U2U RÉUNION DES TENDANCES SUICIDE, HOMICIDE, ALCOOLIQUE
Mais nous n’avons pas épuisé la série des phénomènes maladifs, des actes insensés, dont l’existence de Lemaître nous offre le tableau. Continuons,
Un jour notre malade quitte pour la vingtième fois le toit conjugal, mais ce n’est pas pour se livrer à ses excès vénériens et bachiques. 11 se rend directement dans la capitale, car, fatigué, harassé par les complots de ses ennemis, par leurs machinations infernales, par tous les moyens qu’ils emploient pour le perdre, le déshonorer, le faire mourir, il va aller se plaindre au chef de l’État. Et puis un autre phénomène s’est produit chez cet aliéné. Les persécutions dont il a été la victime ont eu au moins cela de bon qu’elles Vont éclairé sur sa véritable valeur personnelle, opx'dles, lui ont révélé une chose qu’il ignorait ; cest quHl est appelé à sauver VÉtat et qu il doit devenir un des plus fermes soutiens de V empire (1),
J’avoue que lorsque le malade, au milieu de réticences de toutes sortes, de signes de timidité et de honte d’abord, m’eut fait cet aveu qu’il me confirma ultérieurement avec des marques d’enthousiasme et d’exaltation, j’avoue, dis-je, que mon pronostic qui, dans le principe, avait été favorable, dut se modifier, et qu’une sage réserve m’était imposée dans mes conclusions médicales. L’hypocliondriaque auquel j’avais affaire ne se présentait déjà plus à mon observation dans la simplicité primitive de son mal. La situation devenait plus complexe; la transformation si étrange dans les sentiments des hypochondriaques, et dont j’ai déjà donné un aperçu dans ma classification des maladies mentales, se présentait ici avec ses caractères les plus frappants (voy. Folie hypochondriaque, 3® variété,, p. 267). D’autres considérations se déduisaient de circonstances qui ajoutaient encore à la gravité du pronostic, je veux parler de certaines influences héréditaires ; son père se livrait avec excès aux boissons alcooliques. Mais je crains de compliquer les éléments de cette observation, et j’en reviens à notre malade.
Nous l’avons laissé à Paris, en quête des moyens de faire connaître au chef de l’État ses intentions et ses espérances. Mais tous ses efforts pour arriver jusqu’à l’empereur aboutirent à le rendre suspect à la police, et le conduisirent à Mazas où il fit deux mois de séjour. C’est là que cet aliéné, chez lequel nous ayons déjà eu l’occasion d’observer une série de phases de rémission et d’exaltation, conçut' le projet qui l’amena plus tard devant les assises de la Seine-Inférieure. Ce projetés! le symptôme le plus carac-
(i ) Les mots soulignés sont ceux qui expriment textuellement les idées que les aliénés m’ont communiquées, soit de vive voix, soit par écrit. Dans mes rapports médico-légaux, j’ai toujours pour habitude de citer textuellement les réponses; djes inculpés. La manière dont ils s’expriment a souvent, au point de vue du diagnostic et de la médecine légale, une importance que la suite de ces études fera ressortir d’une manière évidente.
ÉROTIQUE, INCENDIAIRE, CHEZ LE MÊME HYPOCHONDRIAQUE, 625 téristiquedel’état mental des délirants par pei'sécution, qui, dansl’impossibilité où ils sont de trouver dans leur intelligence égarée les éléments d’antagonisme aux conceptions délirantes qui les obsèdent, cèdent à l’étrange détermination de commettre un acte avec une intention coupable, puisque leur but est d’être traduits devant les assises. Ils espèrent alors justice sera faite, que la vérité se pi^oduira, que leurs persécuteurs seront confondus. Ils ont été tour à tour sur le point de se suicider, de commettre un meurtre, ou tel autre acte compromettant ou dangereux.
