‹ Traité des maladies mentalesChapitre 143 sur 306 · TROUBLES , LÉSIONS DES FACULTÉS INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

TROUBLES , LÉSIONS DES FACULTÉS INTELLECTUELLES

peut servir de base à une classification des maladies mentales, à moins que l’on n’introduise dans la spécialité de ces affections, des maladies de la mémoire, de la volonté, de V imagination, etc.

En dehors des considérations de l’ordre physiologique que j’ai données pour étayer ma classification des maladies mentales, en dehors des considérations plus nombreuses encore que je pourrais produire, je tiens à m’appuyer sur l’autorité d’un homme bien compétent en ces matières, d’un.ülustre et savant psychologue, M. Maine de Biran. Voici comment il s’exprime; je cite ses propres expressions : « Irons-nous chercher les signes et les caractères propres d’une division des phénomènes intellectuels dans un état qui exclut précisément la condition première et fondamentale de l’intelligence; je veux dire l’aperception, le conscium, le compos sut? Peut-on supposer l’exercice des facultés à? attention, de mémoire, de comparaison, de méditation, etc., dans un être qui s’ignore actuellement lui-même et qui est privé de la puissance réelle dé entendre des idées, comme de vouloir des actes? Je sais bien qu’on peut transporter à l’état complet même d’aliénation mentale certaines facultés définies et caractérisées (en dedans de la sensation), sous les titres conventionnels d'attention, jugement, etc., comme l’a fait Condillac dans le fantôme hypothétique qu’il a pris pour terme de ses analyses ; mais il resterait à savoir si ce sont là les opérations dont nous retrouvons le modèle intérieur, ou dont nous obtenons les idées singulières, en réfléchissant sur nous-même. Ne seraient-ce pas plutôt des idées très différentes sous les mêmes titres conventionnels? '

» Je crois qu’au lieu de chercher dans les divers cas d’aliénation mem taie les signes d’une division du siège des. facultés intellectuelles, qui n’existent que nominalement, ou par supposition dans la plupart de ces

lésion des facultés dans l’aliénation, le but presque exclusif de nos recherches, et à établir une classification en rapport avec ces mêmes lésions. Cette étude, si loin qu’il puisse la mener, ne mettra pas le médecin aliéniste en mesure de formuler les règles d’un traitement rationnel. Nous avons plus d’intérêt à savoir les causes de tels ou tels états délirants, que de connaître, psychologiquement parlant, comment une idée délirante peut susciter dans notre esprit une idée de même nature. Au reste, la question psychologique ne pourra jamais être complétée en dehors des données de l’ordre physiologique. C’est là une vérité qui ressort des travaux de MM. les docteurs Colineau, Lélut, F. Voisin et autres médecins distingués qui, dans ces derniers temps, se sont occupés de ces intéressantes questions. — Consultez : Lélut, Recherches sur la physiologie de la pensée {Annales médico-psychologiques, t. XX).— Voisin, Analyse de l’entendement humain : Quelles sont ses facultés? quel en est le nom, quel en est le nombre? quel en doit être l’emploi? Paris, 1858. Enfin, je ne puis que conseiller aux jeunes élèves de lire l’immortel ouvrage de Cabanis, Des rapports du physique et du moral de l’homme.

DANS QUEL SENS FAUT-IL ENTENDRE CES DÉNOMINATIONS? cas, il serait plus utile de bien observer toutes les circonstances de l'invasion, des intervalles et de la terminaison des paroxysmes de démence , pour y bien distinguer les produits aveugles de l’organisme, les saillies passagères d’un cerveau déréglé, de ce qui peut partir réellement d’une volonté, d’une intelligence. Les deux éléments qui constituent V homme double sont si intimement unis dans son état naturel, que la réflexion a bien de la peine à les entrevoir séparés; mais, dans les cas dont nous parlons, on peut les surprendre, les signaler à part. On les voit se succéder, s’exclure, se joindre, prédominer tout à tour, et former, sous la même enveloppe, deux êtres qui n’ont presque point de correspondance, ou sont aussi étrangers l’un à l’autre que l’est l’homme éveillé aux actes qu’il a faits dans le somnambulisme. »

Je signale ces dernières considérations. La pensée d’un homme étran» ger, non pas à l’observation des phénomènes de l’intelligence, mais à celle de l’aliénation proprement dite, me semble pouvoir s’appliquer a la méthode à suivre dans l’étude de cette maladie. Je ne me suis pas préoccupé jusqu’à présent de certaines questions psychologiques insolubles, et j’ai cru qu’il était plus utile de bien observer toutes les circonstances de l’invasion de la maladie. Je suis heureux d’être d’accord avec un psychologue qui pose le problème en ces termes : observer les circonstances de l’invasion, des intervalles et de la terminaison des paroxysmes de démence.

Délire {delirium , irapaypoffyvvî). — Le délire est un des symptômes les plus caractéristiques des maladies mentales. D’un autre côté, il est peu d’affections aiguës dans lesquelles il ne se produise de délire, et le diagnostic différentiel de certains délires nerveux transitoires et du délire de l’aliénation n’est pas toujours facile à établir. Le phénomène qui nous occupe peut en effet se montrer dans la période -initiale d’une affection mentale qu’il n’est parfois possible de diagnostiquer qvL à posteriori. L’importance du symptôme délire fait qu’il est souvent pris pour synonyme de folie. C’est ainsi que \e délire des persécutions forme une des variétés les plus intéressantes de la folie hypochondriaque. Je n’examinerai ici le délire que comme l’expression de cet état mental qui fait que l’aliéné associe des idées incompatibles, et prend des idées ainsi alliées pour des idées réelles. On distingue en aliénation plusieurs sortes de délire.

1" Les deux divisions principales de délire sont celles du délire aigu et du délire chronique. La chronicité appartient plus particulièrement à l’aliénation, et l’acuité aux perturbations intellectuelles transitoires, que l’on ne doit pas confondre avec l’aliénation. Les principaux caractères différentiels des deux situations sont les suivants :

Dans la folie, le délire peut être général, mais le plus ordinairement il

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