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Tous ces phénomènes sont stéréotypés ; ils sont en relation avec leur cause génératrice;^ j’en parlerai dans un instant. Je dois ajouter néanmoins, dans l’intérêt de la vérité, que depuis quelque temps les inter-.valles lucides se signalent par une faiblesse intellectuelle plus prononcéa Mais ceci n’a rien d’éténnant, puisque la situation dure depuis près de treize années, et que les périodes d’agitation sont d’une intensité dont il est difficile de se faire une idée quand on n’a pas été témoin des phénomènes maladifs qui les caractérisent (1) .
k° Enfin, les maladies mentales nous offrent de véritables périodes de rémission dans le sens qui s’attaohe à ce mot en nosologie, c’est-à-dire cessation plus ou moins complète des symptômes fébriles entre les accès d’une fièvre rémittente; dans un sens plus étendu, diminution temporaire des symptômes d’une maladie, soit aiguë, soit chronique. Chose singulière! c’est la paralysie progressive, la plus compromettante de toutes les variétés d’aliénation, celle qui se lie d’une manière intime à des lésions bien définies de l’encéphale ; c’est, dis-je, la paralysie progressive qui nous offre les rémissions les plus extraordinaires.
Comment est-il possible d’interpréter les périodes d’alternance, d’inter^mittence et de rémission chez les aliénés, et de ramener ces stjmptômesàleur véritable origine ? — Mon intention n’est pas de me placer sur le terrain des nombreuses théories et hypothèses à l’aide desquelles les médecins de toutes les époques ont cherché à expliquer le mystérieux phénomène de la périodicité dans les maladies. Je veux seulement, en signalant les circonstances maladives dans lesquelles on observe des périodes d’alternance, d’intermittence et de rémission dans les affections mentales, restituer à ces phénomènes leur véritable caractère symptomatique, établir leur relation avec la marche, le développement et la terminaisori de la folie, et les ramener à leur origine réelle, en démontrant qu’ils se produisent plutôt dans telle variété de folie que dans telle autre, et sous l’influence de telle cause aussi plutôt que de telle autre. Je désire prouver, en dernière analyse, qu’il n’y a en réalité, dans l’observation du tait,
(1) L’intermittence est bien réelle, et si l’on pouvait en douter, j’ajouterai? que. si cette intermittence, qu lieu de durer vingt et un jours, se prolongeait pendant plusieurs mois, il serait impossible de résister au désir bien naturel qu’a cette malade de retourner dans sa famille. Bien mieux, l’autorité judiciaire, à laquelle nous somme» soumis dans nos asiles, n’admettrait pas V intermittence, et statuerait d’office sur l’opportunité de lu sortie. Qu’on me permette encore une autre considération de l’ordre médico-^légal, G’est dans cette période de rémittence que les malades, lorsqu’ils sont en liberté, commettent parfois des actes qui les rendent passibles des tribunaux. Quelle n’est pas alors la difficulté pour faire comprendre et admettre aux magistrats les circonstances qui peuvent militer en faveur de la non-resp,onsabi}ité !
LEURS RAPPORTS AVEC LE DÉBUT, LA MARCHE ET LA FORME DE LA FOLIE. 479 aucune des conditions requises pour en faire un genre spécial, une variété particulière d’aliénation mentale.
Constatons d’abord que tous les auteurs sont d’accord pour signaler, en aliénation, un plus grand nombre de phénomènes de périodicité chez les femmes que chez les hommes. J ’ai déjà établi le rapport qui existe entre le retour de certaines exacerbations dans la folie et l’écoulement des menstrues, pour que ce fait n’ait rien que de très explicable au point de vue physiologique. D’un autre côté, étant admis que le phénomène de la périodicité se lie d’une manière plus intime à l’évolution des maladies nerveuses qu’à celle de toute autre affection, il est néanmoins des variétés de folie dans lesquelles le retour de certains phénomènes intermittents est plus souvent observé que dans d’autres.
Dans la première classe de mes aliénations héréditaires (classification, p, 258), j’ai fait remarquer qu’en raison de la prédominance du tempérainent nerveux propre aux individus de cette variété, ils étaient plus aptes que d’autres à contracter, la folie, et qu’ils déliraient avec facilité sous ‘des influences qui ne faisaient, pour ainsi dire, qu’effleurer la sensibilité des individus non prédisposés. Je connais des malades appartenant à cette catégorie, et qui, sans avoir jamais été isolés dans aucune maison de santé, éprouvent, à des époques régulières, et pour des causes qui reviennent d’une manière périodique, dés troubles singuliers dans leurs fonctions nerveuses. Ce sont des dépressions extrêmes de la sensibilité, alternant avec une exaltation très grande dans la même fonction. L’irritabilité naturelle des malades est plus vive, toutes les manifestations sensoriales s’exécutent d’une manière plus douloureuse. Quelques-uns de ces êtres névropathiques et prédisposés à l’aliénation se signalent, dans ces circonstances, par un dégoût presque insurmontable de l’existence, par la persistance fatigante de certaines idées fixes, dont les unes ne sont que ridicules et absurdes, mais dont les autres plongent, par leur caractère atroce, abominable, ces malheureux dans la plus grande perplexité. Ils éprouvent, en un mot, tous les phénomènes propres à la période prodromique de la folie, et s’ils ne deviennent pas aliénés, ils le doivent d’une part à la bonne direction hygiénique et prophylactique que des médecins intelligents savent leur imprimer, et de l’autre à la connaissance qu’ils ont eux-mêmes de leurs prédispositions maladives, contre lesquelles ils réagissent de toutes leurs forces.
