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TENDANCES POUR LES BOISSONS (DIPSOMANIE DE MAKC

Entiii, sous le nom incubes et de succubes, on a pei^sonnifié autrefois certaines sensations internes propres à des aliénés hystériques ou soumis à des états névropathiques, tels qu’on peut en observer dans Fhypochondrie. Ces sensations étaient indépendantes de tovie connivence érotique, venant primitivement de la penséé ou de l’imagination, et à plus forte raison d’une passion concentrée. Néanmoins l’histoire des folies épidémiques nous apprend qu’à des époques où ces phénomènes étaient mal appréciés, on les expliquait par l’intervention du démon, espi'it impur par excellence. On appelait incubes, les esprits masculins (de in, sur, dans, et de cubare, coucher); succubes, les esprits féminins (de sub, sous, et cubare,. coucher).

Tendances dépravées pour les boissons alcooliques {monomanie d'ivresse d’Esquirol; dipsomanie de quelques auteurs modernes, de soif, et de pavla, manie). — Sous l’influence de l’usage continu et progressif des boissons alcooliques, il peut se développer, chez des individus, des affections mentales tellement caractéristiques, tellement en rapport avec leurs causes génératrices, que j’en ai fait une de mes formes d’aliénation. Mais ce n’est pas V alcoolisme chronique, la folie par ivresse avec toutes ses conséquences pathologiques, que nous avons à examiner ici ; là description de cette forme si grave de vésanie appartient à la pathologie spéciale,. Je veux seulement décrire brièvement les différentes circonstances dans lesquelles les tendances à la boisson peuvent être considérées comme symptômes de la folie.

J’ai vu des individus, dans la période initiale de leur aliénation, montrer pour le vin ou les liqueurs fortes une appétence inaccoutumée. Le médecin tiendra un compte particulier de ce symptôme lorsque cette funeste tendance se produit chez les individus qui Jusque-là ont été sobres. Les troubles intellectuels qui se raanifestént parfois à l’âge critique chez les femmes coïncident assez souvent avec des dispositions inusitées à boire avec excès des liqueurs fortes. Je connais nombre d’erreurs de diagnostic dans, des circonstances semblables. Les médecins, trompés par la position sociale de leurs clientes, par tout ce que l’on est en droit d’attendre de femmes bien élevées, n’ont pu supposer que tel ou tel état névropathique pour lequel ils étaient consultés dépendait dans ces cas d’excès alcooliques. L’entourage immédiat des malades partage souvent la. même erreur, tant les femmes possédées de cette funeste propension savent couvrir d’un voile impénétrable les débuts de leurs détestables habitudes.

Enfin, la tendance irrésistible pour les boissons peut être le résultat de dispositions maladives innées, telles que je les ai signalées dans différentes

il 8 DES ACTES délirants AU POINT DÉ VÜE DU DIAGNOSTIC,

variétés des aliénations héréditaires. (Voyez Classification^ Aliénations héréditaires, 2® et 3® classe, p. 259.)

Ces considérations nous amènent à conclure que dans l’immense majorité des cas il est toujours possible, grâce à l’observation des faits pathoogiques , grâce à l’étude de leur enchaînement et dépendance réciproques, de rattacher les tendances dépravées pour les boissons alcooliques à leur véritable cause génératrice. Il n’est pas nécessaire de créer uræ maladie mentale, une monomanie dont le caractère principal serait un entraînement irrésistible pour les boissons fermentées. La tendance aux boissons n’est, le plus ordinairement, que le symptôme d’une maladie principale, lorsque surtout cette propension s’est développée tout à coup chez des personnes qui jusqu’alors n’avaient rien montré de pareil.

