INFLUENCES DES NÉVROSES SUR LES FONCTIONS PHONÉ TIQUES
D’autres anomalies que l’on remarque chez les aliénés, comme de parler à voix basse, ou de se mettre la main devant la bouche, peuvent tenir à la nature de leurs idées délirantes. Les uns craignent qu’il ne leur arrive quelque malheur, en conservant l’intonation ordinaire de leur voix; les autres se croient obligés d’obéir à l’injonction d’une puissance surnaturelle. J’en ai connu qui, en parlant, détournaient la tête ou se mettaient la main devant la bouche, pour ne pas vous exposer à subir des influences funestes. 11 en est qui vont confier leurs pensées délirantes à des êtres insensibles. Ils se garantiront la bouche avec les deux mains et se placeront contre un arbre ou dans l’angle d’un mur pour y parler à voix basse. Tous ces symptômes, indices d’hallucinations de l’ouïe, sont de mauvais augure et pronostiquent la démence.
Parole, perte de la parole, — « De même, dit Esquirol, queles pensées se présentent en foule à l’esprit du maniaque, se pressent, se poussent pêle-mêle; de même les mots, les phrases s’échappent de ses lèvres, ^ans liaison, sans suite, avec une volubilité extrême.... 11 passe avec la plus grande rapidité des expressions les plus affectueusës, aux injures, aux menaces; il prononce des mots, des phrases incohérentes, sans rap-^ port avec âes idées et ses actions ; ÿwe/g'Me/ois il répète pendant plusieurs heures le même mot, la même phrase, le même passage de nSusique, sans y attacher le moindre sens ; il en est qui se créent un langage tout parti-' culiev »
La lenteur dé la parole, la faiblesse de la voix, le défaut d’accentuation, l’hésitation dans la pronoriciation, le désordre qui règne dans la succession des mots, sont autant de phénomènes d’une haute valeur pour l’appréciation du diagnostic.... Ils désignent, dit avec raison M. Guislain,
(1) Nous retrouverons surtout les créateurs d'un langage particulier chez les aliénés hypocliohdriaques. Il faut avoir vécu assez longtemps avec ces malheureux malades pour se faire, une idée des mille et une ruses auxquelles ils ont recours pour déjouer les pro- , jets de leurs ennemis imaginaires, et se soqstraire aux dangers dont ils se eroient perpétuellement menacés. D’dn autre côté, cette répétition incessante des mêmes mots, de la même phrase, sont des symptômes de l’ordré intellectuel qui se rencontrent parfois, dans les débuts de là maladie mentale , surtout chez les hypochondriaques. J-’ai connu uné dame douée d’une assez forte dose d’hypochondrie, qui, craignant de perdre d’usage dè la parole, se croyait obligée de répéter incessamment le même mot, la même phrase. Elle agitait aussi constamment son bras da:ns un certain sens, craignant de perdre la faculté de le mouvoir. Des actes, des tics de même nature, se retrouvent encore dans la période ultime des maladies mentales. Nous avons des malades en complète démence qui répètent incessamment le même mot, exécutent le même mouvement automatique, sans qu’il soit toujours possible de saisir la filiation entre ces actes automatiques et le délire qui les obsède. Il y a encore dans ces phénomènes un fait d’habitude et d’autoniatisme dont il faut tenir compte.