‹ Traité des maladies mentalesChapitre 159 sur 306 · ANALYSE DU SANG.— SÉCRÉTION SPERMATIQUE · texte numérisé non relu

ANALYSE DU SANG.— SÉCRÉTION SPERMATIQUE

2o La crase fibrineuse (augmentation du chiffre de la fibrine) est également très rare dans la folie pure, c’est-à-dire dégagée de toute complication susceptible de modifier les proportions de ce principe du sang.

3° La crase sérewse qui coïncide avec la diminution de la masse du sang, et dont le degré le plus élevé constitue la chlorose, est celle qui est la plus commune chez les aliénés. Elle s’y manifeste par un pouls fréquent et débile, des bruits de souffle dans les artères, et une diminution de la quantité de substances solides de l’urine. Dans la plupart des, cas, elle coïncide avec la pléthore cérébrale, qui, lorsqu’elle est combattue par les émissions sanguines, engendre une asthénie considérable. Cette forme de cras,e séreuse^ dit le médecin allemand dont je cite les conclusions, a principalement lieu dans la manie et la monomanie, et devient quelquefois cause de l’aliénation mentale.

Dans son travail communiqué à l’Académie des sciences (20 novembre 1848), De Vétat du sang dans la paralysie générale, M . le docteur Michéadit que l’augmentation des globules [crase veineuse des Allemands) existe dans la majorité des cas. Ce médecin en déduit des conséquences sur lesquelles j’aurai à revenir dans le traitement de cette affection, â propos de l’opportunité delà saignée dansles easde ce genre; mais, ici, je suis de l’avis de M. Lunier, et je ne crois pas que les recherches de M. Michëa puissent infirmeries inductions thérapeutiques deM. Erlenmayer, qui s’accordent généralement avec les faits cliniques.

Je ne connais en France aucun ouvrage étendu et complet sur la constitution chimique du, sang dans les névroses. M. le docteur Marchand (de Sainte-Foy) a fait sur la composition du sang un travail dont il n’a donné que les conclusions. J’en parlerai à propos de la folie hystérique. Tdüt ce que je puis dire d’avance, est que le système pathologique de l’auteur, à propos de la production des névroses, repose sur le fait de la diminution excessive des globules du sang dans certains cas [aglobulie], et de leur augmentation dans d’autres : c’est ce qui constitue la phéthore [hyperglobulie]. \] aglobulie est, d’après l’auteur, une maladie excessivement commune, représentée par la chlorose et par la plupart des névropathies hystériformes chez la femihe, et par certaines variétés d’hypoeliondrie chez l’homme. Déchiffré des globules dont la moyenne est de 125 pour 1000, peut tomber à 21, comme l’a constaté M. Andral, etM. Marchand l’a vu descendre à 43 .

Sécrétion spermatique. — On ne peut mettre en doute que la constatation des faits de l’ordre physiologique et pathologique ne soit de nature à rectifier bien des idées erronées sur les habitudes, les mœurs, les tendances des malades en général, et les manifestations délirantes des aliénés

INFLUENCE DES NÉVROSES SUR LA SÉCRÉTION SPERMATIQUE. Ù51 en particulier. J’ai déjà eul’occasion de signaler la rareté delà nymphomanie et du satyriasis chez ces malades. Un observateur des plus éminents, qui a fait de l’étude des fonctions physiologiques chez les aliénés le but principal de ses recherches, M. le docteur Jacobi, a constaté que chez vingt-neuf maniaques du sexe masculin, on n’a remarqué des excitations érotiques bien prononcées que chez quatre d’entre eux. Chez quarante femmes, l’excitation érotique ne se montra que cinq fois d’une manière évidente. La plupart de ces femmes étaient devenues aliénées à la suite de couches. J’ai déjà signalé les complications pathologiques dans lesquelles on observait l’érotisme, et j’aurais pu y ajouter les affections de la peau. J’ai observé deux cas de folie avec tendances érotiques très prononcées, chez deux femmes atteintes de maladies cutanées. Les exacerbations de l’une coïncidaient invariablement avec la période' aiguë dans la manifestation d’une acné : c’était une femme jeune encore et qui appartenait à un ordre religieux. L’autre était une femme de cinquante-cinq ans, atteinte d’une espèce d’ichthyose,etdont les manifestations érotiques allaient jusqu’à la nymphomanie. Les rémissions et les exacerbations de cette affreuse vésanie étaient pareillement en rapport, chez l’une et l’autre de ces nymphomanes, avec la marche de la maladie cutanée.

