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LEUR INFLUENCE SUR LA MARCHE ET LA TERMINAISON DE LA FOLIE

3“ Enfin, la maladie accidentelle qui surgit dans le cours d’une aliénation n’a aucune influence sur la marche de la névrose. Bien mieux, il peut advenir que la folie exerce une telle action sur l’affection intercurrente, que les symptômes de cette dernière soient masqués, et que l’individu succombe sans qu’on ait soupçonné l’existence d’une pneumonie, d’une pleurésie, d’un ramollissement ou de toute autre maladie mortelle; j’ai déjà signalé cette possibilité (p. 460 et suiv.j.

M. le docteur Thore, qui a étudié d’une manière spéciale l’influence réciproque de la folie et des maladies incidentes, se demande si les aliénés sont exposés à des maladies en tout semblables à , celles des autres individus, ou bien si la folie imprime un cachet particulier aux affections incidentes qui surviennent chez eux (1).

Pour répondre à cette double question, l’auteur commence par combattre les préjugés des médecins les plus distingués du siècle dernier, Ellis, Gox, Mead et autres, qui ont prétendu que les aliénés avaient une immunité contre les maladies en général.' Pinel avait déjà établi contre cette manière de voir une réaction qui à été continuée par MM. Esquirol et Ferrus.- D’ailleurs, Tépidérnie dé typhus qui régnait du temps de Pinel, et pendant laquelle il faillit succomber, et plus récemment encore l’épidémie de choléra, ont prouvé combien cette opinion était faussé.

Quant à la seconde proposition, voici comment l’envisage M. Tbôre : « S’il est vrai d’avancer, dit cet excellent observateur, que chez certains individus les lésions de l’intelligence' ont trop peu d’importance pour

. (1) Je ne puis trop recommander aux jeunes paédecins qui veulent faire de l’aliénation le but spécial de leurs études, de méditer f excellent travail de M. le docteur Thore, inséré dans les Annales médico-psychologiqües, sous le titre : Études sur les maladies incidentes des aliénés^ t. III, p. 16 ; p. 339. Ces deux premiers articles renferment d’excellentes considérations sur la, mortalité, les, crises et l’intervention médicale dans la manifestation des crises, t. IV, p. 11. — Maladies de poitrine, pneumonie {ibid., p. 182). — Gangrène du poumon, pleurésie, t. V, p. 16. — Asphyxies (iMd.,p, 342). — Maladies de l’abdomen, t. , nu, p. ISO et 404. — Maladies de l’encéphale, t. VIII, p. 56 et 359: — Apoplexies, convulsions, scorbut, etc!, Ç IX, p. 48. — Maladies chirurgicales, plaies , ophthaimies, tumeur des oreilles , phlébites , eschares. L’auteur cite de nombreux exemples où des pnèumonies, des pleurésies-, voire même des ramollissements cérébraux, ont existé chez des aliénés, chez des déments paralytiques surtout, sans que ces lésions se soient traduites au dehors par les symptômes qui leur sont propres. Elles ne sont révélées qu’à l’autopsie. — Voyez aussi un travail de M. Bouchet sur le même sujet (Annales, p. 337). Je dois ajouter encore, dans l’intérêt des études historiques auxquelles j’ai consacré une place assez large dans cet ouvrage, que les leçons cliniques faites en 1838 à Bicêlre par II. le docteur Ferrus, ont imprimé une impulsion spéciale à l’étude de l’influence réciproque de la folie et des maladies incidéiites. Il est bien à regretter que cet honorable et savant praticien n’ait pas résumé en corps de doctrine des enseignements aussi utiles pour les médecins en général.

Û88 DE l’état désigné sous lé nom de stupidité.

réagir sur le physique, il est aussi d’autres cas où elles sont trop profondément troublées et donnent aux maladies accidentelles une physionomie spéciale. Sans doute on né trouvera pas des différences telles qu’on pourra en faire des maladies tout à fait distinctes ; mais n’en est-il pas de même pour la pathologie de l’enfance et de la vieillesse, qui a de si nombreux rapports avec celles de l’âge adulte? (Thore, Maladies incidentes, dans Annales médico-psychologiques, t. III, p. 23.)

