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SYMPTOMATOLOGIE. — FORCE PHYSIQUE DES ALIÉNÉS

pas aussi commune qu’on le croit généralement ; les exemples en sont rares, quoique répétés partout. Quelques aliénés éprouvent une chaleur interne qui les dévore, qui les porte à se précipiter dans l’eau et même la glace, ou à refuser tout vêtement dans les temps les plus froids..; Chez: d’autres,' les. forces musculairea acquièrent une énergie d’autant plus redoutable, que la force est jointe à l’aüdace (1) et que le délire leur, fait méconnaître le danger. On a vu des fous passer plusieurs jours sans manger ni boire, et conserver toute leur énergie musculaire, Je le répète, ces exemples sont rares ; presque tous les aliénés se pressent autour du feu lorsqu’ils en trouvent l’occasion ; presque tous mangent beaucoup et très fréquemment. Le scorbut ri affecte tant d'aliénés dans les hospices que parce que Les habitations sont humides, froides et mal aérées (2), et parce que ces malades vivent dans l’oisiveté. Les épidémies, les contagions né les épargnent pas, ce qui prouve que les fous ne sont pas aussi impassibles aux influences extérieures qu’on l’a prétendu. »

Cabanis dit avec beaucoup dé raison, que la sensibilité, pour qu’elle soit une source de vie et d’action, doit s’exereer d’une manière régulière et suivant l’ordre de la nature. Des impressions trop vives, trop multipliées (et cela se voit chez les aliénés qui, sont sou's l’influence de profonds chagrins et d’idées déprimantes), usent ou appauvrissent singulièrement l’énergie inusculaire. . . « Les hommes très sensibles, ajoute encore Cabanis, sont faibles en général ; non pas que, leur sensibilité tienne toujours à fa faiblesse de leurs organes, mais parce que le principe mênae des mouvements, la cause nerveuse qui les détermine, employée avec excès dans la, réaction nécessaire pour sentir, ne saurait s’appliquer à celle qui l’èst plus évidemment mcov&pom exécuter les mouvements... Chez ces hommes donc, les^ mouvements sont vifs et précijiités, mais ils m’ont pas une

(1) Et encore, à propos de cette audace, il est bon de ne pas .en faire une règle trop générale. Lorsque les développements successifs de notre ouvrage auront mieux fait connaître ce que sont les aliénés , nous verrons qu*à l’exception d’un petit nonibre , parmi lesquels il faut ranger certains' hallucinés à prédominance d’idées religieuses fausses ou exagérées, certains aliénés à type d’exacerbations périodiques, les épileptiques surtout, la plupart de c^, malades ont une perception confuse , il est vrai ,- mais qui n’en est pas moins réelle , de l’inanité de leurs idées délirantes. Cette perception les rend comme honteux de leur situation. Ils éprouvent, devant ceux qui savent les dominer par l’ascendant de la raison, une gêne inexprimable. Ils acceptent souvent des remontrances contre lesquelles leur orgueil se révolte à Y état dé raison. Ils se soumettent dans nos asiles à une réglé et à une discipline qui serait intolérable pour eux à l’état de liberté. Or, voilà les dispositions dont il faut savoir profiter pour les dominer et les guérir sans employer les moyens de contrainte.

(2) Rien n’était plùs vrai à l’époque où écrivait Esquirol. Aujourd’hui, grâce à une hygiène mieux entendue, de pareils faits ne se présentent plus.

290 CONVULSIONS, CONTUACÏÜRES, CRAMPES CHEZ LES ALIÉNÉS, énergie stable. La précipitation devient quelquefois telle, qu’ils vivent dans un continuel état de mobilité (1). »

Mais cet état continuel de mobilité que l’on observe chez les aliénés, surtout dans le début de leur maladie, est loin d’être une preuve d’énergie musculaire. Épuisés par les innombrables impressions qui les assaillent, ils; deviennent sensibles à l’excès ; ils tressaillent au moindre bruit, et le plus petit mouvement exécuté devant eux les met dans une grande agitation. Dans l’épilepsie et dans la manie/ dit encore l’illustre auteur des Rapport du physique et du moral', les sens externes recevant une moindre dose d’impressions, les organes moteurs acquièrent un surcroît souvent extraordinaire d’énergie. Mais c’est précisément le cas inverse de ces débilités musculaires dont nous avons parlé, et qui dépendent d’uiie excessive sensibilité.