Dans un opuscule qui a eu dans son temps beaucoup de retentissement, et qui est intitulé ; Experimentum nascensde rcrnedio specifico m mania virorum (Vienne 1770), Avenbrugger prétend établir, par des observations spéciales, qu’il existe une forme de manie érotique dont l’indication principale est d’être combattue par le camphre. Cette forme de vésanie se montrerait surtout chez des individus dont le pénis est petit, rétracté et peu courbé en avant. On observe encore, dit-il, chez ces fous érotiques une rétraction ou espèce de ratatinement du scrotum. Les deux testicules se rapprochent beaucoup de l’anneau inguinal, si parfois ils ne le dépassent pas. L’appareil génital, pris dans son ensemble, dénote une température inférieure à celle des parties environnantes. Enfin, chez ces mêmes individus, on remarquerait un tremblement particulier des doigts et une forme particulière de la main. M. Jacobi a eu la patience de rechercher tous ces signes chez les aliénés maniaques de l’asile de Siegbourg, et il avoue ne les avoir jamais trouvés réunis. Je puis en dire autant, d’après mes propres recherches .

Mais pour cjue tout ce qui a été dit, sous ce rapport, ait une base réelle, il faudrait admettre que le développement anormal des tendances érotiques est toujours en rapport avec les pertui’bations que la folie amène dans les diverses fonctions de l’économie. Or, l’observation nous enseigne qu’il est loin d’en être ainsi. S’il est des cas, ainsi que je l’ai démontré, où les len-

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SÉCRÉTION SPERMATIQUE. — MENSTRUATION, dances érotiques surgissent avec une intensité spéciale, j’ai lieu de croire qu’en règle générale il n’en est pas ainsi, surtout dans les périodes de dépression de la folie. J’ai connu des mélancoliques liypochondriaques dont l’état spasmodique douloureux n’avait pas seulement pour résultat de tarir la source des larmes, d’amener des désordres dans les sécrétions générales de l’économie, mais de troubler d’une manière spéciale la sécrétion spermatique. J’ai vu ces individus, revenus à l’état de simples hypochondriaques, chercher en vain à accomplir l’acte du coït. Quand ils en arrivaient à l’érection, en surexcitant la vivacité de leur imagination, ils ne pouvaient cependant satisfaire leur appétit vénérien. Cette condition les plaçait même dans une situation tellement perplexe, qu’ils ne voyaient plus de remède à leur mal que le suicide, et je pourrais citer des actes de ce genre accomplis dans les circonstances que je viens d’indiquer.

J’ai lieu de croire que les fonctions génératrices sont même altérées d’une manière plus radicale dans les conditions que font aux malades la folie et les névropathies diverses dont ils peuvent être atteints. Cette question a déjà été envisagée par moi au point de vue des dégénérescences dans l’espèce humaine, et j’ai pu m’expliquer la stérilité qui, dans beaucoup de circonstances, frappait également, et les malades qui subissaient des situations pareilles, et ceux qui en ressentaient héréditairement les influences fatales.

Menstruation. — J’ai longueinent traité des troubles des fonctions menstruelles comme cause d’aliénation [Etiologie., p. 190); je n’ai qu’à dire un mot de rinfluence exercée par la folie sur l’importanté fonction (le la menstruation. Un nombre considérable de faits observés me porte à conclure que quoique la menstruation ne soit pas, en règle générale, interrompue chez les femmes aliénées, néanmoins elle se ressent des perturbations que l’on remarque dans d’autres sécrétions de l’économie. Lorsque la folie est en voie d’évolution, les règles sont moins souvent interrompues qu’on ne pourrait le supposer; mais quand elles apparaissent, il est rare qu’il n’y ait pas chez les malades un redoublement dans leurs exacerbations, ainsi qu’une manifestation plus grave dans leurs tendances dépravées. Si le retour périodi(iue des règles chez les jeunes lémmes détermine un état de rémission dans leurs accès, on doit regarder (îette situation comme un symptôme favorable.

Mais il peut arriver aussi qu’étant donnée une perturbation physiologique qui se trouve vis-à-vis d’une perturbation intellectuelle dans les rapports de cause à effet, le retour de cette fonction physiologiijue n’amène cependant pas inévitablement le retour de la fonction intellectuelle.