A d’autres périodes de leur maladie ils se sont lancés dans la débauche, se sontlivrés à des excès de boisson, comme pour faire diversion aux idées qui les obsédaient; puis enfin ils ont pris la détermination étrange, sans aucun doute, mais qui se trouva être dans des rapports logiques avec leur système délirant, de commettre un acte qui les amène devant la justice. Lemaître se détermine à incendier. Un autre hypochondriaque que j’ai sauvé de l’échafaud avait pris et exécuté l’atroce résolution de tuer le premier individu qu’ilrencontrerait, afin de frapper de terreur les ennemis acharnés à sa perte, et àé avoir une occasion de dire en présence de la justice tout ce gu on lui faisait endurei\ La victime de cet aliéné fut un malheureux enfant de seize ans qu’il hacha en morceaux. On le voit donc, et je pense l’avoir démontré, les actes délirants des aliénés peuvent, dans la presque généralité des cas, être rapportés à la maladie principale dont ils sont un symptôme si important. Point n’est besoin de recourir à l’existence d’entités pathologiques insaisissables, et qui, sous les noms de monomanie homicide, de pyromanie, kleptomanie, dipsomanie, avec prédominance, dans tous ces cas, d’wn instinct aveugle, de quelque chose d'indéfinissable qui porte à tuer, voler, incendier, etc. , ont mis tant de confusion dans les esprits, et faussé la véritable appréciation des phénonaènes pathologiques dans l’étude de la folie. Nous n’avons pas à expliquer psychologiquement le fait de ces dépravation et aberration extrêmes des sentiments , cela est impossible. Nous constatons l’existence du phénomène en le rapprochant des circonstances pathologiques dans lesquelles il se produit (1).
(1) Les magistrats ont admis, dans l’affaire de Lemaître, la folie de cet individu, et il a été placé à l’asile de Quatre-Mares. Il est d’autant plus important, dans les cas de ce genre, d’exposer dans leur ordre l’enchaînement et la dépendance réciproques des phénomènes pathologiques, que les inculpés, après avoir commis un incendie, un homicide ou tel autre acte en rapport avec leurs impulsions délirantes, sont calmes, impassibles deyant les juges, et qu’ils avouent leurs actes sans donner signes de repentir. La crise est momentanément passée, et ce n’est qu’ultérieurement que ces aliénés se montrent sous leur véritable Jour. C’est ce qui est arrivé à Lemaître, qui donna à l’asile les preuves de la folie la plus complète. Renvoyé une première fois guéri, il n’a pas tardé à récidiver, et le pronostic défavorable que sa situation m’avait inspiré s’est malheureusement confirmé.
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SYMPTÔMES DE l/ORDRE INTELLECTUEL.
J’ai parlé des symptômes fournis par les fonctions affectives, il me reste à signaler ceux non moins importants que nous révèle l’étude des fonctions intellectuelles chez les aliénés.
§ X, — Symptômes de l’ordre intellectuel, logique et raisonnement des aliénés. Xdée qu’il faut se faire de la suractivité des fonctions intellectuelles chez ces malades. Incohérence, fixité des idées. Manière dont s’expriment les aliénés, tÉtat des facultés : mémoire , jugement , volonté. Considérations générales sur la manière d’observer les aliénés et d’interpréter leurs idées, leurs actes et leurs sentiments.
Les personnes qui n’ont pas l’habitude de vivre avec les aliénés leur accordent difficilement la faculté de coordonner leurs idées, d’en déduire des- conséquences logiques, au point de vue, bien entendu, de leurs délires prédominants. Les magistrats eux-mêmes qui sont chargés d’interroger ces malades, se décident avec peine à prononcer l’interdiction de ceux qui leur répondent sensément sur les choses ordinaires de la vie. Cependant, si l’on excepte les déments, les paralysés progressifs, dans la période d’exaltation de leur délire des grandeurs, tous les aliénés en général qui se trouvent dans une phase d’excitation de leur mal ^ on pourra se con^ vaincre, ainsi que je l’ai déjà dit dans mes Études cliniques, que le fait de l’aliénation mentale ne peut briser la loi essentielle de la vie intellectuelle et du mode dont s’opèrent les fonctions de l’intelligence humaine.
A moins donc que par la nature d’une affection cérébrale qui compromet d’une manière radicale tous les organes indispensables à l’exercice et à la manifestation des actes intellectuels et affectifs, l’homme n’en soit réduit aux seules conditions delà vie végétative, il faut bien admettre qu’il existe une infinité de degrés dans la puissance qui reste aux aliénés de coordonner leurs idées, et de répondre souvent avec beaucoup de justesse aux questions qui ne font pas le sujet ordinaire de leurs préoccupations maladives. Que dans la presque généralité des cas, l’exercice des facultés se ressente des troubles de l’économie, de la lésion de l’organe, c’est ce qui est incontestable, et c’est même sur cette donnée physiologicopsychologiqué, que se trouve appuyée l’idée la plus nette qu’il est permis de se faire de la folie. Mais il est une chose non moins certaine, c’est que malgré les troubles, les obstacles apportés à l’exercice de nos. conceptions par l’élément maladif, la faculté même dont l’exercice reste ainsi incomplet ou difficile n’en agit pas moins suivant sa nature. En d’autres termes, l’aliéné pense et raisonne.