Ce que je dis à propos du penchant irrésistible aux boissons alcooliques peut et doit s’appliquer aux autres situations maladives qui, pour quelques médecins, forment des entités pathologiques distinctes : je veux parler des monomanies suicide, homicide, incendiaire et de la kleptomanie. Il m’est aussi impossible de faire une maladie spéciale de cet entraînement irrésistible qui porte les individus à la boisson, qu’il me l’a été de trouver une affection mentale distincte dans cet instinct aveugle, dans ce quelque chose d'indéfinissable qui porte certains individus à tuer. Le suicide, le meurtre, l’incendie, le vol, les tendances dépravées pour les boissons et les conséquences qui en résultent, sont les faits qui amènent le plus ordinairement les aliénés devant la justice. Or, ma conviction intime est que tous ces actes sont les symptômes d’une maladie mentale dont les véritables caractères pathologiques peuvent être démontrés. Dans les cas de ce genre, l’exposition méthodique des faits maladifs n’est pas seulement de nature à dissiper les doutes .de la justice, à donner au médecin expert une autorité que personne ne peut lui contester, mais elle place la question sur le terrain médical qui lui est propre ; elle imprime au diagnostic et au pronostic la certitude qui autrement leur fait défaut.

Coneinsions. — J’ai démontré que les actes dangereux commis par les aliénés étaient en rapport avec telle forme de maladie plutôt qu’avec telle autre et avec des phases déterminées de la même affection.

L’aliénation a ses périodes d’incubation, de développement, derémission, de déclin et de terminaison.

A chacune de ces phases correspondent des idées délirantes et des actes de même nature dont le caractère est significatif.

Comme dans toutes les maladies à évolution lente et qui se signalent par des crises périodiques, par des intermittences et par des rémissions parfois très longues, il est souvent sage et prudent de suspendre son juge^

DÈS ACTES DÉLIRANTS AÜ POINT DE VüE DÜ DIAGNOSTIC. 419 ment. Il ne faut interpréter les faits pathologiques dans le sens de la folie elles rattacher à cette affection, que lorsqu’une observation consciencieuse et prolongée de ces faits nous a permis d’apprécier leur véritable nature, de faire ressortir leur caractère maladif. Cette réserve est d’autant plus nécessaire, qu’une foule d’actes suicides, homicides et autres, sont le produit de la passion, et que le véritable caractère de ces actes ne peut toujours être immédiatement apprécié.

Nous avons vu qu’un acte délirant, chez un aliéné, tel que le suicide, peut se compliquer d’un autre acte, l’homicide, par exemple, qui est également dans quelques circonstances l’indice d’un trouble intellectuel. Une vieille femme de soixante et douze ans, dont j’ai démontré la folie devant les assises de la .Meurthe, avait prémédité le meurtre de sa petite fille qu’elle tua à coups de hache ; elle tenta ensuite de se suicider. L’homicide avait pour but de préserver cette enfant des dangers d’un monde de perdition ; par le suicide elle rejoignait dans le ciel cëtte pauvre innocente, ainsi qu’elle appelait sa victime. Céci était l’idéè délirante qui avait déterminé cette femme dans la perpétration de son acte, mais ce ne fut pas le motif sur lequel je m’appuyai pour excuser le fait. Je démontrai que cette femme était née de parents aliénés ; que depuis vingt ans, elle était soumise à des crises nerveuses périodiques, avec tendance au suicide; que déjà, dans un accès de folie, elle s’était jetée dans un puits; qu’elle avait parcouru nue les forêts, dans le cœur de l’hiver, disant qu’un feu intérieur la brûlait ; qu’elle avait en un mot oommis une foule d’actes délirants qui constituaient cette forme de vésanie hypochondriaque connue sous le nom de délire (les persécutions. L’homicide ne devenait donc plus que le symptôme de la maladie qui avait troublé le cerveau de cette insensée et déterminé la perpétration de l’acte qui l’amenait devant les assises. .. ...

Dans d’autres circonstances, l’aliéné, après ülsoïv délibéré entre le meurtre de soi-même et le -meurtre des autres, n’a cependant accompli ni l’un ni l’autre de ces actes. Il a pris une détermination imprévue qui est souvent l’indice d’une maladie mentale des plus complexes et des plus graves, malgré des apparences trompeuses qui peuvent entraîner le médecin à porter un pronostic rassurant. Il a commis un incendie, par exemple, ou tel autre acte malfaisant avec l’intention formellement exprimée de paraître en justice. C’est ainsi que l’aliéné réagit à sa façon contre une situation maladive qu’il attribue faussement à un système organisé de persécution. L’exemple suivant que je vais citer avec quelques détails me paraît avoir une double portée également instructive et utile.