Ce que j’ai observé sous ce rapport pour la menstruation dont le retour

INFLUENCE DES NÉVBOSES SUR LE FLUX MENSTRUEL. ^l53

périodique et normal ne modifiait pas la marche d’une aliénation confirmée, Je l’ai vu pareillement pour les hémorrhoïdes et pour les affections herpétiques, dont la répercussion pouvait être considérée comme le point de départ du délire. C’est qu’alors, ainsi que le disaient les anciens, le cerveau est devenu le siège d’une affection tellement propre, que la folie survit à une maladie qui a été le point de départ des troubles primitifs de V encéphale. Il est bon de remarquer encore que la guérison de la folie ne provoque pas inévitablement le retour de certaines sécrétions importantes, de la menstruation, par exemple. Sans doute, le pronostic est bien plus favorable quand la disparition d’un trouble cérébral coïncide avec le rétablissement d’une fonction importante de l’économie; mais il est utile défaire observer que la menstruation ne se rétablit souvent que lentement, et lorsque la nutrition ne laisse plus rien à désirer cliez les aliénées. Il résulte de ce fait une considération thérapeutique importante, à savoir, qu’un traitement dirigé uniquement vers le retour de la menstruation fatigue souvent en pure perte les malades, et qu’il est bon de se reposer parfois sur l’action salutaire du temps. Ce que Je dis de la menstruation s’applique aux autres sécrétions et fonctions de l’économie.

Je termine ici ce que j’ai à dire sur les sécrétions, me contentant d’indiquer que des auteurs ont signalé les sécrétions de la membrane muqueuse intestinale comme étant considérablement diminuées. Ces sortes de constatations ne sont pas toujours faciles à faire. Ouest cependant amené à cette supposition par l’opiniâtreté des constipations, chez la plupart des mélancoliques. L’état désigné sous le nom de pléthore abdominale, se révèle autant par la tension, par la chaleur, par l’espèce de pesanteur que certains malades accusent dans la région abdominale, que par les battements plus violents de l’aorte descendante : on peut vérifier ce dernier fait en palpant ces régions. Ce qu’il est plus facile de constater, c’est, dans la plupart des cas, la sécheresse de la peau, son aridité, son élévation de température dans certaines circonstances, son abaissement da,ns d’au^ très. Mais, encore une fois, il est bien difficile de déduire de tous ces phénomènes des règles générales, fixes et invariables, tant il est vrai de dire que les variations observées dans les fonctions physiologiques des aliénés sont aussi diverses et aussi mobiles que celles que l’on remarque à propos de leurs fonctions intellectuelles et affectives. Néanmoins les indications thérapeutiques sont nettes et jirécises vis-à-vis de ces divers états pathologiques. Nous savons, par expérience, combien les grands bains, les sudations, les frictions externes, toutes les applications en un mot de 11, méthode hydrothérapique, sont favorables aux aliénés qui éprouvent ces sortes de troubles dans leurs fonctions intérieures ou assimilatrices. Il

tiok CIRCULATION. — RESPIRATION. — INDICATIONS SYMPTOMATIQUES,

me reste à parler des perturbations que l’on observe dans deux autres grandes fonctions de l’économie chez les aliénés, la circulation et le sommeil.

Circulation, respiration.^ — Depuis les recherches de MM. Leuret et Mitivié sur le pouls des aliénés, un grand nombre d’observations ont été publiées à ce sujet. L’intérêt qui s’y rattache est en rapport non-seulement avec la valeur des indications thérapeutiques que les médecins ontl’hahitude de déduire du trouble de la circulation chez leurs malades, mais encore avec l’importance du diagnostic et du pronostic qu’il s’agit de poser.

A une époque où l’état des fonctions physiologiques chez les aliénés n’était pas aussi bien connu qu’il l’est aujourd’hui, on croyait naturellement que la violence des malades, leurs exacerbations délirantes^ étaient en rapport soit avec une activité extraordinaire des fonctions représentant un état fébrile, soit avec la pléthore et avec les symptômes de congestion du cerveau, La saignée devait donc être regardée comme une indication pressante, impérieuse; mais les notions plus précises que nous possédons aujourd’hui nous apprennent combien cette erreur était grave. Nous savons que les périodes les plus violentes de l’agitation chçz les aliénés peuvent coïncider avec l’anémie et l’abaissement des globules du sang. Ce fait nous explique la terminaison si fréquente de la démence chez beaucoup d’aliénés, sous l’influence de saignées exagérées pratiquées à certaines périodes de leur maladie.

