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HABITUDE EXTÉRIEURE.— ATTITUDE. — PHYSIONOMIE

Il faut encore, d’après le précepte judicieux de M. le docteur Falret, faire un appel aux fait$ négatifs. Le savant et sagace professeur entend par là « qu’il faut soumettre les malades à une véritable expérimentation , dans le but de signaler les lacunes qu’ils montrent dans leurs réponses et leurs actes, par comparaison avec l’action de l’intelligence saine dans les mêmes circonstances. C’est-à-dire qu’au beu de constater dirêctenient les faits qui se présentent, on constate l’absence de certains faits dans des conditions où ils devraient nécessairement se produire chez, une intelligence régulière. »

Ces considérations établissent assez que l’examen des aliénés est environné de grandes difficultés, non pas en ce seps que l’on se trompe, dans la généralité des cas, sur la réalité de l’aliénation chez un individu. Il est au contraire à remarquer que, en dehors du jugement médical proprement dit, le bon sens du vulgaire fait rarement fausse route dans Tappréciation qu’il porte sur les faits et gestes des iiidividus atteints de folie. Mais le côté délicat, dans l’observation de ces malades, est de bien préciser le point de départ de l’affection ainsi que sa nature, d’étabhr les conditions du traitement et de fixer les bases du pronostic.

Cependant on aurait tort de s’exagérer les difficultés de cette étude, et quoique la symptomatologie des affections mentales offre plus d’une différence avec celle des maladies ordinaires, nous suivrons la marche adoptée par la plupart des auteurs dans leurs traités de pathologie générale.

Nous commencerons l’étude de la symptomatologie des aliénés par les fonctions de relation, et nous passerons successivement aux fonctions assimilatrices, puis à celles de la génération.

§ — Symptômes fournis par l’habitude extérieure. Attitude , physionomie.

Couleur de la peau, système pileux. Organe de la vision. Traits du visage.

Attitude. — L’attitude des aliénés pendant la veille, l’état de repos et de sommeil, s’éloigne plus ou moins des conditions que l’on remarque dans l’état de santé. L’attitude que prend l’aliéné, la propension qu’il montre à s’asseoir ou à se coucher, la position accroupie qu’il recfierche, sont, ainsi que le fait remarquer M. le docteur Guislain, des signes d’une grande importance.

Rarement observe-t-on chez ces malades l’attitude simple, tranquille et naturelle que l’on rencontre dans les cas où , chez les individus bien portants , le calme et la sérénité de l’esprit sont unis au fonctionnement normal de l’organisme. Chez le malade que transporte l’exaltation du

276 SYMPTOMATOLOGIE. — CUAQUE VARIÉTÉ DE FOLIE A SA PHY'SfONOMlE. délire , on voit un excès d’assurance et de force qui s’élève le plus ordinairement jusqu’à l’audace et au dédain ; tandis que dans l’état oppressif, l’attitude inquiète, pusillanime et troublée des malades peut quelquefois aller jusqu’à l’immobilité la plus complète.

Si, dans certaines affections, l’attitude peut suffire pour faire connaître la maladie, ainsi que cela se voit pour la catalepsie, la danse de Saint-Guy, l’hémiplégie et autres maladies du système nerveux, nous pouvons dire aussi que chez les aliénés, les attitudes témoignent .ordinairement le genre de délire dont ils sont affectés. L’individu au délire des persécutions a l’attitude embarrassée , inquiète ; le trouble dans l’exercice des sentiments religieux amène des manifestations extérieures non moins saisissantes. Elles se traduisent aux yeux de l’observateur par un anéantissement de la personnalité qui peut aller jusqu’à l’état cataleptique, ainsi que cela se voit chez certains exaltés religieux (1 ).

, On peut dire, en général, qu’il n’est aucune variété d’aliénation qui n’ait sa physionomie particulière. L’état d’épuisement s’annonce chez l’aliéné, aussi bien que chez le vieillard, par la perte des forces que le système cérébro-spinal a éprouvée. La tête inclinée sur la poitrine, le dos voûté, la saillie des articulations, annoncent chez lui, comme chez l’aliéné, un état d’épuisement (2).