Si l’on me demandait la preuve psychologique de ce fait, je me contenterai de dire que si toutes les intelligences, quelles qu’elles soient, sont
CONSERVATION DE LA PENSÉE ET DU RAISONNEMENT CHEZ LES ALIÉNÉS. Z|27 assujetties, malgré des différences réelles, à des lois essentiellement identiques et radicalement immuables, il arrive que l’aliéné, par cela seul qu’il reste membre de la grande famille humaine, ne leur est pas complètement soustrait; et la preuve, c’est qu’il pense. Sans doute, il viole fatalement bien des règles de la logique, il se repaît de l’erreur; il est entraîné par la force de sa maladie à des conceptions délirantes inouïes, aussi bien qu’à des déterminations insensées. Mais il ne faut pas s’y méprendre, la pensée même qui l’égare m peut penser que sous certaines conditions déterminées (1). Ces conditions sont celles qui dirigent tous les hommes doués de la faculté de raisonner. En conséquence, l’aliéné fait tous ses efforts pour associer ses idées disparates et désordonnées; il les cooP' donne, les déduit les unes des autres, et parvient souvent, après de grands efforts de raisonnement, à se créer un système délirant en vertu duquel il prémédite et agit. Une conception délirante, ainsi que l’a bien établi M. le docteur Falret, se déduit d’une autre conception délirante par la même loi qu’une idée raisonnable engendre une autre idée raisonnable (2). C’est ainsique l’aliéné arrive fatalement, mais logiquement, aux conceptions intellectuelles les plus contraires à la raison générale, et à la perpétration des actes les plus monstrueux.
A côté de la croyance qui ne fait consister la folie que dans l’incohérence des idées et l’extravagance des conceptions, il n’est pas rare de
(1) C’est l’idée sur laquelle je me suis presque exclusivement appuyé pour prouver la simulation d’un individu supposé aliéné et soumis à mon examen par le prémdent des assises, à Rouen, en 1856.,.. Derozier, c’était le nom du prévenu, faisait aux questions les plus simples des réponses absurdes et n’ayant aucun rapport avec les interpellations qui lui étaient adressées. Lui demandait-on, entre autres choses, son âge, il répondait: 245 francs 35 centimes.... 124 voitures pour aller à... 5 mètres 35 centirhèlres. le fis observer à la cour que, dans leurs divagations les plus extrêmes? dans leurs délires les plus furieux, les aliénés ne confondent pas ce qu’il est impossible à la logique la plus extravagante de confondre, par la raison qu’il est des principes sans lesquels il n’est pas d’acte convenable de l’intelligence, Ï1 n’est aucun aliéné (excepté, bien entendu, les idio'ts et ceux qui sont dans le dernier degré de la démence paralytique) qui soit privé de Vidée de cause, de Vidée de substance, de Vidée d’être.... Par exemple, que l’on demande à l’aliéné le plus délirant quel est son âge ; il pourra répondre qu’il a six mille ans ou six mois, selon l’idée qu’il se fait qu’il est éternel, ou tellement infirme, qu’il en est réduit à l’état d’enfance. Il en est qui répondront qu’ils n’ont point d’âg&, parce qu’ils se croient morts ; mais jamais il ne viendra à l’idée du dément le plus incohérent de répondre à la question de son âge, par 245 francs 31 centimes, ou 5 mètres 35 centimètres. (Rapport sur un cas de simulation de folie, par M. le docteur Morel; éxtrait des Annales médico^ psychologiques, année .)