Convuisipiis, contractures, crampes.-^ « L’état des, mouvements chez les aliénés, dit M.^ le docteur , Falret , rénlame mie sérieuse attention comme expression symptomatique des lésions cérébrales, comme' base du pronostic, comme source d’indications thérapeutiques. Lés auteurs ont bien mentionné, au milieu de leurs descriptions, des faits de cette nature, mais ils les ont rapportés pêle-mêle avec les autres symptômes, sans avoir eu la pensée de les rattacher à la lésion des organes des mouvements, Les troubles de la motilité n’ont été étudiés que dans -un seul de leurs modes, alors que le désordre est extrême dans la paralysie générale. Ils méritent cependant de devenir l’objet d’un système complet d’observation depuis les iiïtonations diverses de. la voix, le rire, le hoquet, l’éternument , qui surviennent par accès, depuis le simple spasme à l’extérieur ou dans la profondeur des organes, jusqu’à la chorée, à l’épilepsie et à la paralysie générale. .. Les fonctions de contractilité et de myotilité, chez ces malades, sont plus souvent et plus profondément troublées que ne le pensent les- médecins spécialistes. Aux exagérations, aux contrastes, aux oppositions de caractère, correspondent des expressions de physionomie qui sont, d’après la définition si juste et si pittoresque dé! M, le docteur Falret, comme des saillies de l’homme intérieur, (2). » . , . -

Nous avons déjà parlé des. indications symptomatiques fommies chez les aliénés par les convulsions des différents muscles de la face, par les mouvements précipité du globe de l’œil, qui peuvent aller jusqu’à détèr-

(1) Cabanis, Rapports du physique et du moral de l’homme,, p. 140 (3® mémoire, suite de rhistoire physiologique des sensations).

(2) Falret, Leçons cliniques de médecine mentale faites à l’hospice de la Salpêtrière, p, 191. Paris, 1834.

NATURE ÉPIDÉMIQUE DU SYMin’ÔME CONVULSION. 291

miner le strabisme. Il s’agit maintenant pour nous d’étudier Y élément convulsion à un point de vue plus général, et de déduire de ce symptômé important des indications pour le diagnostic, le .pronostic et le traitement..

a Les convulsions, dit Esquirol, sont de tous les temps, parce qu’elles dépendent de l’organisme et dé l’imagination. Elles compliquent toutes les aliénations mentales. Les prêtresses., les, sybilles, les pythonisses, entraient en convulsion lorsque l’esprit prophétique s’emparait d’elles. Les possédés étaient pris de convulsions lorsque le délire était très intense ; quel quesr-uns devenaient maniaques, ewrag'és, et mouraient. Cette terminaison , qui n’est pas rare dans les maladies convulsives , était regardée comme le dernier effort du diable contraint de quitter le corps du possédé; les fripons en abusaient pour mieux tromper les, ignorants. En lisant les histoires rapportées par les démonographes ou. conservées dans les procès faits aux possédés, on acquiert la preuve que ces convulsions, ces contorsions-, æes grandes contractions musculaires , données comme des efforts du diable, ne sont que des symptômes nerveux auxquels sont exposés les hystériques, les hypochondriaques, lés épileptiques [1). « :

Puisque nous avons süivi Esquirol sur le .terrain des convulsions épidémiques il n’est pas inutile de rappeler qua des faits de convulsion par imitation , semblables à ceux que l’on a observés au cimetière de Saint- Médard, et à ceux encore que Boerliaave a relatés pour mie des salles de riiôpital de Leyde, se sont reproduits de nos jours sous la seule influence de l’imitation et en dehors de toute lésion préexistante du système nerveux. \ .