1° 11 démontrera que l’existence de diverses entités pathologiques dési-

Z|20 RÉUNION DES TENDANCES SUICIDE, HOMICIDE, ALCOOLIQUE, gnées sous les noms demoiiomanie suicide, homicide, etc., ne repose sur aucune base scientifique solide. 2“ Il fera ressortir en quoi l’étude dés symptômes fait à un point de vue médical est de nature à éclairer le diagnostic et le pronostic, et à déterminer le genre de traitement applicable à la circonstance. Il servira enfin d'introduction à la manière de comprendre l’invasion, la marche et la terminaison de certaines variétés de la folie.

Observation d'un aliéné hypochondriaque également porté au suicide, à l'homicide, aux excès vénériens et bachiques, et qui a finalement comparu devant les assises pour un fait d^incendie avec préméditation.

Dans le cours de l’année 1857, j’ai été appelé à constater l’état mental d’un jeune homme âgé de vingt-quatre à vingt-cinq ans, et accusédu crime d’incendie volontaire avec préméditation. Le 1k août de la même année, je me suis mis en rapport avec l’inculpé. C’est un homme d’une taille moyenne, d’un tempérament lymphatique ; sa physionomie exprime une grande douceur, il parle avec aisance, sans emphase ni prétention ; il avoue le fait d’incendie pour lequel il est traduit devant les assises. II n’y a pas de forfanterie en ses aveux ; ils sont francs, explicites. C’est bien lui qui a prémédité l’incendie d’une meule de gerbes de blé; c’est lui qui a exécuté cet acte ; puis il s’est remis spontanément entre les mains des gendarmes, et il est heureux, dit-il, de voir qu’enfin w être faite et que ses souffrances vont finir.

Quel est donc ce singulier incendiaire, demandant que justice se fasse, content du reste de sa situation en prison, éprouvant, dit-il, un soulagement comme de longtemps il n’en a ressenti ; car il a été jusqu alors bien malheureux? En prononçant ces derniers mots, son visage se colore et ses yeux se remplissent de larmes .

Rien dans ses faits et gestes à la prison ne me révèle un aliéné, Lemaître (c’est le nom du prévenu) est calme et docile ; il n’y a dans ses actes aucune exagération ; il m’est impossible, en dehors d’une sensibilité facile à s’exalter, de découvrir chez lui aucune perturbation du système nerveux. Toutes les fonctions physiologiques s’exécutent bien ; le sommeil est parfait, seulement il avoue qu’avant son acte incendiaire, il ne dormait pas, souffrait de la tête et avait des étourdissements. D’autres phénomènes symptomatologiques frappent néanmoins mon attention : c’est la facilité avec laquelle l’accusé verse des larmes, ce sont certaines réticences dans son langage, certaines déviations de mots de leur véritable sens, ainsi que cela s’observe chez les hypochondriaques.

11 m’importait, avant de passer oulre, de remonter à la source des

ÉROTIQÜE, TNCENDIAIRE, CBEZ LE MÊME HYPOCHONDRUQÜE .

choses, et d’employer vis-à-vis de cet homme les règles que j’ai posées dans l’étiologie, lorsque J’ai conseillé d’étudier l’enchaînement et la dépendance réciproques des phénomènes pathologiques qui, en définitive, constituent l’aliénation et amènent au diagnostic de cette maladie. Or, voici les renseignements qui m’étaient donnés sur cet individu.