Rien de plus commun dans les asiles d’aliénés que de voir les malades chroniques , les aliénés en démence surtout , demeurer de préférence accroupis dans un coin, les genoux à la hauteur du menton, plutôt que de s’asseoir sur une chaise. On voit ces sortes de malades rester blottis dans leurs lits , la tête appuyée sur leurs genoux ou inclinée vers le sol. Lorsqu’on les force à s’étendre, ils choisissent de préférence les positions déclives pour y poser la tête. M. Guislain fait observer avec raison que l’inclinaison de la tête en avant est presque le premier indice d’une déndence incurable ; elle se rattache au relâchement des muscles extenseurs du cou. A plus forte raison, un pronostic fatal doit-il être porté dans

(1) Dans mes Éludes cliniques, t. II , p. 180, j’ai donné le portrait d’une jeune cataleptique chez laquelle on observait l’alternance d’un délire érotique et d’un délire religieux. Pauline L... est représentée dans l’état extatique où la plongeaient ses illusions mystiques. Les yeux sont fixés vers le ciel et l’index de la main droite est appuyé sur la bouche. Dans cette phase maladive, cette jeune fille, qui ne sortait de cette situation que pour manifester les tendances les plus érotiques , était complètement insensible à la douleur. Dans le premier volume du même ouvrage, j’ai représenté un jeune mélancolique à prédominance d’idées d’obsession démoniaque. Il est à genoux , complètement immobile, et réduit à cet état de maigreur extrême que l’on observe chez les faquirs et autres exaltés.

(2) Guislain, mvr. cil,, 1. 1, p. 23.

TRAITS CARACTÉRISTIQUES DE LA PHYSIONOMIE DES ALIÉNÉS. 2?? ces cas extrêmes où les aliénés , laissés à eux-mêmes (1) , ne conservent presque plus rien du caractère de l’humanité ; où , vautrés dans leurs ordures , les vêtements relevés par-dessus la tête , ils se balancent automatiquement d’avant en arrière ou latéralement.

Physionomie. — On ne peut pas douter qu’il n’existe en médecine un art profond, celui de voir dans un ensemble de phénomènes une foule de détails où d’autres ne voient que des généralités, et où parfois ils ne voient rien du tout (2). Il n’est pas moins certain, ajoute le savant médecin de Gand, que, sous ce rapport, certaines intelligences sont plus favorisées que d’autres. Elles saisissent beaucoup mieux C ensemble, lu spécialité, les caractères ou la nature d'une maladie. Pour un praticien doué de ce tact médical que donne l’observation , l’étude de la physionomie du malade amène incontestablement à établir le diagnostic et le pronostic sur une base plus certaine. On cite avec empressement certaines déductions fournies par la forme de la tête, mais je doute que les phrénologistes les plus sagaces puissent arriver à des appréciations certaines en dehors des données que peut nous offrir de son côté l’observation de la physionomie.

« Tout artiste a. du tact, dit M. Guislain, et le médecin aussi est artiste. Son art est créateur; il crée des moyens de défense et d’attaque; il découvre des remèdes , il conçoit des appareils et des instruments. L’art, dans ce cas , c’est donc de bien voir et de réfléchir. » Mais , s’il en est ainsi , on conçoit que ce don heureux de lire sur la physionomie la nature et la gravité d’une maladie , et d’en déduire des conclusions qni, ajoutées à d’autres signes, forment les bases du diagnostic et du pronostic, ne soit pas un don qui s’acquière en dehors d’une observation sérieuse et prolongée. Lorsqu’il s’agit de troubles purement dynamiques, il faut de longues années au médecin, au point de vue du pronostic, pour bien juger delà curabilité ou de l’incurabilité des maladies.

