INCUBATION DE LA MALADIE. - PRODROMES
pathiques bizarres pourra rendre de grands services aux malades et aux familles, si son observation et son tact médical lui révèlent un ensemble de phénomènes qui ont une grande valeur au point de vue de la prophylaxie, de l’hygiène et parfois d’un traitement spécial destiné à éviter bien des accidents ultérieurs. Ces phénomènes sont constitués par une grande irrégularité dans les fonctions de la vie de relation et de la vie organique. Les individus prédisposés sübissent des périodes d’exaltation et de dépression. Ils sont d’une susceptibilité incroyable et d’une impressionnabilité qui les rend les tristes tributaires des moindres changements atmosphériques, des moindres dérangements à leurs habitudes ordinaires. Ils éprouvent des céphalalgies intenses, fréquentes, et les souffrances du système nerveux se résument le plus souvent chez eux dans des névralgies, des tics douloureux, des spasmes, et surtout dans des lassitudes profondes qui alternent avec des périodes d’excitation. Ce sont, en un mot, des êtres sensitifs, qui, au’ physique comme au moral, passent presque sans transition d’un état de bien-être à un état de souffrance,d’un contentement absolu à un découragement indicible, d’une assurance exagérée en leufs forces à une pusillanimité enfantine.
Période d’incubation [prodronies, àe. irpo, devant, et course ;
imasim). — On désigne ordinairement en pathologie, sous le nom d’meicbation, le temps qui s’écoule entre l’action d’une cause morbifique sur l’économie animale et l’invasion de la maladie. Quoique cette période soit plus difficile à caractériser en aliénation mentale que dans toute autre affection de l’économie, elle se traduit cependant par des signes irrécusables et qui méritent toute l’attention du médecin. Il serait peutêtre plus, juste de dire que la difficulté dp préciser cette période, d’en fixer la signification réelle, vient des nombreuses péripéties que l’on observe dans l’évolution de cette période. Elle se signale en effet par des intermittences et par des rémissions dont il est bien naturel que l’entourage du malade ne comprenne pas la véritable signification. Après la manifestation des symptômes les plus alarmants, il arrive que le mal semble enrayé dans sa course. L’espoir renaît, et le souvenir des faits accomplis s’efface bien vite de la mémoire. On peut se convaincre de cè que je dis, lorsqu’on recueille les commémoratifs de la maladie. Il arrive toujours que, sans intention de déguiser la vérité, les parents fixent à l’invasion des prodromes une époque qui est bien postérieure à celle de leur première apparition-
Quoi qu’il en soit, dans cette période les phénomènes de la prédisposition tendent évidemment à prendre un caractère plus stable et plus significatif. Les alternatives d’excitation et de dépression sont mieux
U^k PHÉNOMÉNliS -MALADIFS DE LA PÉRIODE PKODRUMiQUE.
dessinées; l’élément douloureux se constitue d’une manière plus permanente, plus active et plus gi*ave dans ses conséquences. Les insomnies sont fréquentes, les rêves pénibles et effrayants. Le malade lui-même est averti; il se troublé et s’inquiète; il assiste avec effroi au spectacle d’une lutte intérieure dont il est l’objet et souvent la victime. Il a de tristes pi’essentiments , et se demande avec anxiété s’il ne deviendra pas fou.
Les éléments de son pronostic se déduisent pour lui de sensations indéffiiissables qui, le plus ordinairement, sont d’une nature pénible et douloureuse. Il a des céphalalgies intenses, de la cardialgie et de l’anorexie. Il n’est pas Juste de dire que l’absence de fièvre qui caractérise la folie coulirmée soit absente à cette période. Les malades se plaignent de grandes chaleurs intérieures, et les variations extrêmes dans l’intensité et la qualité du pouls sont l’indice du désordre général des fonctions nerveuses.
En me servant de ce terme, je n’ai pas intention de me reirancher derrière une expression vague et indécise. L’examen détaillé des diverses fonctions de l’économie mettra en relief ce désordre général qui a son retentissement spécial dans chaque organe et appareil organique. Ce n’est pas seulement l’absence de sommeil qui caractérise l’invasion du mal, ce sont des anomalies de la digestion, des constipations opiniâtres, des éructations fétides, desborborygmes, des flatuosités, symptômes évidents d’un état de trouble des fonctions digestives. A l’anorexie succède le dégoût des aliments, parfois aussi la voracité et l’intempérance. Les malades passent avec rapidité d’un extrême à l’autre, et ils ont de la tendance à chercher un soulagement dans des régimes excentriques et désordonnés. Nous allons voir un phénomène similaire se produire dans la sphère des fonctions intellectuelles et affectives.
J’ai dit qu’à cette période d’évolution de la folie, l’élément douioureux tendait à se constituer d’une manière plus permanente, plus active et plus grave en ses conséquences. En effet, les tics douloureux, les névralgies, sont remplacés par le sentiment d’une souffrance plus générale, plus difficile à localiser. Les malades accusent un malaise universel, et affirment souffrir de partout. On dirait cependant que le Centre épigastrique est devenu de préférence le foyer de leurs sensations pénibles. C’est dé là que semblent partir ces irradiations nerveuses qui suscitent dans chaque appareil organique des mouvements si pénibles. Ce ne sont plus seulement des névralgies, des tics douloureux, des spasmes, qui tourmentent les malades, ils sont en proie à de véritables convulsions, à des tremblements effrayants ; ils ont des crises de larme.s, des exacerbations