Maintenant, quant à ce qui regarde la difficulté de constater les relations du pouls avec les diverses perturbations de l’intelligence et des sentiments, je dois avouer qu’elle est extrême. Cela se conçoit quand on observe de près et sur une vaste échelle la mobilité si grande des impressions chez les personnes nerveuses, et les revirements brusques, instantanés, qui s’opèrent parfois dans leur état. Toutes ces circonstances doivent être prises en considération quand il s’agit de déduire un pronostic des variations que l’on observe dans les fonctions de la circulation, de la respiration et de la perspiration; elles expliquent les contradictions apparentes des auteurs. 11 me suffira du témoignagé d’un savant qui s’est livré à une étude aussi minutieuse qu’approfondie des fonctions physiologiques chez les aliénés. M. le docteur Jacobi ne se contentait pas seulement de prendre note de la fréquence du pouls des aliénés, mais il tenait un compte exact des variations dans la plénitude, la lenteur, la tension du mouvement circulatoire des malades confiés à ses soins. 11 indiquait en outre les rapports des pulsations des diverses artères entre elles ; il auscultait le cœur, il comptait le nombre des inspirations et expirations. Il n’est pas jusqu’à l’état de l’iris qui n’ait été examiné par lui dans ses rapports avec la cir-

RAPPORTS DU POULS AVEC l’ÉTAT MENTAL DES ALIÉNÉS. 455

culation général. « Et cependant, dit ce rigoureux observateur, j’eus le chagrin de voir que mes recherches, si consciencieuses qu’elles fussent, ne remplissaient pas le but que Je m’étais projjosé. Je vis qu’il m’était impossible de rattacher par des liens nécessaires les divers états pathologiques de l’intelligence et des sentiments aux anomalies de la circulation, de la respiration et de la température de la peau chez les aliénés. :»

Les recherches entreprises dans ces derniers temps par M. Earle {American Journal of medical Sciences, avril 1844) offrent des conclusions assez semblables à celles de MM. Leuret et Mitivié. Il a reconnu que le pouls des personnes atteintes d’aliénation aiguë est plus rapide' que celui des malades dans la période de folie chronique ; que, règle générale, la circulation est plus active chez les aliénés, dans l’état aigu ou chronique, que chez les individus] ouissant d’une raison parfaite; que la loi d’après laquelle la fréquence diminue en raison de l’âge n’existe point chez les aliénés.

M. Lisle a étudié cette fréquence dans la paralysie générale, et il a observé dés variations assez grandes et en rapport avec les périodes de cette maladie; Quoi qu’il en soit, la dénomination assez contestable néanmoins de délire sans fièore, qui, dans la haute antiquité, a été donnée â la folie, indique que l’élévation du pouls est bien loin d’être en rapport, dans la généralité des cas, avec la violence des exacerbations.

On a souvent lieu d’être étonné de la dépression et de la faiblesse du pouls chez quelques aliénés furieux; mais c’est dans la période de dépression mélancolique surtout, dans le collapsus Ou la stupeur, comme l’observe judicieusement M. le docteur Guiilaud, que les désordres du pouls paraissent singuliers. L’auteur, et je suis parfaitement deson ayis, ne sait pas s’il existe aucune maladie où il soit donné de constater un pouls aussi lent, aussi petit, aussi faible, que dans cet état d’affaissement observé chez certains aliénés. On le trouve tellement filiforme chez eux, qu’on a de là peine à en percevoir lés pulsations. Il est si lent, que M. Guillaud a vu des cas où il ne présentait pas plus de 25 à 30 pulsations par minute, alors que chez le même individu, mais dans la période d’agitation, les battements artériels s’élevaient jusqu’à 100 ét 120 par minute. La phase de tranquillité ramène les chosès à leur état presque normal. [Des périodes et du rôle du pouls dans l’aliénation mentale-, par Mêle docteur Guiilaud, interne de l’asile d’Auxerre. Thèse, Paris, 1858.)

