TROUBLES, LÉSIONS DES FACULTÉS INTELLECTUELLES
de l’activité intellectuelle est au contraire quelque chose de potentiel qui survit à la sensation et aux conditions d’où naît la sensation, et qui peut se reproduire dans la conscience sans que la sensation et ses conditions interviennent. Ce produit est un élément véritablement .intellectuel, l’élément d’où V activité psychique fait sortir la connaissance par sa propre vertu, suivant certaines lois, au moyen d’un autre déplacement de sa force, le jugement.
» Ce produit est, à mon sens, continue M. Parehappe, ce qui constitue Vidée, phénomène d’un ordre nouveau, premier produit de l’activité intellectuelle, auquel il serait facile de donner un autre nom, si on le voulait, mais auquel un nom propre doit être assigné, si l’on ne veut confondre, à défaut d’appellation spéciale, , des choses essentiellement différentes, à savoir, la sensation. Vidée et la notion.
» En un mot, la réceptivité (c’est-à-dire l’aptitude des organes à recevoir l’impression des agents internes ou externes, dans l’ordre physiologique comme dans l’ordre pathologique), la réceptivité donne la sensation; l’activité intellectuelle, en percevant l’objet au moyen delà sensation, crée Vidée, et c’est au moyen de l’idée que cette même activité va jusqu’à la notion. » (Parehappe, ouvr. cit. , Annales médico-psychologiques, t. XIV, p. 9.)
Maintenant il est facile de concevoir que nous ne pouvons entrer dans le détail intime des phénomènes de l’aliénation et des symptômes propres à cette maladie, sans parler des perturbations de l’ordre intellectuel et moral. Dans la folie, V innervation, autrement dit le mode d’activité propre et inhérent au tissu nerveux central et périphérique, se présente à nous sous un aspect nouveau. Les modes fondamentaux de l’innervation, la sens2éz7eVc, Vu. pensée, \dL motilité, \?l motricité, ne s’exercent plus que dans les conditions pathologiques que leur crée la maladie. Nous avons déjà fait connaître les principales lésions de la sensibilité, de la motricité et de la motilité, et la description des formes particulières de l’aliénation nous fera entrer d’une manière plus intime dans la connaissance de ces états morbides! D’un autre côté, ce que l’on appelle avec plus ou moins de justesse, troubles, lésions de la pensée, des facultés de Vernie, ne peut échapper à notre analyse, et cela se conçoit parfaitement. Le diagnostic dê la folie ne saurait s’établir en dehors de la notion juste, exacte, qu’il est possible de se faire des lésions de l’organisme et des désordres de la pensée. Mais ce qui n’est pas moins certain, c’est que dans l’impossibilité où nous sommes de pouvoir connaître le mode d’union du .corps et de l’âme, il ne nous reste d’autre ressource, si nous voulons acquérir une bien légère notion sur les causes premières des phénomènes
DANS QÜEL SENS FADT-IL ENTENDRE CES DÉNOMINATIONS? 393 qui se réalisent au dedans comme au dehors de nous, il ne nous reste, dis-je, d’autre ressource que de remonter la série régulière des effets et d’embrasser l’ensemble des propriétés susceptibles d’observation et soumises à l’expérience.
Cette dernière pensée nous trace l’ordre et la nature de nos recherches et en détermine les limites. Lorsque nous parlerons des lésions de la mémoire, nous ferons allusion aux conditions pathologiques de l’organisme dans lesquelles la faculté de rappeler les idées et les notions des objets qui ont produit les sensations est tantôt diminuée, amoindrie, annihilée et pai'fois surexcitée (1). Pareillement, dans les dénominations de lésions ou troubles de V attention, de Y imagination, de la volonté, etc..., nous saurons parfaitement faire la part des conditions organiques dans lesquelles ces facultés ne peuvent s’exercer, et celle de l’immatérialité de l’ame et de son unité qui excluent la conception d’un état de malaise, de souffrance, de maladie, semblable à ce qui existe pour l’organisme.
Nous comprenons que dans les délires extrêmes avec exaltation maniaque, les sensations soient si vives, les impressions si nombreuses, les illusions des sens et les hallucinations si multipliées, que l’instrument principal des opérations intellectuelles se trouve complètement soustrait à cette force agissante et réflexe qui fait la personne; en d’autres termes, que l’attention est impossible. Ainsi en est-il de l’imagination, de la volonté et d’autres facultés dans des conditions maladives et déterminées de l’organisme.
Nous savons encore que ces facultés sont des phénomènes qui, en physiologie, exigent pour leur manifestation le concours de plusieurs des fonctions cérébrales élémentaires, ou, si l’on veut, celui de plusieurs autres instincts et facultés intellectuelles, et que dans l’état de maladie, ce concours fait défaut. De là l’état de trouble, de désordre, d’incohérence, d’absence, parfois de suractivité des facultés, et finalement enfin, si l’on accepte ce terme, la lésion des forces fondamentales de fâme.
En nous exprimant ainsi, nous constatons un fait qui peut être plus ou moins bien analysé dans son essence psychologique (2), mais qui ne
(1) Je ne puis m'en tenir, dans ces courtes considérations psychologiques, qu’aux définitions les plus généralement acceptées. On comprend qu’il me soit impossible de suivre les psychologues sur le terrain des variations, en fait de définition des principales facultés de l’ânie.
(2) Loin de moi l’idée de vouloir discréditer les études psychologiques en aliénation. C’est au contraire une belle, une noble et très intéressante étude que celle de toutes les questions qui ont trait au développement et à l’exercice des facultés intellectuelles. J’ai déjà exprimé le désir de voir une bonne psychologie servir d’initiative à l’étude des troubles de la raison. Je ne m’élève ici que contre la méthode qui consiste à faire de la