire. — Force 'ghysique des aliénés, résistance aux impressions extérieures. — Il est incontestable que, sous l’influence de l’excitation nerveuse, il se développe un accroissement extrême de la force musculaire, et l’opinion que les aliénés sont, sous ce rapport, extrêmement redoutables, est chose généralement admise. « J’ai vu, dit Pinel, des exemples d’un développement de forces qui tenaient du prodige, puisque les liens les plus puissants cédaient aux efforts du maniaque avec une facilité encore plus propre à étonner que le degré de résistance vaincue. »---f(Le développement des forces musculaires, dit Esquirol, est extrême chez quelques maniaques ; on en a vu supporter les poids les plus lourds, briser les liens les plus forts, renverser plusieurs hommes qui cherchaient à les contenir. Ce qui rend les maniaques furieux si redoutables, c’est que le sentiment de leurs forces augmentées est soustrait au calcul de la raison ; c’est que plusieurs ont la conviction que leurs forces sont surnaturelles et indomptables ; aussi, quand ils en font usage, ils sont d’uutant plus dangereux, qu’une idée de supériorité les domine, ou qu’ils ont moins d’intelligence...

» Les épileptiques, ajoute avec beaucoup de Justesse Esquirol, sont de tous les maniaques ceux dont la fureur se fait le plus redouter, parce que, privés de toute intelligence, rien ne leur en impose, tandis qu’il est des maniaques timides, craintifs et défiants qui se laissent subjuguer quand on leur oppose un grand appareil de force à laquelle ils ne croient pas pouvoir résister avec avantage. » (Esquirol, t. Il, p. 153.)

La plupart des auteurs qui ont écrit dans le commencement de ce siècle attribuent pareillement aux aliénés agités une force extraordinaire ; mais si nous examinons sérieusement cette question, et elle vaut la peine de l’être à cause des conséquences pratiques qui s’en déduisent pour un

SYMPTÔMES FOURNIS PAR LES ORGANES DE LA LOCOMOTION. 287 traitement plus ou moins humain, il est facile de voir que l’exagération qui a dominé les idées sur ce point tient aux milieux dans lesquels on observait les aliénés, et où régnaient, comme on sait, la violence et la fureur. Mais depuis que les moyens de traitement sont devenus plus doux, depuis surtout que la coercition est employée plus rarement dans notre pays, et abolie complètement en principe dans quelques autres, comme en Angleterre, il nous est permis d’observer les aliénés dans les conditions pathologiques et physiologiques que développe la maladie, et non pas dans les situations exceptionnelles que créent les milieux mauvais dans lesquels ces malheureux étaient autrefois généralement renfermés.

Or, que nous apprend l’observation des faits naturels ? C’est que, sous l’influence de certaines modifications dans l’état du système nerveux d’un malade, il peut se développer en même temps chez lui une' grande exaltation et un accroissement considérable des forces musculaires. Nous avons vu des individus épuisés par la fièvre typhpïde, et dans d’autres circonstances, des femnaes que des accouchements laborieux suivis d’hémorrhagies presque foudroyantes avaient réduites à la dernière extrémité, nous avons vu ces malades acquérir, sous l’influence d’un délire nerveux, une force extraordinaire, et se livrer à des actes de violence dont on ne les aurait pas crus capables. Nous avons vu pareillement ces états se prolonger indéfiniment ou se terminer brusquement, de la manière la plus fatgle, lorsque l’on n’opposait que la violence ou les moyens coercitifs prolongés à l’exaltation des malades (1).

Nous pouvons conclure de ces faits, que l’agitation et la fureur de quel-

(1) Les muscles les plus robustes s’énervent par le seul fait de sensations trop vives ou trop multipliées reçues par l’individu, toutes choses restant égales d’ailleurs, et lorsque certains accidents changent' le caractère des sensations chez les personnes même faibles et languissantes. Lorsque, par exemple, certaines maladies appliquent directement au système nerveux des causes d’impressions fortes , profondes, durables, ou que seulement elles le rendent susceptible de recevoir de semblables impressions du dehors, les muscles les plus débiles acquièrent sur-le-champ la faculté d’exécuter des mouvements d’une énergie et d’une violence qu’on a peine à concevoir. C’est ainsi qu’on voit des femmes vaporeuses qui, dans leur état habituel, peuvent à peine se tenir debout, vaincre, dans leurs accès convulsifs , des résistances qui seraient au-dessus de la force de plusieurs hommes réunis.... C’est encore ainsi que, dans toutes les passions énergiques, chaque homme trouve en lui-même une vigueur qu’il ne soupçonnait pas, et devient capable d’exécuter des mouvements dont l’idée seule l’eût effrayé dans des temps plus calmes. Et l’on ne peut pas dire qu’on ne fait alors que reconnaître en soi, que mettre en action des forces existantes, mais assoupies. L’observation prouve qu’il se produit alors véritablement de nouvelles forces , par la manière nouvelle dont le système nerveux est affecté. (Cabanis, Rapports du physique et du mw'al de Vhonme.)

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