Les recherches sur le nombre relatif des pulsations chéz les aliénés, selon la nature de leur affection. Ont cependant permis de constater et d’expliquer un fait qui n’est pas sans intérêt pour la physiologie et là pathologie du système nerveux. Il s’agit de certaines variations anormales

DÉFAUT D’iSOCQRONJSiME DANS LES PULSATIONS.

dans l’intensité des pulsations d’artères différentes , telles que seraient , par exemple, les artères radiale et carotidienne. Le même phénomène se remarque dans l’examen comparatif de l’aoi’te ascendante et de l’aorte descendante. Les pulsations de cette dernière [puhalions abdominales de Jacobi) sont parfois .très intenses et permanentes, tandis que la même chose ne se remarque pas dans l’aorte ascendante. Ces variations ont porté quelques médecins, MM. Barrow et Albert entre autres, à conclure qu’il y avait défaut d’isochronisme dans les pulsations des artères, tandis que la différence, ainsi que le constate judicieusement M. Jacobi, porte plutôt sur la qualité du pouls que sur sa plus ou moins grande fréquence.

Un tel fait serait d’ailleurs en opposition avec toutes les lois de la circulation, si bien étudiée aujourd'hui. Les connaissances expérimentales acquises sur la circulation permettent de donner raison de ces prétendus défauts d’isochronisme dans les pulsations artérielles. M. le docteur Cl. Bernard m’a communiqué à ce propos, il y a longtemps déjà, des remarques que j’ai publiées dans mes Études cliniques ei que je me fais un plaisir de reproduire. « Il peut arriver quelquefois, m’écrivait cet éminent physiologiste, que les contractions du ventricule n’aient pas toutes la même énergie, si bien qu’il en résulte un mélange dans des proportions variables de contractions alternativement fortes et faibles. Chaque contraction, quand elle est entière et forte, devient perceptible dans toute l’étendue du système artériel, tandis que les pulsations incomplètes ou trop faibles ne sont évidentes que dans les artères plus rapprochées du cœur, comme les carotides, par exemple, et ne sont plus appréciables au doigt dans les artères plus éloignées, comme la radiale ou la crurale. Chez les animaux soumis aux expériences, ces irrégularités, dans l’intensité de la contraction ventriculaire, sont souvent très faciles à observer. Si l’on applique alors un manomètre à une artère un peu éloignée du cœur, l’ascension du mercure indique clairement qu’il y a deux espèces de pulsations, les unes faibles, les autres fortes, et cependant le doigt, appliqué sur l’artère, ne perçoit pas ou perçoit à peine celles qui sont faibles. »

Quelques mots sur la température de la peau et sur la respiration compléteront ce que j’ai à dire sur lés phénomènes généraux de la circulation. La température de la peau, chez les aliénés, peut être indépendante du mouvement circulatoire, et sé rapporter à des lésions internes, phthisie, pneumonie et autres affections souvent méconnues chez les aliénés, au milieu de leur agitation, de. leurs cris, ou sous l’influence de la torpeur, de l’indifférence et de l’insensibilité que déterminent les conditions pathologiques du système nerveux chez ces malades. J’ai observé de singU' Hères anomalies de la température de la peau dans quelques cas de

TEMPÉRATURE DE LA PEaU.— DU SOMMEIL CHEZ LES ALIÉNÉS. 457 mélancolie avec stupeur. Une malade de notre asile nous présente le phénomène suivant : la moitié /de son corps est quelquefois brûlante, tandis que l’autre moitié est froide. Il est vrai de dire que la partie dont la température est plus élevée présente une rougeur très grande. La malade prétend qu’elle brûle.

M. Jacobi a trouvé quelquefois des différences très grandes dans les rapports de la respiration avec le nombre des pulsations artérielles. Assez généralement, les irrégularités dans le rhythme respiratoire étaient en rapport avec les mèmès irrégularités dans les pulsations des artères Dans 12 cas, chez des malades agités, il n’y a pas eu au delà de 18 inspirations à la minute; 10 fois elles variaient de 18 à 23 ; ô fois, de 24 à 30. On conçoit qu’il y ait une différence entre les inspirations chez les malades agités et chez ceux qui sont dans la période de dépression et de stupeur. Chez ces derniers, les inspirations et expirations sont à peine perceptibles. Sous l’influence des terreurs qui les assiègent, la respiration est incomplète chez quelques-uns, et l’auscultation devient chose difficile dans les cas de maladie intercurrente. On. conçoit ce qu’une pareille situation doit amener de troubles dans les fonctions de l’hématose.