La manufacture des tabacs de la ville de Lyou a été,-èn h 85i, le théâtre d’une.scène de ce genre. Dans un atelier occupé par une soixantaine de femmes, üne d’entre elles', à la suite d’une violente altercation avec son mari, tombe en proie a une attaque de nerfs. Ses compagnes .s’empressent de lui porter secours; mais, par un phénomène curieux de sympathie, ou plutôt d’imitation, Une deuxième, une troisième, une quatrième , puis dix, puis vingt, tombent simultanément en proie aux mêmes symptômes nerveux , dont l’envahissement n’à cessé qu’avec l'évacuation de la salle, et qui, sans cette mesure,, sé serait propagé à toutes les impressionnables spectatrices ' ( des connaissances ■médico - chirurgicales , février

(t) Esquirol ajoute 1 « Ces convulsions n’eji imposèrent pas à Pigray. Lorsqu’il fut chargé de prononcer sur quatorze infortunées condamnées au feu , il décida qu’tl fallait leur donner l’ellébore. Elles ne trompèrent point les hommes mstruits. a

(2) L’histoire , à laquelle la pathologie des affections nerveusës pourrait faire un si grand' nombre d’emprunts, nous fournit des exemples sans nombre de convulsions épidé-

292 SYMPfOMATOLUGIE.— CONVULSIONS, CRAMPES CUEZ LES ALIÉNÉS.

Les convulsions de ce genre , qui se produisent et cessent spontanétnent avec la cause qui les a déterminées , doivent se distinguer des crampes , des contractures et des convulsions qui atteignent les individus soumis à une alimentation insuffisante ou altérée. Nous aurons, en traitant des délires par intoxication, à revenir sur ce phénomène, qui, à différentes périodes de l’histoire , s’est produit d’une manière épidémique ou endémique , selon l’intensité ou la généralisation de la cause. Je ne puis rapporter à une autre cause l’épidémie de contractions musculaires observée en 1845, dans les prisons de Gand, par M; le docteur Mareska.

La maladie débutait par des picotements ét un engourdissement dans les extrémités, auxquels succédaient des crampes qui s’étendaient des coudes aux doigts et des genoux aux orteils. Les doigts se contractaient dans la main, et la main se fléchissait sur l’avant-bras ; puis des contractures analogues survenaient aux jambes. Quand on essayait de ramener les muscles à leur situation normale, on éprouvait une grande résistance et l’on provoquait de vives douleurs. ' .

Le plus souvent il existait en même temps des picotements dans la tête, et le malade éprouvait des vei’tiges considérables et un sentiment de faiblesse extrême. Chez quelques-uns, les crampes envahissaient l’estomac, le diaphragme, ou les muscles de la poitrine ; chez d’autres, c’est la languè qui devenait le siège de la maladie , mais les contractions des muscles fléchisseurs des avant-bras et des jambes étaient constantes , elles existaient chez tous. ' .

Il n’y avait point de troubles apparents dans la circulation ; le pouls était normal, et les autres fonctions s’exécutaient avec régularité ; les accès duraient depuis quelques minutes jusqu’à plusieurs heures, et même pendant une grande partié delà journée. Ordinairement, ils survenaient la nuit, vers le matin, se prolongeaient par intervalles jusque vers de midi, pour disparaître le plus souvent pendant le reste de la jour-

miques , ainsi que d’autres phénomènes nerveux propagés par imitation. Un lit dans la Bible {Livre des Rois, chap.xix, v. 20), que lorsque Saül envoya des archers pour prendre David, qui fuyait ses persécutions, ces soldats ayant rencontré une troupe de prophètes qui prophétisaient et Samuel qui présidait parmi eux, ils commencèrent à prophétiser comme les autres. Saül, en ayant été averti, énvoya d’autres gens qui prophétisèrent aussi conune les premiers. Il en envoya pour la troisième fois, et ils prophétisèrent encore. Et, entrant dans une grande colère, il s’en alla lui-même à Ramatha, lieu dans lequel étaient David et Samuel, et il fut saisi lui-même de l’esprit du Seigneur, et il prophétisait durant fout le chemin — . Il se dépouilla lui-même de ses habits, prophétie avec les autres devant Samuel , et demeura nu par terre tout le jour et toute lan-iit, ce qui donna lieu à ce proverbe : Saül est-il donc aussi devenu prophète ?

CONVULSIONS DANS LES MALADIES NERVEUSES EN GÉNÉRAL. 293 née. M. Mareska a observé deux cas de ce genre où la maladie était évidemment intermittente et a cédé à l’emploi du sulfate de quinine (1).