Il avait toujours été d’un caractère inquiet et difficile. Un témoin, appelé dans cette cause, émet ce jugement remarquable, et qui pour moi jette une vive lumière sur la situation : Lemaître na jamais pu rester en place nulle part; il n'était bien que là où il n'était pas. ÇjBüq mobilité incessante de caractère, ce mécontentement de toute situation acquise, remontaient à une époque éloignée. C’est à quatorze ans que le phénomène s’est produit d’une manière ostensible, et c’est à dater de cette époque qu’il devint impossible de fixer Lemaître à quoi que ce soit. Il quittait sans motifs les positions qui lui étaient faites ; il émettait des plaintes injustes sur les personnes qui s’intéressaient à lui ; il incriminait leurs intentions, et son caractère difficile finit par tarir chez ses protecteurs l’intérêt qu’ils lui portaient. A dix-sept ans, il s’engagea dans l’armée d’Afrique; à vingt et un ans, il se fit remplacer, et revint chez lui avec le désir de s’y fixer d’une manière définitive et de s’y marier.

Dans le milieu où vivait Lemaître, personne ne pouvait se douter qu’à cette époque de son existence ce jeune homme fût affigé d’une névrose hypochondriaque des mieux caractérisées. C’est lui- même qui me révèle son état de souffrance, et je n’ai déjàplus besoin que d’autres interviennent pour m’aider à expliquer la nature des faits, leur dépendance et enchaînement réciproques, indice delà triste maladie de cet individu. Une fois que j ’ai acquis sa confiance dans la prison, il va lui-même me mettre au courant de sa maladie. Le diagnostic sera établi d’une manière certaine, et l’acte réputé criminel pour lequel Lemaître est inculpé recevra son interprétation naturelle.

« Le jour de son mariage, il était, dit-il, le plus malheureux des hommes ; il tremblait son malheur, et la première nuit de son hymen le confirma dans les soupçons qui l’avaient porté vingt fois à rompre avec sa prétendue, w

Est-il nécessaire d’ajouter que ces soupçons, avant comme après son mariage, étaient tout ce qu’il y avait au monde de plus déraisonnable? Ils ne reposaient que sur un élément maladif ; ils étaient le produit de sa malheureuse névrose. On lui faisait entendre et comprendre par signes ce qui devait lui arriver. Il y avait des complots ourdis contre lui. On lui jouait des tours; on gâtait ses aliments en y introduisant des choses malfaisantes, etc. Ses soupçons, ai-je dit, étaient injustes, déraisonnables; sa

422 RÉUNION DES TENDANCES SUICIDE, HOMICIDE, ALCOOLIQUE, femme était jeune, vertueuse, universellement aimée et respectée. Elle faisait tous ses efforts pour fixer auprès d’elle un mari plus hypochondriaque qu’inconstant, et qui, à chaque instant, quittait le toit conjugal pour aller porter en tous lieux ses défiances injustes, que dis-je? ses soupçons monstrueux ; car il accusait sa femme d'entretenir des relations criminelles avec son père. ,

Nous en savons assez sur les sensations maladives éprouvées par les hypochondriaques, pour supposer qu’une pareille appréciation délirante n’a pu se systématiser dans le cerveau de cet aliéné qu’à la condition qu’il ait lui-même été victime et jouet de cet enchaînement de phénomènes pathologiques que nous avons décrits à l’occasion de V histoire d’un hypth chondriaque halluciné, racontée par lui-même (p. S42). En effet, les aveux de ce malade, que j’ai étudiés d’une manière spéciale, ne peuvent nous laisser aucun doute sur son véritable état mental.

Je vais rapporter le plus succinctement possible tout ce qui a traita la phase douloureuse de l’existence de ce malheureux, dont l’intelligence, pendant deux années, ne sé nourrira que d’interprétations maladives, et acceptera pour des réalités objectives les illusions de son intelligence. Au moment actuel, on ne lui donne déjà plus à comprendre, il entend réeUe>> ment. Il est le jouet de ses hallucinations et de ses illusions. Il convertit en conceptions délirantes toutes les impressions maladives de l’organisme, et roule dans son esprit des projets de suicide et d'homicide. Il se livre à des actes dépravés, et aboutit finalement à l’acte incendiaire pour lequel il comparait devant les tribunaux.