(2) De la non-existence de la monomanie, par le docteur Falret (extrait des Archives générales de médecine, numéro à’aont
428 DE l’augmentation de l’activité intellectuelle chez les MALADI S. rencontrer une autre erreur qui tend à attribuer aux aliénés; une intelligence extraordinaire. Il est inutile d’ajouter que ces deux opinions extrêmes ont leur point de départ dans l’interprétation erronée qui a été faite, à toutes les époques, de faits pathologiques réels et incontestables.
a L’augmentation de l’activité intellectuelle, ditM. le docteur Parchappe, se rencontre fréquemment dans la folie ; elle est même un des caractères les plus saillants de cette maladie, dans la période aiguë.... Les annales de la science, ajoute le même auteur, contiennent un certain nombre de faits authentiques qui ont contribué à consacrer le préjugé d’une augmentation surnaturelle des facultés intellectuelles, et qui expliquent, jusqu’à un certain point, comment l’amour du merveilleux chez les observateurs crédules, exagérant et dénaturant des faits analogues, a pu accréditer les incroyables récits dont fourmille l’histoire des sectes religieuses à toutes les 'époques, et plus particulièrement l’histoire de la possession diabolique au moyen âge. » {Symptomatologie de la folie.')
On peut lire dans des auteurs anciens tels qu’Arétée, Avicenne, Paul d’Égine, et dans d’autres plus récents. Primerose, Van Swieten, Lorry, une foule d’exemples qui tendent à exposer par leur côté le plus merveilleux l’augmentation d’activité intellectuelle chez quelques aliénés.
Van Swieten {Comment., 1121) dit avoir vu une femme qui pendant ses accès de manie ne parlait qu’en vers , et qui les composait avec une admirable facilité, bien que dans l’état de santé elle n’eût jamais montré le moindre talent poétique.
Lorry cite une dame noble, d’un esprit fort médiocre, qui était sujette à des accès de mélancolie pendant lesquels son intelligence se développait au point de disserter avec éloqùénce sur les questions les plus ardues.
tJne jeune fille du peuple, âgée de quatorze ans, atteinte de folié à la suite d’une mission, discourait sur des sujets religieux comme si elle se fût livrée à l’étude de la théologie ; elle parlait comme un prédicateur sur Dieu, sur les devoirs du chrétien, et savait résoudre avec sagacité les objections qu’on lui faisaitpour l’éprouver. (J. Frank. Pathologie interne: Manie fantastique. )
Je pourrais citer des milliers d’exemples semblables aux précédents. Je répondrai avec M. Parchappe, auquel j’emprunte ces faits, que cette augmentation d’activité intellectuelle n’est pas reculée au delà de ce que peut habituellement l’esprit humain, et que l’augmentation morbide de la vie intellectuelle n’engendre au contraire que des manifestations sans valeur au point de vue intellectuel.
S’il en était autrement, ce serait le renversement de toutes les lois de l’ordre physiologique et pathologique. Quand il s’agit de faits anormaux
INTERPRÉTATION DU PHÉNOMÈNE. k'I'è
d’activité intellectuelle chez les aliénés, on fera la part du genre de folie dans lequel ces exemples se produisent. J’ai eu occasion de remarquer, chez quelques aliénés hypocliondriaques, hystériques et épileptiques, une activité intellectuelle extraordinaire aux époques critiques de l’existence de ces malades. Il n’est pas rare d’observer que les attaques d’exacerbations auxquelles ils sont sujets sont précédées d’une manifestation anormale des forces de l’intelligence. Un jeune aliéné hypochondriaque, confié à mes soins, étonnait souvent ceux qui le voyaient, par la facilité de son élocution et par la manière brillante dont il exposait ses idées. 11 lui est arrivé, dans certains moments, de composer, dans l’espace d’une nuit, un morceau de musique ou une pièce théâtrale qui renfermaient des traits remarquables et quelques beautés de premier ordre. Mais pour moi, qui connaissais le malade, je n’étais jamais trompé sur le pronostic que m’inspirait cette situation. Je savais qu’après trois ou quatre jours d’excitation, ce jeune aliéné tombait dans une morne stupeur et dans un hébétement qui lui enlevaient jusqu’à l’instinct de ses besoins les plus naturels. Cette triste situation a fini par Fa démence la plus complète.