Du sommeil che* les aliénés. — Le sommeil est une des fonctions qui, chez ces malades, subit les variations les plus grandes. C’est surtout dans la période d’incubation de la folie que l’absence de sommeil se présente comme un symptôme important et dont il faut tenir compte dans le diagnostic , et le pronostic de cette affection. Lorsque j’interroge les parents sur les phénomènes initiaux de l’affection de leurs proches, ils ne manquent jamais de me citer la privation de sommeil Comme une des plus grandes souffrances que les malades aient eu à endurer. On se fait difficilement une idée de la ténacité de l’insomnie dans la périodé initiale de la folie. L’absence d’une fonction aussi éminemment réparatrice accroît les conditions d’irritabilité dans lesquelles se trouvent généralement les aliénés, et il arrive le plus ordinairement que, dans l’accès confirmé, le sommeil est de plus en plus agité.

Beaucoup de malades, avant de devenir complètement aliénés, ont des rêves effrayants et cornme la conscience qu’ils vont perdre la raison; ils émettent souvent ce triste pronostic, et leur anxiété est très grande. Ils se réveillent en sursaut, passent la plus grande partie des nuits à se promener, se plaignant d’éprouver des céphalalgies intolérables. Quelques-uns redoutent presque de s’endormir, tant leurs rêves sont remplis d’apparitions effrayantes.

Dans un livre attribué à Hippocrate (n«f.e buwvtwv), on trouve, à propos de la symptomatologie du rêve, des indications qui ne sont pas sans in-

i58 DU SOMMEIL, DES RÊVES. — INDICATIONS SYMPTOMATIQUES, térôt. Peut-être, est-il vrai de dire que dé nos jours la science moderne a trop négligé cet élément de diagnostic et de pronostic. Entre autres pronostications, on y voit que les rêves animés et bruyants sont, pour le père de la médecine, l’indice d’un état d’excitation du système nerveux. Les rêves tranquilles, doux, annoncent une crise favorable dans les fièvres nerveuses. Les rêves eflrayants indiquent un transport du sang au cerveau. Si l’on voit dans ses rêves des figures grimaçantes et affreuses, oii est menacé d’une maladie intestinale ou d’une affection du foie. Les maladies des organes internes rappellent en rêve des sensations pénibles qui se rapportent aux parties affectées. L’apoplexie est précédée de rêves ou l’on se croit exposé à périr. ... Le cauchemar [incubüs, i^ptâXrrjç) annonce la concentration du sang dans les grandes cavités de la poitrine. ...

Je rappelle ces principaux pi^onostics, parce que le sujet ordinaire des plaintes, chez les individus destinés à devenir aliénés, se rapporte' à des sensations de ce genre. Quant à ce qui regarde le sommeil complet chez les aliénés, il est rarement observé, excepté dans la démence confirmée et dans l’état de mélancolie avec stupeur ; même, dans leur convalescence, les malades se plaignent souvent de ne pouvoir dormir. Dans tous les cas, leur sommeil est fréquemment interrompu.

« Le sommeil complet, dit Fodéré dans son excellent Traité du délire (t. I, p. 512), est autant le repos des sens internes que des sens externes, et le seul qui délasse complètement. Le sommeil incomplet est le repos de l’un de ces deux ordres de sens, et la veille de l’autre : il délassé beaucoup moins, mais il soulage, plus la nature que le sommeil entier, et je connais beaucoup de gens qui n’en ont point d’autre. Or, lorsqu’on dit que les fous ne dorment pas, peut-être est-il mieux de dire qu’ils rêvassent toujours, excepté dans leurs intervalles lucides. L’état d’abstraction dans lequel iis vivent permet peu d’exercice aux sens ext^nes, ce qui fait qu’il y a assez souvent une moitié d’eux-mêmes qui repose, et la nature s’ac;coutume assez à cet état, tellement qu’après avoir beaucoup maigri, le maniaque reprend un certain embonpoint, quoiqu’il dorme rarement tout à fait. » ■

Le sommeil de ces aliénés est peu rëpai’ateur ; il n’indique un pronostic favorable que lorsque la continuité du sommeil coïncide avec une diminution dans l’amaigrissement général. Les mélancoliques se plaignent souvent de ne pouvoir pas dormir, et quelques-uns dorment parfaitemént. J’ai vu des malades qui, après une nuit excellente, se réveillaient la tête lourde et embarrassée, et éprouvaient un redoublement dans leur délire. L’état de demi-somnolence, le réveil fréquent pendant le sommeil, semblent interrompre là stase trop longtemps prolongée du sang veineux

IMPORTANCE DE l’eXAMEN DES FONCTIONS PHYSIOLOGIQUES. 459 dans le cerveau ; les jours sont alors plus tranquilles ; les préoccupations des malades sont moins vives ; ils sortent de leur torpeur habituelle, et semblent jouir d’une activité de bonne nature. Dans d’autres circonstances, la perte du sommeil est parfois l’indice de la transition d’un état de calme et dé tranquillité à un état de délire bruyant avec agitation.