J’ai cité un exemple de contractions du système musculaire qui dépendent d’une modification pathologique imprimée au système nerveux par une lésion de nutrition.^Ces symptômes sont souvent les précurseurs d’accidents plus graves qui peuvent se terminer par des convulsions mortelles précédées d’accidents paralytiques, de gangrène des extrémités inférieures , sans compter les complications amenées par le trouble des facultés intellectuelles, les hallucinations , les tendances au suicide , ainsi que cela se voit pour la pellagre. J’aurai à revenir sur ces faits dans la pathologie spéciale; mais pour compléter ce que j’ai à dire des convulsions dans leurs rapports avec des cames saisissables , j’appellerai l’attention sur les convulsions si communes dans l’enfance. L’étiologie de ce genre d’accidents chez les enfants pourra nous amener un jour à mieux comprendre certaines perturbations analogues chez les aliénés adultes , chez les individus du sexe féminin surtout, perturbations dont nous allons parler dans un instant , et pour l’explication desquelles on allègue ordinaiement V irritabilité ou Y imprèssionnabilité du système nerVeux dans quelques formes d’aliénation. .

Les convulsions appartiennent, comme on sait, aux symptômes les plus fréquents des affections morbides derenfance. M. ledocteurTilner(deSaint- Pétersbourg), qui a fait une étude des différentes circonstances qui peuvent les produire, les rapporte avec beaucoup déraison sous les chefs suivants ;

f” Convulsions qui résultent de r état morbide dû système nei'veux luimême. Ici, doivent être comptées toutes les modifications organiques du cerveau, comme congestion, inflammation et ses suites, ramollissement, corps étrangers, exostoses, etc. Dans les affections convulsives de l’enfance, ces causes sont de toutes les plus fréquentes, et ne permettent guère, comme on sait, un pronostic favorable. Ces convulsions sont toujours accompagnées d’une perte plus ou moins grande de connaissance, voire même de délire, et se présentent dans les maladies comnae signes précurseurs de la mort. L’affection cérébrale peut s’étendre à la moelle épinière, eb alors il survient des phénomènes convidsifs tétaniques.

(1) Les moyens employés dans ce cas, avec des succès variés, furent les bains demichauds, les ligatures, l’arnica-, le camphre, l’opium, le sulfate de quinine, les purgatifs. Mais si l’on veut bien accepter l’explication étiologique que je donne, explication justifiée du reste par le développement d’accidents analogues qui eurent lieu à cette époque dans d’autres prisons de la Belgique , et même dans des asiles d’aliénés , on conviendra que la seule médication rationnelle est alors de s’adresser aux modificateurs du système nutritif et digestif, c’est-à-dire à une alimentation de bonne nature. Je reviendrai nécessairement sur ce sujet dans la partie consacrée au traitement.

29& SYMPTOMATOLOGIE. — CONYÜLSIONS DE l’ENFaNCE.

2o Convulsions qui proviennent d^un état pathologique du sang. A ces causes appartiennent :

a. L’intoxication par médicaments et poisons, tels que les narcotiques, qui produisent directement des convulsions cérébrales ; la noix vomique et la strychnine, qui donnent lieu à des accidents tétaniques qui ont leur point de départ dans la moelle épinière.

b. Intoxication par le lait maternel altéré, par l’abus des spiritueux^ par une nourriture insuffisante ou de mauvaise nature, comme cela se voit dans les années de disette, ou par des émotions morales vives.

c. Modification du sang dans les exanthèmes aigus. ,

d. Modification sanguine dansda phlébite, notamment dans l’inflammation suppurative des vaisseaux ombilicaux qui, comme on sait, peut causer des accidents convulsifs tétaniques.

3“ Convulsions prenant leur source dans un état morbide des voies di^ gestives. Ges convulsions sont les plus communes, ce qui ne doit pas étonner, tant le mode d’alimentation est vicieux aussi bien chez les riches que chez les. pauvres. Ces causes deviennent surtout puissantes à certaines époques de l’enfance, telles que celles de la dentition, du sevrage, et lorsqu’il existe des vers intestinaux. La raison est qu’à l’élément prihiitif il se joint un autre élément, celui de la douleur^ qui à lui seulsuffit déjà, ainsi que nous le remarquons chez les aliénés, pour amener des spasmes, des contractures et des convulsions partielles ou générales. .