Chez une aliénée hystérique, à prédominance d’idées religieuses exaltées, j’ai pareillement observé des phénomènes extraordinaires comme réminiscences intellectuelles. Elle avait assisté à beaucoup de sermons, et en avait lu un plus grand nombre. Je l’ai entendue répéter mot à mot ce qu’elle avait lu, ce qu’on avait dit en sa présence. C’est le livre à la main que nous avons pu suivre cette exaltée lorsque, sous l’influence d’un phénomène nerveux qui surexcitait ses souvenirs, elle nous récitait des sermons d’orateurs chrétiens très connus. Il lui était impossible de renouveler le phénomène dans son état ordinaire ; mais, comme dans l’observation précédente, nous savions à quoi nous en tenir sur un fait de ce genre, sans compter qu’il ressemblait à une foule d’autres au moyen desquels on a , à diverses époques , exploité la crédulité publique : il était, chez cette hystérique, l’indice d’une crise d' exacerbation suivie de stupeur. Ces crises sont communes à ces malades, qui parcourent souvent d’une manière invariable le cercle de tous les phénomènes extraordinaires auxquels le système nerveux est soumis dans l’état maladif, et qui, dans le monde non médical, donnent lieu à des interprétations si erronées.
Bien loin donc que la folie soit, en règle générale, l’élément d’une suractivité intellectuelle de bon aloi, c’est plutôt le contraire qui a lieu, ainsi qu’il est facile de s’en convaincre au moyen de l’observation des faits. Je Veux résumer aussi brièvement que possible les phénomènes sur lesquels se portera l’attention des médecins, et qui serviront de base à leur diagnostic et à leur pronostic.
hoÙ INCOHÈRENCE, DÉF4ÜT d’aTTENTÎON, FIXITÉ DES IDÉES.
In«ohérence dans les idées , défaut d’attention , concentration extrême de l’attention dans l’analyse des sensations chez les Iiypo» chondriaqnes. Idées fixes< — L’incohérencc des idées est extrême chez les aliénés, dans les cas d’agitation excessive, ainsi que dans ces situations qui indiquent la transition d’un état aigu à un état chronique. Cs n’est qu’en faisant un appel énergique aux malades qu’il est possible de tirer d’eux des réponses tant soit peu conformes à l’objet de la demande. Ces sortes d’aliénés sont aussi peu faits pour exercer leur attention que ces tristes malades incessamment poursuivis par l’idée de la mort, par celle des malheurs imaginaires qui doivent leur arriver, ou qui sont tourmentés sans relâche par l’analyse de toutes les impressions qu’ils éprouvent. La concentration exclusive de la pensée sur un point déterminé peut amener la SifM/jeur, et d’autres phénomènes qui se rapprochent plus
ou moins de là catalepsie. C’est ce que nous verrons dans la description du développement et de la terminaison des maladies mentales.
Souvent il serait difficile de se faire une idée de l’incohérence dans les idées chez les aliénés ou de la concentration exclusive de l’attention sur leurs maux imaginaires, si l’on n’avait pas des spécimens de la manière dont iis s’expriment en écrivant. Je me contenterai de citer, dans l’intérêt du diagnostic, deux ou trois exemples du genre. Il s’agit, dans le premier cas, d’un jeune aliéné qui, après un violent délire, se trouvait dans cette période de folie chronique remarquable par l’incohérence extrême dans les idées, et qui est l’indice d’une transition à la démence. Dans le second cas, nous avons affaire à un de ces hypochondriaques dont l’attention est exclusivement concentrée sur leurs sensations maladives. Enfin, je tiens à démontrer avec quel fin discernement certains malades savent apprécier leur situation et analyser les sensations intimes qu’ils éprouvent.
« Je vais vous faire la description de ma maladie, écrivait le premier » de ces malades à ses parents. Lorsque le choléra a éclaté, j’avais une » bosse froidé dans le cerveau ; le miasme cholérique est très irritant, j’ai » eu par Conséquent le choléra cérébral. Étant à l’asile, j’ai eu l’intellh » gence de ce qui m’est arrivé. Mes accès antérieurs ont eu lieu par vio- » lations exercées sur ma personne ; mais le bras de Dieu s’est appesanti » d’une manière-effrayante sur ceux qui ne sont pas revenus à lui. Je n’ai J) qu’à me louer de la conduite du médecin ; si je me suis mis en colère, » c’est que certains fous m’ont joué de mauvais tours.
» Ce que je conserverai de mon ancienne maladie, c’est que ma pensée, » quand elle est lancée dans une direction quelconque, ne se remet pas » facilement à d’autres choses. Je serai toujours un être très original; je » ne me regarde pas comme absolument guéri, mais je dirai que c’est moi