‹ Traité des maladies mentalesChapitre 175 sur 306 · EXTASE. — CATALEPSIE · texte numérisé non relu

EXTASE. — CATALEPSIE

Extase, catalepsie, (l'/rotct?, de èf, dehors, avâaiç. Station ; xaralr/Jijç, dé ■/MralapSâveiv, Surprendre, saisir). — • Je suis entré dans quelques détails à propos de l’état de stupeur, parce qu’il est utile d’être fixé sur un phénomène qui est loin d’être sans influence sur la marche et le développement de la maladie mentale. Je ne parlerai de l’extase et de la catalepsie qu’à titre de complication très rare dans le cours ordinaire de l’aliénation (1). Ce sont là des situations névropathiques qui se rattachent d’une manière plus intime, d’une part à l’histoire des folies épidémiques, à celle du délire religieux surtout, avec concentration prolongée.^ exclusive, de là pensée sur des sujets mystiques, et de l’autre à certains états névropathiques, tels que l’hystérie, ainsi qu’à dès affections cérébrales idiopathiques ou sympathiques; je vais en citer un exemple dans un instont. Je me réserve, dans la description de la folie hystérique, de donner quelques observations d’extase et de catalepsie se rapportant à cette variété de vésanie,

. Tout le monde connaît les caractères différentiels que les auteurs ont donnés de l’extase et de la catalepsie, et je n’ai pas à les décrire ici. Mais ce qui est certain, c’est que l’extase, dont il est si souvent fait mention dans les' livres ascétiques, et qu’une illustre . extatiqùê a désignée elle-niême SOUS le nom d’rheureuse extravagance , céleste folie, doit être distinguée de cet état caractéristique où il y a immobihté des membres, fixité du regard, contraction tétanique alternant avec Ig résolution, insensibilité , etc., état qui, par sa prolongation et par l’ensemble de ses symptômes, suppose une affection spéciale des centres nerveux, et qui forme une complication très inquiétante dans l’évolution d’un accès de folie,

Une femme qui, une première fois déjà, avait été traitée en 1852, à Saint-Yoh, pour un état d’jexàltation mystique, retomba malade en avril 1859. A sa première entrée, elle ne répondait aux questions que par

(1) M. Guislain, pour qui le mot extase n’impügue pas le ravissement dont les romanciers et les poëtes ont si souvent donné le type, et qu’il est loin de confondre non plus avec l’extase mystique, attache cependant à ce mot un sens gui n’est pas celui de la stupidité. Il s’étonne (t. I, p. 148) que chez les auteurs français il ne soit pas fait question de cette maladie. K La confondrait-on, dit-il, avec la stupidité? » J’avoue, pour ma part, n’avoir pu me faire une idée nette de la forme désignée par le savant médecin bélge, èt je ne puis regarder autrement que comme la catalepsie un état dans lequel, d’après M. Guislain, fonctions de la sensibilité, fonctions de la motilité, fonctions de l’intelligence, tout est suspendu. M. Guislain avoue bien que c’est là un état en quelque sorte cataleptiforme. Tout ce que je puis ajouter, c’est que dans la folie avec prédominance d’idées religieuses exagérées, d’idées mystiques chez des simples d’esprit, il n’eSt pas rare de voir ces phénomènes semi-cataleptiques. J’ai donné, dans mes Études cliniques, p. 278 et suivantes, des observations de ces individus ayant l’appafence d’extatiques, et chez lesquels je faisais remarquer aux élèves un délire que Ton pourrait appeler délire d’humilité.

Il92 LA CATALEPSIE CONSIDÉRÉE COMME SYMPTÔMES d’aFFECTIONS DIVERSES, des gestes, levant les yeux au ciel et se livrant à des démonstrations mystiques. Aujourd’hui elle nous présente à peu près les mêmes symptômes. Elle a la tête baissée, les cheveux en désordre ; elle garde obstinément les yeux fermés, et ne veut répondre à aucune de nos questions. Dans certains moments elle prend des poses d’illuminée, regarde fixement le ciel et semble absorbée dans la contemplation de quelque chose de surnaturel. Si l’on change ses bras de position, ils gardent celle. qu’on leur a fait prendre, comme dans la catalepsie. La malade refuse obstinément toute espèce de nourriture.

Le lendemain de son entrée, nous la trouvons, à la visite du matin, couchée sur son lit, les bras étendus en croix et offrant une rigidité tétanique. Les efforts l^s plus énergiques peuvent à peine déranger la situation des membres , et amener une demi-flexion qu’ils abandonnent bientôt pour reprendre leur position première. La sensibilité semble anéantie ou du moins beaucoup diminuée; des piqûres d’épingle ne font pas jeter à cette femme le moindre cri de douleur, et ce n’est guère qu’à la région temporale qu’il se révèle une légère sensibilité.