4» Convulsions qui dépendent de l'état des organes respiratoires. Telles sont celles qui surviennent dans la période ultime de la bronchite et de la pneumonie. On sait qu’il s’en présente fréquemment aussi dans les cas graves de, coqueluche et de croup.

5' Convulsions qui accompagnent les rnalgdies des voies urinaires,. % faut noter ici spécialement Jes accidents éclamptiques qui se manifestent chez les enfants atteints d’albuminurie.

6“ Convulsions qui proviennent- d’un état morbide des organes génitaux. L’auteur rappelle à cette occasion le cas d’un garçon de quatre ans qui fut pris de convulsions à la suite de la rétention d’un testicule,dans l’anneau inguinal • mais n’est-ce pas le cas de rapporter les convulsions de æiie esphce k Y élément douleur ?,

7” Convulsions occasionnées par les maladies du système osseux. Parmi celles-là on peut ranger les convulsions qui proviennent de déformations rachitiques du crâne, d’exostoses ôü de telle autre affection de la boîte osseuse,.

.. Or, toutes les causes précitées de convulsions dans l’enfance déterminent le même symptôme pathologique dans l’aliénation mentale, soit

RAPPORTS DE CES CONVULSIONS AVEC CELLES DES ALIÉNÉS. 295 que nous étudiions cette maladie à sa période d’incubation, de développement ou de déclin. Les differents états morbides du système nerveux font naître des convulsions. Gela se voit dans la paralysie progressive, dans riiystérie, l’épilepsie. La boule hystérique est-elle autre chose peutêtre qu’une convulsion des organes internes ? Les diverses altérations du sang provenant, soit d’intoxication proprement dite, soit de mauvaise alimentation, produisent des spasmes, des contractures, des paralysies et, tinalement, des convulsions formidables, ainsi que cela à lieu chez ceux qui font un usage abusif d’alcool et d’opium..

On voit le même phénomène pathologique se manifester chez les individus soumis dans certaines industries aux émanations délétères dü plomb, du mercure, du phosphore, etc,, chez ceux aussi dont les fonctions digestives sont troublées par suite d’une nourriture insuffisante ou altérée. Très souvent on est tenté, chez les aliénés surtout, d’attribuer à une affection essentielle‘ du système nerveux des convulsions dont on ne peut préciser les causés. L’irritabilité et l’impressionnabilité sont deshhots dont on se contente pour expliquer des états convulsifs dont la véritable cause est, tantôt une altération spéciale du sang, tantôt l’albuminürie, ou la présence ignorée de vers intestinaux. Dans d’autres circonstances, des maladies du système osseux, tumeurs, carié de la table interne du crâne, exostoses,, et toutes les autres , affections se rattachant à l’hérédité ou à des - habitudes honteuses que le malade ne veut pas avouer, sont le point de départ des symptômes morbides (1),

Ces considérations n’enlèvent pas à l’irritabilité et à l’impressionnabilité du système nerveux leur valeur pathologique réelle.. Sous quels autres noms qualifier ces spasmes, ces convulsions que nous voyons se produire sous l’influence dè la douleur physique ou de la douleur morale, des émptions vives, de la crainte? J’ai connu, un hypoehondriaque, homme très intelligent, du reste, d’une éducation des plus distinguées, mé& àmi Vimpressiomabilité nerveuse était telle qu’il ne pouvait monter à un premier étage ou se trouver dans le voisinage d’un précipice, sans être immédiatement frappé de l’idée qu’il allait être entraîné dans une chute ou englouti dans un abîme. Cette seule crainte suffisait pour pro-

(1) Il est incontestable qu’un jour l’étude plus approfondie des fonctions du système nerveux et des causes qui peuvent les troubler amènera à une explication plus rationnelle d’une foule de phénomènes que l’exagération des tendances psychologiques du commencem,ent de ce siècle a désignés sous le nom d’entités pathologiques impossibles à saisir. On a cherché à expliquer ces phénomènes par les lésions de la volonté, de Eattehtion, de l’imagination, tandis qu’il est plus vrai de dire que ces facultés fondanientales de l’âme humaine ne sont troublées qu’à la suite des affections du-syslème nerveux.