De l’état désigné sons le nom de stupenp on stupidité. — Lorsqu’on parcourt les asiles d’aliénés, on voit un certain nombre de malades qui, par leur immobilité, par l’absence de toute manifestation intellectuelle, par l’état d’hébétude et de consternation que reflète leur physionomie, nous représentent cette situation décrite par Félix Plater sous les noms de hebetudo, stupiditas, mentis consternatio. Sous le nom dé idiotisme, Pinel a fait allusion à certains états de stupeur, et Esquirol les aurait indiqués comme une variété de la démence. M. Baillarger a fait de cet état une variété spéciale d’aliénation sous le nom de stupidité. '

L’observation attentive des faits, loin de changer sous ce rapport mon ancienne manière de voir (1), ne fait que la confirmer. Je pense que l’aliénation puise dans l’élément névropathique qui constitue son essence les conditions suffisantes pour nous offrir dans ses périodes initiales, dans sa marche et sa terminaison, ces états désignés sous les noms d’hébétude, de stupeur, stupidité, et qui, dans quelques cas, offrent de l’analogie avec l’extase et la catalepsie. Je ne puis les regarder autrement que comme une modification accidentelle de la fonction nerveuse, ou comme- une complication de la maladie principale.

Une cause morale, telle que l’annonce subite d’une nouvelle douloureuse, imprévue, peut agir avec une si grande intensité sur l’esprit d’un individu, qu’il en résulte une suspension momentanée de toutes les fonctions cérébrales. La stupeur est, dans ce cas, un phénomène primitif; cet

(!) J’ai consacré, dans mes Études cliniques, t. II, p. 257, un grand chapitre à la question : De l’état désigné sous le nom de stupidité. Cet état doit-il être considéré comme un type particulier d’aliénation mentale? N’est-il pas plutôt une forme qui complique les principales perturbations intellectuelles ? Je renvoie à ce travail où j’ai longuement discuté l’opinion des auteurs. Il m’est impossible, vu l’importance des matières qui me restent à traiter, d’entrer actuellement dans d’aussi grands détails. Je dois, du reste, autant que possible, éviter les questions qui prêtent un côté trop considérable à la polémique, et, laissant la controverse, n’examiner que le côté pratique des choses. On consultera avec fruit le travail publié sur ce sujet en 1835, par M. Étoc Demazy, ainsi .que les travaux plus récents de M. Baillarger. Il existe aussi sur le même sujet une excellente thèse de M. le docteur Sauze, médecin-adjoint de l’asile des aliénés, à Marseille : De la stupidi/é, de sa nature psychologique et de son traitement (Paris, 1852).

DES RAPPORTS DE CET ÉTAT AVEC SES CAUSES GÉNÉRATRICES. £l89 état peut se prolonger. Pinel l’a désigné sous le xïom‘ à' idiotisme produit par des affections vives et inattendues. (Voyez Étiologie, § vi, p. 202 et suiv. : causes morales spécifiques; influence de Y émotion^ de la terreur sur les facultés intellectuelles.)

D’un autre côté, la phase de dépression qui constitue une période essentielle dans l'évolution des maladies mentales peut continuer outre mesure sous l’influence de causes spéciales telles que, épuisement extrême des forces du malade, concentration excessive de la pensée sur un point douloureux, hallucinations terrifiantes qui subjuguent l’aliéné, l’imniobilisent, le réduisent à un état purement automatique. Il s’en faut, et M. Baillarger a parfaitement fait ressortir cette circonstance, que chez tous ces malades il y ait suspension complète des facultés intellectuelles. Il est des aliénés réduits à l’état de stupidité, qui ont conscience de ce qui se passe autour d’eux, et qui offrent, sous ce rapport, une certaine analogie avec la catalepsie. Mais, ainsi que je l’ai dit, la nature de leur délire immobilise leur pensée, et suspend l’exercice des mouvements volontaires. Ils restent fixés à la même place, et si la sensibilité n’est pas absolument abolie, elle est au moins considérablement diminuée. J’ai vu des situations de ce genre se prolonger des mois, des années. Dans ce cas, le pronostic est funeste, l’état de stupeur prolongée avec courtes intermittences se reliant le plus ordinairement à des conditions héréditaires.