L’analyse de ces faits, rapprochée de l’observation de la page 342, est la meilleure initiation à la connaissance des phénomènes maladifs de la période d’incubation de la folie bypochondriaque avec prédominance du délire des persécutions, la plus commune des folies qui peuplent nos asiles. Elle rappelle nos idées à propos de la manière d’interpréter les actes délb rants des aliénés. ;

Pendant deux années, ainsi que je l’ai dit, l’existence de Lemaître ne fut qu'une suite d’impressions douloureuses se résumant dans des préoc^ cupations excessives à propos de sa santé et dans la crainte de mourir- Il existait chez lui, comme chez tous les aliénés de cette catégorie, des périodes d’exacerbation et de rémission dans les circonstances suivantes; 11 arrivait une époque où ses nuits étaient sans sommeil. Il éprouvait alors des sensations douloureuses ; il avait des migraines affreuses ; il croyait que non-seuièrnent on voulait le déshonorer, mais l’empoisonner; il ressentait des bruissements, des tintements dans les oreilles ; il entendait chuchoter; il se relevait et descendait dans là cour pour épier les convet''

ÉROTIQDE, INCENDIAIRE, CHEZ LE MÊME HYPOCHONDRIAQUE. 423 salions de ses ennemis. Lorsque cette situation arrivait à son paroxysme, il était en proie à des illusions et à des hallucinations sans nombre.

C’est dans ces situations perplexes que ce malheureux aliéné, car nous pouvons déjà le considérer comme tel, était pris d’un dégoût insurmontable de la vie, et qu’il fut sur le point de céder à l’idée de sacrifier sa femme ou son beau-père. Il n’a tenu qu’à des circonstances propres à l’individu, et qui ne font pas, il s’en faut, règle générale dans les cas de ce genre, qu’un suicide ou un meurtre n’aient été commis par lui à cette période de sa maladie. Une pusillanimité naturelle, certains- sentiments religieux inculqués dans le jeune âge, et faisant antagonisme à des penchants funestes qui sont les produits de la maladie, le réveil subit et inespéré de la conscience, la crainte du châtiment, la honte, le remords, parfois une intervention étrangère et le plus ordinairement fortuite, tels sont les motifs qui l’ont retenu et qui m’ont souvent été allégués par d’autres aliénés comme les ayant arrêtés sur la pente d’un acte terrible en ses conséquences. Pour échapper à cette tendance qui l’entraînait au meurtre d’une manière irrésistible, Lemaître s’enfuyait du toit conjugal avec l’argent qu’il pouvait emporter ; il parcourait alors les campagnes, entrait dans les cabarets, et commettait des excès incroyables. Ce n’est que lorsqu’il avait épuisé ses dernières ressources qu’il revenait à la maison, hébété, abruti, honteux de lui-même, mais calme en apparence. Il reprenait son travail, promettait de ne plus recommencer, demandait pardon à sa femme, et déplorait ses égarements. La crise était passée; mais après quelque temps de repos, les mêmes phénomènes se reproduisaient, sous l’influence des mêmes causes, et les absences se prolongeaient toujours davantage. En effet, l’enquête a établi que dans l’espace de deux années ce malheureux n’a pas vécu six mois dans son domicile.

Dans le cours de son procès, une personne très respectable m’écrivait : » Nul ici ne se fait illusion sur l’état réel de Lemaître. C’est un débauché » qui a réduit sa femme à la dernière misère. Il s’enfuit de chez lui pour » se livrer aux égarements les plus honteux; dans ses absences, qui se pro- » longent de plus en plus, il ne quitte pas les cabarets et les lieux de pros- » titution les plus mal famés. » Nous voilà donc arrivés à la phase de l’existence maladive de cet hypochondriaque, où, après l’avoir vu sur le point de commettre un suicide ou un homicide, nous observons chez lui \me dépravation du sens génésique. Il a de plus des tendances irrésistibles à la boisson. Or, si toutes ces tendances maladives si injustement attribuées à la passion, à la débauche, par un appréciateur qui n’est pas médecin, étaient autant d’entités pathologiques distinctes, dans quelle catégorie de prétendus monomanes , faudrait- il donc classer cet aliéné?

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