29 6 SYMPTOMATOLOGIE. — CONVULSIONS PARTIELLES. — CHORÉE. . voquer chez lui des spasmes et des convulsions. Le domestique de ce malade lui ayant dit un jour inconsidérément qu’il existait dans le jardin de la maison de campagne qu’il habitait un puits mal bouché, il fut pris immédiatement de spasmes violents qui nécessitèrent mon intervention, et que Je ne pus faire complètement cesser qu’en changeant le malade de milieu.

Il existe, sous ce rapport, beaucoup de phénomènes nerveux dont l’explication est encore à trouver , et que nous avons eu lieu d’observer chez les aliénés dans la période d’incubation de leur maladie ; ori les remarque aussi chez d’autres individus qui ne sont nullement exposés à devenir aliénés. Ordinairement,, ces phénomènes nerveux disparaissent lorsque l’aliénation mentale est contirniée, , et que l’exaltation ou la dépression du moment ont modifié lea conditions antérieures de souffrance du système nerveux.

Sous la désignation de convulsions partielles, de chorée locale, die chorée électrique, de spasmes musculaires idiopathiques et die paralysie nerveuse essentielle, les auteurs ont eu en vue de décrire ces situations nerveuses dont Je parle, et qu’il nous est impossible, dans l’état actuel de la science, de rapporter toujours, et dans tous les cas, à leurs véritables causes.

M. le docteur Trousseau admet plusieurs formes de convulsions partielles qu’on n’a pas le droit, dit-il, de classer dans les convulsions ordinaires , parmi elles on doit ranger la convulsion partielle indolente de la face, qui se caractérise par des mouvements con vulsifs dans les muscles qui reçoivent des filets du nerf facial, Convulsions qui reviennent toutes les cinq. à dix minutes, mais qui ne s’accompagnent d’aucune espèce de douleur. C’est le tic indolent que J’ai vu souvent, ainsi que M. Trousseau, occuper non-seulement la face, mais un bras; une Jambe ; d’autres fois, les muscles de la langue et du cou. J’ai souvent été consulté pour des affections semblables par des malades nerveux, véritables candidats de V aliénation, et qui cependant n’en franchissaient Jamais les limites^

Dans son numéro du 23 août 185û, la Gazette médicale cite un fait des plus extraordinaires de chorée partielle des membres inférieurs chez un Jeune militaire de vingt-deux ans, sans qu’il eût été possible de remonter à la cause d’une pareille affection nerveuse.

Sous le titre de cAorée électrique, M. le docteur Dubini, dans un rapport fait au Congrès scientifique des Savants italiens, décrit une maladie qu’il a observée trente-huit fois, et sur laquelle il n’a trouvé aucune indication dans les auteurs. Les principaux phénomènes consistaient en secousses fortes, se succédant à intervalles déterminés, précédées par de la chaleur à la peau et une accélération du pouls simulant la fièvre, et qui

SPASMES MUSCUr-AIllES IDIOPATHIQUES.— PARALYSIE NERVEUSE. 297 laissaient parfois à leur suite une paralysie des membres. Pendant l’accès, la faculté de parler était abolie, la langue setuméfiait, la déglutition devenait impossible , et souvent un accès d’apoplexie terminait la scène. Sur trente-huit cas, M. Dubini n’a eu que deux guérisons. Dans sa thèse inaugurale, M. le docteur Delpech traite des spasmes musculaires idiopathiques et de la paralysie nerveuse essentielle, qui peuvent être des affections localisées, et dont la cause est le plus ordinairement rhumatismalé, à ce que je suppose. Si les centres nerveux sont atteints, ce n’est qu’ultérieurement et après une longue durée des accidents.