La physionomie des aliénés nous offre des traits caractéristiques, et cela n’est pas étonnant pour les médecins qui ont observé l’influence spéciale des maladies sur l’expression de la figure. Le nerf facial , dit le docteur Albers, se ramifie par plusieurs de ses branches avec le nerf cervical. La cinquième paire, le trijumeau {trigeminus) , fournit une branche pour la formation du grand sympathique, et s’irradie dans les muscles de la face : il peut, avec justesse, s’appeler le petit sympathique. On voit donc

(1) ' Je décris en ce moment les symptômes tels qu’ils ressortent de l’état maladif. J’ai dit que ces phénomènes sont observés lorsque la maladie esl laissée à elle-même ; car on sait que dans les asiles bien tenus, ou s’efforce, par tous les moyens possibles, à corriger ces tendances dépravées qui sont le résultat de la maladie.

(2) Guislain, Définition du coup d’œil médical {puvr. cil., t. I , p. 1 i).

278 SYMPTOMATOLOGIE.— COULEUR DU MASQUE DE L’aLIÉNAÏION. avec quelle facilité et quelle promptitude les situations maladives doivent se peindre sur le visage. C’est surtout dans l’état hallucinatoire que l’expression de la physionomie , chez les aliénés , revêt un caractère particulier (1).

L’ensemble dés phénomènes, les détails des traits, l’attitude du patient, son geste, voilà ce qui doit avant tout attirer l’attention» C’est l’expression de la face qui vous dira les émotions , les passions qui dominent l’aliéné. Chaque genre d’aliénation a son fades. Cliaque aliéné à ses traits, ses actes extérieurs. Ces traits sont autant de signes qui vous dirigent dans l’appréciation de ce qui se passe dans l’état intime du sens moral.

Cette expression de la face , Je la nommerai le masque de l’aliénation mentale. Elle est éminemment significative; elle seule peut faire voir si une personne est ou n’est pas aliénée. La pantomime se rapporte à la gesticulation générale, et n’est pas moins importante. Les peintres’ et les acteurs sur l'a scène s’efforcent de reproduire les traits des fous , mais ils sont rarement dans le vrai ; ils créent le masque et le geste du délire aigu, et non pas celui de l’aliénation mentale ; ils pêchent en général par de nombreuses exagérations. (Guislain, ouvr. cit.., t. I, p. 17.)

Examinons maintenant les indications symptomatologiques qui se déduisent de la couleur de la peau et des cheveux , des traits du visage^ dé l’expression de l’organe de la vision, et de tous les autres phénomèhês qui donnent à la physionomie le cachet de la maladie qui nous occupe,

Couleur de la peau, système pileux. — Plusieurs auteurs , entre autres Haslam, et après lui Esquirol, Fodéré, Wenzel, ont tiré des inductions pathognomoniques de la couleur de la peau, de celle des cheveux^ chez les aliénés; mais déjà Esquirol fait ressortir avec Justesse qu’il faut faire la part des couleurs dominantes dans les diverses nationalités. Il semble cependant attacher une certaine valeur à la coïncidence de la manie avec la couleur brune des cheveux.

(1) Dans son Traité des maladies des enfants, M. le docteur Jadelot, se rattachant à quelques idées émises par les anciens , fait valoir avec beaucoup de justesse l’expression de la physionomie chez les enfants malades , et en déduit un élément préciéüx dè diagnostic. D’après lui, les trois lignes principales, linea oeularis, Unea nasalis, lineà ïabialis, indiqueraient trois symptômes significatifs : la première dénoterait une affection du système cérébral; la deuxième, une maladie abdominale (face crispée); la troisième indiquerait quelque lésion dans la cavité de la poitrine. Quant à ce qui regarde les mélancoliques, nous ferons remarquer que depuis longtemps on a signalé chez eux ce froncement perpétuel du front qui imprime entre les deux arcades sourcilières le signe qu’on peut appeler le V des malades dont l’état mental est sous l’influence de sentiments oppressifs.

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