‹ Traité des maladies mentalesChapitre 148 sur 306 · TENDANCES AU VOL CONSIDÉRÉES COMME MALADIE · texte numérisé non relu

TENDANCES AU VOL CONSIDÉRÉES COMME MALADIE

» Lavater parle d’un médecin qui ne sortait pas de la chambre de ses malades sans leur dérober quelque chose.

» 5" J’ai connu un médecin instruit, dit Marc, dont la manie consistait à voler des couverts de table; elle ne s’étendait pas à la soustraction d’autres objets. »

Je m’arrête dans cette nomenclature d’observations stériles, sur lesquelles l’auteur de La folie considérée dans ses rapports avec les questions médico-judiciaires se contente d’émettre la réflexion qui suit : « Ce serait une entreprise insensée que de vouloir se livrer à des discussions théoriques sur ce singulier penchant ; car les bornes des connaissances humaines nous arrêteraient bientôt sans profit pour la science. i\Ia tâche se réduira donc à démontrer la vérité de la monomanie du vol, et cette démonstration sera uniquement fondée sur l’exposition de plusieurs faits concluants (1). » Mais, je l’ai dit, ces faits n’ont pour nous que peu de valeur quand il est impossible de les rapporter à leur véritable origine. Tout ce que je puis affirmer, c’est que, gi’âce à une bonne méthode d’observation, il nous sera toujours possible de distinguer le symptôme folie du symptôme crime. J’ajouterai encore que quelles que soient les bornes imposées aux connaissances humaines, ce n’est pas une entreprise insensée que de chercher à rattacher les effets à leurs causes, Les tendances au suicide, à l’homicide, à l’incendie, que je viens d’étudier, sont, comme la propension au vol, les symptômes d’une maladie principale dont il nous importe de poser le diagnostic. J’ai cité, à propos delà propension au vol, les circonstances pathologiques dont ce symptôme pouvait être l’indice. Je n’ai pas parlé de l’hérédité, me réservant, dans la pathologie spéciale, de signaler ces individus aux instincts congénitaux dépravés, et qui se rattachent à une des variétés de la folie héréditaire. Ces sortes d’aliénés constituent une classe dangereuse, imparfaitement connue ; ils sont les représentants maladifs des plus mauvaises tendances de l’esprit, des plus déplorables égarements du cœur humain. Ce sont des natures dégénérées, pour me servir d’une expression que j’ai le premier employée à leur égard, et dont la place n’est encore bien marquée, ni dans le domaine de la science, ni dans celui de la justice criminelle.

, Perversion des instincts génésiques [érotomanie, nymphomanie, satyriasis, fureur génitale deMarc; aidoïmanie du même auteur,

de al^'iï'x, pudenda, parties honteuses, et de gavta, manie). — Je ne veux pas soulever le voile de toutes les dépravations du sens génésique qui peuvent précéder la folie, déterminer cette maladie et parfois en être la

(1) Marc, De la folie considérée dans ses rapports axee les questions médico-judiciaires. Paris, 1840.

PEIIVEKSIONS DES INSTINCTS GÉNÉSIQUES. — NÉCKOPfllLES. Z|I3

complication. J’en ai dit assez sur ce sujet aux articles étiologiques : Excès vénériens, onanisme, pertes séminales, etc., §VII, p. 175.

3Ion intention est d’examiner dans quels rapports les différentes perversions des instincts génésiques et les manifestations érotiques se trouvent vis-à-vis de la folie comme symptômes de cette affection, en général, et comme symptômes de telle ou telle espèce de vésanie, en particulier. Il importe avant tout, sous peine de confondre les symptômes de lésions essentiellement différentes, de préciser le sens des termes pathologiques employés par les auteurs.

Sous le nom de perversion des instincts génésiques, on comprend des faits qui peuvent également appartenir à la folie et à l’immoralité dans ses limites extrêmes : je veux parler de la cohabitation avec les cadavres. Heureusement, ces sortes de perversions des instincts génésiques sont tellement rares qu’il ne sera pas nécessaire de nous y arrêter longtemps.

En 1847, l’autorité avait été prévenue que des faits de violation de sépulture se répétaient dans divers cimetières de Paris avec une fréquence déplorable. C’était surtout dans le cimetière de Montparnasse que se passaient ces scènes épouvantables, et la surveillance la plus active avait été mise en défaut par un individu qui, ainsi qu’il ressort du procès, était l’unique auteur de ces profanations. Les cadavres les plus récemment enterrés, et les cadavres de femme surtout, étaient l’objet des attentats de ce nécrophile. Si l’on a pu croire un instant qüe le sergent Bertrand, car tel était le nom de ce misérable aliéné, n’était poussé que parle besoin maladif, né dans un état de délire, de profaner les tombeaux, ses propres aveux démontrèrent bientôt que cette horrible tendance se compliquait de la déviation la plus épouvantable qui se puisse imaginer.des tendances génésiques.