J’ai vu l’état de stupeur sur vénir après des crises formidables d’excitation maniaque , après des convulsions épileptiques, après le délire violent qui suit l’intoxication alcoolique. Dans ces cas, l’état d’hébétement et de stupeur, la résolution des forces physiques, la suspension complète des facultés, trouvent leur explication dans la nature même du mal, sans qu’il soit nécessaire de faire intervenir l’influence de l’hallucinatidn ou de l’idée délirante. Ces états sont ordinairement de peu de durée. Dans quelques circonstances, ils peuvent se prolonger, ainsi que j’en ai cité un exemple chez un jeune aliéné qui, après un accès maniaque accompagné de convulsions tétaniques, resta six mois dans un état de si profonde stupeur, que l’immobilité d’iine statue pouvait seule lui être comparée. On dut recommencer chez ce stupide l’éducation instinctive. Il ne savait plus ni manger ni marcher. Quand on levait sa jambe, il fallait rabaisser vivement le membre pour faire comprendre au malade ce qu’on exigeait de lui. Il tenait indéfiniment sa cuiller à la bouche. On n’obtenait aux demandes qu’On lui faisait que des réponses monosyllabiques, et cela après un temps où 1 ’interrogateur avait déj à oublié le but et le sens de sa question . Quoi qu’il en soit, le diagnostic différentiel de quelques-uns de ces états de stupeur dans leurs rapports avec la cause pi’oductrice peut être éclairé

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par les manifestations diverses de la sensibilité. Quelques-uns de ces malades ne réagissent plus contre les agents destinés à provoquer la douleur ; d’autres témoignent, quoi qu’en aient dit quelques auteurs, ressentir de la souffrance quand on les soumet à des épreuves douloureuses, à l’application de la pile électrique,, par exemple (1),

Dans son évolution, la paralysie générale se montre aussi avec des phases caractéristiques de stupeur. Cet état est ordinairement précédé de certaines manifestations délirantes diamétralement opposées aux conceptions maladives habituelles des malades. Ils ne délirent plus dans le sens des idées de grandeur ; ils tombent au contraire dans la prostration. Ils perdent le sentiment de leur personnalité; ils croient être réduits à un état tellement in fime , qu iis ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes; quelquesuns même prétendent être morts et parient d’eux à la troisième personne.

. J’ai plusieurs fois observé l’état de stupeur après de violentes crises hystériques, et il est rare, lorsque la situation se prolonge, que les inspirations d’éther ne fassent pas sortir les malades de leur hébétude. En examinant tous ces faits et en les rapportant à leur véritable origine, j’ai pu me convaincre que le symptôme stupeur n’était qu’une complication de certains états d’aliénation correspondant, dans quelques cas, à une lésion dynamique des centres nerveux ^ et, dans d’autres, à des situations plus graves, telles que la congestion, l’oedème du cerveau, la compression de cet organe par les infiltrations de sérosité. Tous ces phénomènes pathologiques peuvent amener la stupidité. MM . Étoc Demazy et Scipion Pinel ont cité des exemples de compression séreuse du cerveau. M. Belhomme, dans ses recherches sur la localisation de la folie, rattache à l’œdème de l’encéphale les cas de stupidité qu’il, a observés? [Çonsidératims sur l'œdème du cerveau produisant la- stupidité' chez les aliénés. Paris, 1830.)

(1) Il est une aliénée de notre asile qui nous offre un exemple frappant de cet état pù les facultés sont non-seulement affaiblies, mais comme suspendues, oU les impressions ne sont pas perçues distinctement, où les excitants les plus actifs appliqués sur la peau-ou portés sur les narines, ne sont plus sentis ou causent à peine, ainsi que In dit M. Étoc Demazy, une légère sensation de chatouillement qui n’a rien de douloureux. Eh bien, cette même stupide ne peut rester impassible sous l’influence des décharges électriques. Nous ayons dû recourir à ce, moyen pour la faire manger. Nous en agissons ainsi pour d’autres malades dans la phase de stupeur, et n’avons jamais recourè à l’alimentation forcée au moyen, de la sonde. Je ne pourrais citer aucun exemple bien complet de sensibilité absolue dans l’état de stupidité simple. Chez quelques aliénés, il sè manifeste, il est vrai, une force de volonté extraordinaire pour réagir contre la douleur ; mais l’épreuve a toujours été décisive en faveur de la persistance de la sensibilité, lorsque la stupeur n’était pas la conséquence des états précités : épilepsie, convulsions, %,toxication alcoolique.

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