Dans nos asiles, ce sont les malades appartenant à la classes! nombreuse des aliénations héréditaires qui nous offrent les caractères les plus saillants de l’alternance, de l’intermittence, de la périodicité et de la rémission. On ne s’étonnera pas de voir les mêmes phénomènes se pro-
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duire dans les folies épileptique et hystérique, variétés dont les manifestations maladives fondamentales se rattachent d’une manière si intime à la périodicité. Je signalerai, à propos de l’épilepsie, un fait qui me paraît avoir été omis dans l’énumération des symptômes propres à la folie épileptique, et qui est de nature à nous faire mieux apprécier la valeur de certaines intermittences au point de vue du diagnostic et du pronostic.
J’avais remarqué depuis longtemps une certaine classe de malades dont les accès d’agitation, franchement caractérisés et constituant l’état maniaque, dans l’acception la plus rigoureuse de cè mot, alternaient avec des périodes de rémission si parfaites et si prolongées, qu’il ne pouvait entrer aucun doute dans mon esprit sur la guérison de ces aliénés. Ce n’est qu’après de nombreuses et pénibles déceptions que j’ai dû forcément porter une attention plus grande à la marche et au développement del’alfection mentale chez ces sortes de malades. Ce qui me frappait surtout, c’était l’invasion brusque des mêmes phénomènes maladifs après des rémissions qui variaient depuis quelques mois à des années. Les parents, que j’avais scrupuleusement interrogés, ne pouvaient me signaler aucun symptôme prodromique. La veille de l’invasion de l’accès, les malades vaquaient à leurs occupations ordinaires et ne se plaignaient de rien. Seulement, on remarquait une activité plus grande dans leurs mouvements et une excitabilité spéciale. Et puis, soudainement, l’accès éclatait avec les circonstances qui caractérisaient les accès antérieurs : violence extrême du délire, manifestation d’actes dangereux, mêmes impulsions irrésistibles; au point que, dans quelques circonstances, il est résulté de cette situation les accidents les plus déplorables, et que j’ai eu d’amers regrets d’avoir autorisé la sortie de ces aliénés.
Soumis de nouveau à mon observation, ces malades, après une période d’agitation égale en durée à celle qui avait précédé, revenaient soudainement à la raison, et se présentaient dans des conditions absolument semblables à celles qui avaient motivé une première sortie. Mais l’expérience m’avait rendu prudent, et la révélation d’un phénomène qui était resté à l’état larvé m’a permis de classer ces individus dans la catégorie à laquelle ils appartiennent en réalité. Jusque-là ils avaient bien offert, dans leurs idées et dans leurs actes, les caractères propres à la variété des aliénés épileptiques, mais ils pouvaient, jusqu’à un certain point, me laisser indécis sur la nature intime de l’affection dont ils étaient atteints. Toutefois le doute n’était plus possible, lorsqu’il me fut donné, après plusieurs rechutes et après une série de phénomènes d’alternance, de périodicité et d’intermittence semblables à ceux que j’ai décrits, d’assister à des accès formidables d’épilepsie. La maladie était donc définitivement jugée, moins
LEURS RAPPORTS AVEC LE DÉBUT, LA MARCHE ET LA FORME DE LA FOLIE. USi la manifestation des attaques convulsives ; peut-être quelques-uns tombaient-ils la nuit sans que le phénomène ait été remarqué.
Au reste, les faits de ce genre que j’ai recueillis sont maintenant si nombreux et les caractères de cette folie périodique tellement tranchés, qu’après avoir été longtemps tenté d’en faire une espèce à part, Je ne puis, pour être conséquent avec ma propre méthode de classification, que rattacher ces faits à leur véritable origine, et classer les malades qui nous les présentent dans la variété des aliénés épileptiques. Il n’est pas nécessaire pour moi que les accès soient confirmés ; mon attention a été trop vivement attirée sur les phénomènes maladifs de cette situation, pour qu’il me soit permis désormais de me tromper à propos du diagnostic et du pronostic. '
Maintenant , en dehors des variétés spéciales d’aliénation dans lesquelles l’alternance, la périodicité j l’intermittence, la rémittence, forment les éléments constitutifs de la marche, du développement et de la terminaison de ces affections, il est juste de signaler les rapports dans lesquels se trouvent ces phénomènes, avec des lésions ou des maladies spéciales de l’organisme, ou bien encore avec des influences extérieures qui dominent la situation des aliénés. Voici, sous ce rapport, les coïncidences que j’ai observées.
J’ai vu les exacerbations des aliénés renaître dans les circonstances de l’apparition ou de la rétrocession d’un exanthème chronique. Chez, d’autres, le trouble périodique des facultés coïncidait avec le retour d’un asthme, d’une maladie du cœur, avec la cessation d’un exutoire naturel ou artificiel, avec un dérangement spécial des fonctions digestives, l’invasion d’une maladie accidentelle ou le progrès d’une affection coexistante, phthisie, ramollissement cérébral, ou telle autre lésion organique. Il est, en outre, des tempéraments tellement impressionnables, que le moindre changement dans les habitudes et dans le régime, les moindres excès' même suffisent pour replacer le système nerveux dans des conditions ou l’on voit réapparaître tout le cortège des phénomènes maladifs qui constituent l’état de folie de certains malades.
Enfin, on peut dire, sans crainte d’être taxé d’exagération, tant est vive l’impressionnabilité des malades, que la périodicité dans les manifestations délirantes des aliénés est en rapport avec les influences extérieures auxquelles sont soumis tous les êtres organisés. « Il est, dit Esquirol, des maniaques qui ne sont agités, violents, emportés, qu’à certaines époques du jour, qu’à certain jour, que dans certaine saison, tandis que leur délire est calme et paisible pendant le reste du temps. Il en est dont la lypémanie ne devient plus profonde, plus accablante, qu’à des intervalles