LEORS RAPPORTS AVEC LE DÉBUT, LA MAUCHE ET LA FORME DE LA FOLIE
3“ Dans d’autres circonstances, les affections mentales nous ofîrent, dans leur marche et leur développement, le phénomène de l’intermittence comparable à l’intervalle qui sépare les accès d’une fièvre ou d’une maladie quelconque, et pendant lequel l’aliéné est dans son état naturel. Parmi le nombre considérable de faits de ce genre que j’ai observés, Je choisirai le plus saillant. Une malade, âgée aujourd’hui de trente-cinq à quarante ans, et qui appartient par le genre de sa maladie à la variété des hystériques, nous présente depuis douze à treize ans les phénomènes suivants. Au milieu du calme le plus grand, de la lucidité d’esprit la plus parfaite, et sans autre symptôme précurseur qu’une satisfaction plus grande à propos de l’état de sa santé, d’un désir plus prononcé aussi de recouvrer sa liberté, cette dame est invariablement prise, au milieu de son sommeil, de cauchemar et. d’agitation. Elle se relève alors, pousse des cris de terreur et se précipite hors de son lit. La crise d’agitation est inaugurée. Elle parcourt ses phases d’une manière identique. Le visage de la malade est décomposé ; elle cherche à se briser la tête contre les murs; elle refuse de manger ; elle est en proie à des terreurs indicibles ; elle frappe, mord, déchire tout ce qu’elle peut saisir. En un mot, le désorilre des idées, le trouble des sentiments, la dépravation des facultés instinctives ont atteint leurs dernières limites.
Cette situation, on ne peut plus pénible, dure régulièrement vingt-cinq à vingt-six jours. Vers le vingt et unième jour, la sédation est inaugurée ; la malade est dans la stupeur, mais elle ne cherche plus à nuire, et revient progressivement à l’exercice de sa raison. Dans les vingt et un jours que dure l’intervalle lucide, cette infortunée malade est on ne peut plus convenable et raisonnable eusses actes. Ses idées sont lucides, et l’exercice de ses sentiments ne laisse rien à . désirer. Les fonctions physiologiques sont parfaites, et la figure a repris son expression naturelle. Le retour de la crise ramène les mêmes accidents, les mêmes actes, le même délire.
Je rie puis, pour ce qui me regarde, accepter pour des foroies distinctès, pour des genres spéciaux, des situations pathologiques qui sont observées dans toutes les variétés' de la folie en général; mais Je m’associe de grand cœur à toutes les réflexions éminemment utiles et pratiques que les auteurs- que je cite ont émises dans cette discussion, touchant le, pronostic fatal des états pathologiques sur lesquels ils ont appelé l’attention des médecins. M. Baillarger cite, avec une sincérité qui l’hondre, des erreurs de pronostic qu’il a commises dans ces situations où une sorte d’équilibre s’établit, où le malade qui ne donne plus de signes de délire paraît entrer en convalescence. « Lorsqu’il s’agit d’un premier accès, dit M. Baillarger, il pourra arriver qu’on croie à la guérison. J’ai commis, dit-il, deux fois cette erreur. A peine les malades qui me paraissaient convalescentes étaientelles sorties de l’hospice, qu’on observait chez elles des symptômes d’excitation. Bientôt on les ramenait en proie à l’agitation la plus vive. » {Mémoire cité.)