Je terminerai par les considérations que M. le docteur Falret émet dans sa Clinique sur l’importance symptomatique des convulsions. Je ne connais en effet aucun symptôme qui se rattache d’une manière aussi intime au diagnostic, au pronostic et au traitement des affections nerveuses. '

« En général, dit M. Falret, à ta période d’imminence comme dans les périodes subséquentes de la folie, l’appareil locomoteur est plus ou moins fortement influencé. Parmi la variété de ces lésions, quelquefois très singulières, nous devons noter deux cas extrêmes, celui d’un besoin de mouvement continuel, et celui d’une apathie, d’une immobilité, d’une torpeur qui résiste à toutes les sollicitations. La sensation de lassitude générale, de courbature, si fréquente surtout dans les premières périodes des maladies mentales, est également l’expression d’une atteinte profonde portée au système musculaire. Les muscles sont souvent dans un état de tension et de rigidité tels, que les inalades ont de la peine à se mouvoir ou à parler, lorsque la langue participe à cet état. Le relâchement des muscles s’observe également et conduit aux mêmes résultats; mais on observe plus fréquemment encore les alternatives de contraction et de relâchement que la permanence de l’un de ces états, surtout dans lés muscles de la face. Tous les muscles peuvent d’ailleurs, en être le siège, et il n’est pas rare de les constater dans les autres parties du système musculaire, soit à la surface, soit dans la profondeur de nos organes. » . ,

« Les contfactions permanentes, dans une partie plus ou moins étendue du système musculaire, se lient souvent à un état d’extase et de catalepsie, de même que les alternatives de contraction et de relâchement sont quelquefois portées jusqu’aux convulsions plus ou moins générales et à la chorée. D’autres fois, on constate des spasmes douloureux des muscles du cou, des contractions spasmodiques des muscles de l’abdomen, ou bien des spasmes dans les extrémités inférieures, qui contraignent les malades à une marche irrégulière,- à des sauts. Notons éga-

298 SYMPTOMATOLOGIE. — SPASMES.— DYSPNÉES.— CONVULSIONS, lement un tremblement partiel ou général qu’on observe chez un grand nombre d’aliénés, surtout au début de la maladie, pendant la durée des paroxysmes, et lorsque l’aliénation passe delà période aiguë à la période chronique. Enfin, avec beaucoup d’attention, on remarque parfois un état de contraction fibrillaire qui paraît se passer dans l’intimité même du muscle, et qui pourrait bien être la cause de beaucoup d’impatience et de besoins de mouvement qu’éprouvent les aliénés. » '

a De tels troubles, ajoute M. le docteur Falret, prouvent jusqu’à l’éAidence que la folie n’est pas une simple perturbation morale ayant son siège dans le système nerveux, mais que celui-ci paraît au contraire y jouer un rôle, principal. Les spasmes, les convulsions, les. anesthésies, les accidents paralytiques qui accompagnent si souvent l’aliénation mentale, dénotent autre chose qu’une maladie de l’esprit. Cette simultanéité de lésion des facultés morales et intellectuelles, des sensations, de la sensibilité générale et des mouvements, atteste suffisamment une maladie, physique -dont le siège n’est pas douteux. Nous insistons' sur ce points parce que plusieurs médecins distingués ont encore la tendance füneSte à spiritualiser les maladies mentales et à traiter les aliénés comme des êtres déraisonnables dont il suffit de dissiper les erreurs, de. dompter les caprices et de faire fléchir la volonté. Le physique s’efface complètement dans cette thérapeutique toute morale, et cependant les spasmes^ les convulsions, les anesthésies, que nous observons fréquemment dans les maladies mentales, témoignent assez clairement que l’organisine est malade et que le système nerveux est altéré.... »

■ k Les affections spasmodiques siégeant dans les divers organes, dit encore ce savant, médecin , ne sont pas rares chez les aliénés. Parfois elles ont précédé la folie, et d’autres fois elles lui survivent : telles sont les palpitations de cœur, les dyspnées, les dyspepsies, et enfin les gastroentéralgieSj qui, par la sensation qu’elles font éprouver, ressemblent assez à la contraction spasmodique du pharynx, et me paraissent devoir être attribuées àux spasmes de la membrane musculaire de l’estomac et des intestins. ■

» Parmi les faits de lésion musculaire qu’il me serait facile de citer en si grand nombre, dit M. le docteur Falret, je me bornerai aux deux suivants : -

» 1° Une dame atteinte d’aliénation partielle avec prédominance d’idées mystiques, mais nullement hystériques, éprouvait de temps en temps une commotion générale, semblable à celle qui résulterait d’une décharge électrique sur tout son corps. A la suitedecette commotion, madame*** ne pouvait résister au besoin impérieux d’étendre les jambes , de fou-

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