Dans un travail inséré dans la Gazette hebdomadaire (i), j’ai signalé les différentes catégories maladives qui fournissaient d’aussi monstrueuses anomalies. Bertrand appartenait à une variété de mélancoliques heureusement fort rares aujourd’hui, et que l’histoire de l’aliénation mentale dans l’antiquité et le moyen âge nous a fait connaître sous le nom de lycanthropes, vampires, etc (2). Les anciens, dit M. Guislain, qui donne à ces sortes d’aliénés le nom de nécrophiles, les anciens, en parlant de la lycanthropie, ont cité des exemples qui ont la plus grande analogie avec

(1) Considérations médico-légales sur un imbécile érotique convaincu de profanation de cadavres; Lettres à M. le docteur Bédor, médecin de l’hospice civil à Troyes, par le docteur Morel {Gazette hebdomadaire, 1857).

(2) -Voyez Récapitulation des faits concernant les épidémies intellectuelles des siècles passés, § 111, p. 58.

414 SATŸRlASlS. — ' NtMPaOMANtË.

le fait qui nous occupe. Aétius parle de certains aliénés qui, semblables à des loups, rôdent la nuit dans lescimetières et profanent les sépultures. Forestus mentionne un paysan qui hantait les lieux consacrés aux morts, et qui offrait tous les symptômes des déterreurs de cadavres ; il ajoute que la plupart de ces malheureux joignaient à ces actes dépravés l’instinct de l’anthropophagie, et qu’ils dévoraient de préférence les intestins (1).

J’ai pareillement cité, dans le travail auquel je fais allusion, des faits de cohabitation avec les cadavres, commis par des imbéciles ou par des idiots érotiques.

Enfin, le croirait-on, la perversion épouvantable des instincts génésiques que nous résumons dans le fait du sergent Bertrand, n’est pas un symptôme exclusif du trouble des facultés intellectuelles ! Des exemples plus nombreux qu’on ne pense se sont produits où des actes de ce genre doivent être imputés à des individus parfaitement responsables de leurs actes, et qui n’ont eu d’autre excuse à alléguer que l’influence exercée par des besoins vénériens excessifs, par la violence de certaines passions et la dépravation extrême de l’imagination ; cette dernière circonstance s’est présentée dans des cas de prédisposition à la folie. Toutes ces situations diverses méritent un sérieux examen, lorsque surtout il s’agit de déduire de faits pareils une indication symptomatique, ou de décider, en médecine légale, de la culpabilité d’un prévenu.

♦ Ësquirol établit une différence entre X érotomanie (spwj, amour, pavf«, délire) et la nymphomanie [txiy.tfn, nymphe, et ftavta, délire, Mutterwvth dés Allemands). La même différence s’applique, dans l’esprit de ce médecin, à l’état désigné sous le nom de satyriasis (de aâzvpoç, satyre, dB-n, membre viril). « L’érotomanie, dit Ësquirol, diffère essentiellement de la nymphomanie et du satyriasis. Dans celle-ci, le mal naît des organes reproducteurs, dont l’irritation réagit sur le cerveau ; dans l’érotomanie, Y amour est dans la tète. Le nymphomane et le satyrisiaque sont victimes d'un désordre physique; l’érotomaniaque est le jouet de son imagination. L’érotomanie est à la nymphomanie et au satyriasis ce que les

(1) Cette anthropophagie, dit Mi le docteur Lunier, dans le compte rendu de l’affaire Bertrand, n’était, du reste, pas rare aux xvi'et xvii' siècles. Sans ajouter foi aux récits des pauvres hallucinés dont on peut lire la relation dans l’ouvrage de M. Calmeil, et qui s’accusaient de cHmes imaginaires, il est certaîh que quelques-uns commettaient de Véritables actes d’anthropophagie. Au xvi' siècle, üne femme de Milan, dit Bodin (De la démonomanie-, des sorciers, Baris, 1852, ih-4”, p. €4), fut condamnée à la roufe pout avoir étranglé et mangé sdn enfant. Elle aVait cédé, disait-elle, à l’instigatidil dû démM- Qüelquès lignes plüs bas, l’aüteur ràppbrle ün fait sèmblable;

Page 1