Soumise à l’influence de l’éthérisation, la malade reste dans le mutisme qu’elle avait gardé jusque-là ; ses membres perdent leur roideur ; elle ouvre des yeux ébahis, et consent à avaler quelques gorgées de liquide; mais, dès que l’influence de l’éther cesse de se faire sentir, cette femme retombe dans son état de rigidité musculaire.

Pendant les huit jours qu’elle passe à l’asile, la malade reste dans son ' lit, prenant des poses plus ou moins bizarres, ayant les yeux presquè toujours fermés ou bien fixés sur un point quelconque, ne répondant à aucune des questions qu’on lui adresse, et refusant toute espèce d’aliment solide. Dans les deux ou trois derniers jours de son existence, nous trouvons le pouls plus fréquent, la peau se couvre d’une sueur visqueuse dont l’odeur est très pénétrante. La mort arrive après le huitième jour.

Autopsie. — Les membranes cérébrales sont fortement injectées, les sinus de la dure-mère sont gorgés de sang. L’arachnoïde s’enlève assez facilement, mais elle est épaisse et fortement injectée. La substance corticale présente à la coupe un pointillé rouge très abondant. Des traces d’inflammation dans l’intestin et le poumon droit, un cœur petit, très consistant, revenu sur lui-même, comme par l’effet d’une contraction violente, résument les désordres qu’il nous a été donné de constater chez cette aliénée en dehors des lésions cérébrales proprement dites.

Si je rapproche maintenant cette observation de celles que j’ai colligées avec grand soin chez les auteurs, je ne puis m’empêcher de voir, dans la grande majorité des cas désignés sous le nom de catalepsie, des symptômes

DES DlFFÉRExNTES TERMINAISONS DE LA FOLIE. Zl93

appartenant souvent à des affections diverses. Un fait rapporté par le docteur Bashain {A7^chioes générales de médecine, juin 1846), et où les phénomènes cataleptiques étaient les symptômes d’une encéphalite aiguë, se rapproche beaucoup de l’observation que j’ai citée. Mais, encore une fois, il serait difficile de voir dans les symptômes décrits par la plupart des médecins les caractères communs fournis par une maladie de même nature. Telle est aussi l’opinion de M. le docteur Jules Falret, qui a fait un très bon travail sur cette matière. « Je pense, dit ce jeune médecin, que l’on a réuni sous le nom.de catalepsie des faits qui diffèrent singulièrement les uns des autres, non-seulement par l’ensemble de leurs symptômes et par leur marche, mais par le caractère mêmer|ui seul permet de les rapprocher, et que par conséquent, dans la description que l’on a donnée jusqu’ici de cette affection, on a plutôt fait l’histoire d’un symptôme que d’nne maladie véritable (1). »

Terminaisons. — J’ai décrit les symptômes des périodes prodronaiques, ainsi que les phénomènes d’alternance, de rémittence et de périodicité qui signalent la marche des maladies mentales^; j’ai fait la pai’t des perturbations que les maladies incidentes amenaient dans le cours de l’aliénation ; je me suis enfin efforcé de ramener à leur véritable signification certains, états pathologiques, tels que la stupem% Y extase et la catalepsie. Il me reste à parler des terminaisons de la folie et du pronostic de cette affection. Quelques considérations sur la manière de comprendre l’anatomie pathologique de la folie compléteront le livre de la pathologie générale.

La folie se termine par la guérison, par la démence ou par la mort. Proclamer la curabilité de la folie, c’est se poser résolûment vis-à-vis d’un fait confirmé par l’expérience médicale des siècles. Les maladies mentales guérissent sous l’influence des causes les plus capables d’amener la régénération de l’état mtellectuèl et physique de l’individu, je veux parler des crises physiologiques et morales. J’ai connu des malades chez lesquels l’explosion de la folie pouvait être considérée comme la terminaison critique d’un état névropathique antérieur signalé par des souffrances continuelles et par des défaillances des facultés fondamentales de l’esprit. Après leur guérison, ces mêmes individus accusaient une volonté

(1) De la catalepsie, par le docteur Jules Falret {Archives , générales de médecine, numéro d’août 1857 et suiv.). On consultera aussi avec fruit, à propos des phénomènes extatiques, les deux importants ouvrages de M. Lélut smV Amulette de Pascal ci sur le Démon de Socrate, le Traité de la catalepsie, par M. le docteur Bourdin. Dans un mémoire lu à la Société des sciences, arts et belles-lettres de l’Eure, M. le docteur Delasiauve a auSsi émis des considérations pleines d’intérêt sur l’extase.

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