Conclusions. — Les limites d’üh ouvrage élémentaire m’imposent une grande sobriété dans l’énumération des symptômes qui sont l’expression delà folie, et il me reste encore à émettre quelques considérations sur les signes qui annoncent cette maladie, et qui nous permettent d’en poser le diagnostic.

Les nombreux détails dans lesquels je suis entré à propos des lésions de la sensibilité chez ces malades indiquent cependant avec quel soin il importe de les examiner. Il peut exister chez eux de très graves perturbations et des désordres dans les fonctions Ou les organes de l’économie, sans qu’il se manifeste aucun de ces symptômes qui nous aident dans le diagnostic des maladies ordinaires.

S’il est des aliénés qui ne souffrent réellement point ou qui sont incapables d’exprimer ce qu’ils éprouvent, il on est qui accusent des maiix imaginaires, ou qui dissimulent des maladies réelles.

Au milieu de l’agitation des actes, les plus graves maladies de l’économie peuvent passer inaperçues, si l’on ne se livre à un examen minutieux des organes, si l’on n’étudie chaque fonction dans son isolement. En général, s’il importe d’avoir égard aux changements arrivés dans les habitudes des. aliénés, dans leurs fonctions physiologiques, il faut aussi examiner les modifications survenues dans leurs pensées délirantes.

Lorsque là torpeur, le refus de manger, l’apathie et une tranquillité anormale, la cessation subite du délire, succèdent à l’agitation générale, à la suractivité dans les mouvements, à l’exagération des fonctions digestives, aux préoccupations maladives, on aura l’esprit éveillé sur les désordres qui peuvent exister dans l’économie. Mais, comme le fait observer avec justesse M. Thore, ces moyens d’investigation peuvent encore manquer. On voit des fous continuer à marcher et à manger, lorsque déjà le poumon est hépatisé; de même que d’autres, toujours fixés sur leur lit, ne changent point de place, ne donnent aucun signe de souffrance, lorsqu’ils sont sous le coup d’une affection qui doit les emporter au bout de quelques heures.

Quelle que soit donc la différence qui existe entre l’état physiologique des aliénés et celui d’autres malades, on ne négligera pas les indications symptomatiques qui se déduisent de l’état de la digestion, des sécrétions , de la circulation et des autres grandes fonctions intérieures ou

il60 PÉRIODES initiales. — DÉVELOPPEMENT, MARCHE, TERMINAISON

assimilatrices. La difficulté même de la constatation des phénomènes pathologiques provoquera un examen plus minutieux.

Il est un autre point important sur lequel je me permettrai d’appeler d’avance l’attention des médecins, c/est celui des maladies incidentes dont sont affectés les aliénés. Souvent ces affections intercurrentes modifient très favorablement la marche de la maladie, et provoquent sa guérison. J’ai déjà laissé entrevoir, à propos du ptyalisme, que cet incident pouvait amener une crise de bonne nature. Je puis donc dire d’avance que s’il n’est pas permis de rester inactif en présence d’une inflammation grave du poumon ou de tout autre organe, il peut cependant arriver qu’une médication expectante soit souvent une chose plus utile qu’une intervention trop brusque de la part de l’élément médical.

Enfin, une indication thérapeutique importante se déduit naturellement des considérations que j’ai émises, c’est de ne pas hâter par une médication violente et inopportune le retour de certaines fonctions qui sont dans une relation intime avec la nutrition. C’est ce que nous avons vu pour la menstruation et certaines autres excrétions, pour le sommeil, toutes fonctions de premier ordre sans doute, mais dont le rétablissement se relie souvent à l’action salutaire du temps , à la sédation de cet état général d’irritabilité qui s’augmente sous l’influence d’une médication intempestive.

Il me reste maintenant à compléter, dans un dernier chapitre, ce que j’ai à dire de la pathologie générale des aliénés. Les considérations dans lesquelles je vais entrer se rapporteront à là marche, au développement, à la terminaison des maladies mentales, et à la méthode qui doit guider dans l’interprétation à donner aux lésions pathologiques que révèle l’autopsie des aliénés.

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