FOLIES HÉRÉDITAIRES A ÉVOLUTION SIMILAIRE
subites de raison, récidive non moins subites phénomènes cataleptiques. Dans l’un et l’autre dé ces cas l’affection eut une terminaison heureuse.
Je n’ai jamais vu là transmission de la folie liéréditairei à évolution similaire, sè présenter d’une manière aussi frappante à mon observation que dans une famille issue d’un père hypochondriaqüe et d’une mère affectée de névropathie protéiforme et douée en outre d’une intelligence faible.
Cinq enfants, trois ffls et deux tilles, provinrent de ce mariage. Une d’elles, la cadettes qui avait du reste avec son aînée la plus grande analogie, tant au point de vue physique qu’au point de vue moral, fut confiée Ultérieurement à mes soins, et souffrait d’une folie hystérique. Les trois fils, qui sont aujourd’hui des hommes de trente-cinq à quarante-cinq ans, sont tous remarquables par la faiblesse et la pusillanimité de leur caractère, ainsi que par ieür ressemblance physique. Ils sont tous atteints, à des degrés à peu près semblables, de névrose hypochondriaqüe | néanmoins leur état habituel de souffrance ne les a pas empêchés d’avoir une existence commerciale assez active et de montrer de l’intelligence dans la direction de leurs affaires. Ils Ont uni leurs intérêts^ et comme ils ne peuvent vivre séparés les uns des autres, aucun ne s’est déterminé à se marier , les frères pas plus que les sœurs. Lorsque la cadette était isolée à notre asile, la visite fréquente de ses frères et de sa sœur ne permirent pas d’imprimer au traitement une direction convenable; et les regrets provenant d’une séparation forcée s’exprimaient d’une manière si vive, que je dus hâter le retour de la malade pour ne pas exposer les autres à devenir à leur tour complètement aliénés.
Je n’ai jamais vu similitude pareille d’idées, de sentiments et de tempérament entre les membres d’une même famille, union aussi grande entre des êtres névropathisés. Dans les situations de ce genre, les antipathies naissent plus facilement que les sympathies, et la répulsion souvent involontaire des individus les uns pour les autres S’établit en raison des névropathies diverses qui les tourmentent. Jé dois ajouter, comme complément de nos étudiés sur les transmissions héréditaires, qu’une autre branche de cette famille, s’est éteinte dans la démence. Une cousine issue germaine est la dernière représentante de cette famille. Elle est à notre asile, et sa folie consiste dans une démence avec manifestation d’actes extravagants.
Ce n’est pas le seul exemple que je possède de familles dont tous les membres sont condamnés à la folie par suite de dispositions héréditaires, et qui se sont voués volontairement au célibat. Dans une génération composée de trois enfants, deux fils et une fille, et dont le père s’est sui-
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cidé, j’ai pafeillemelit TëmaEqtié cétte siinilitude d’idées délirantes et de sentiments anormaux qui semblent résumer en une seule entité morbide la folie de plusieurs membres d’une même famille. La lille de la famille dont je parle lut confiée à mes soins, et les frères avec lesquels j’étais obligé d’entrétenir une correspondance active tombèrent indirectement sous mon observation. Ges trois êtres bizarres, excentriques et névropathiques au plus haut degré, s’étaient créé l’existence la plus malheureuse qui se puisse imaginer. Réunis, ils ne pouvaient vivre ensemble, tant ils s’intkiençaient réciproquement d’urie manière fâcheuse par les oppositions continuelles de leurs goûts, de leurs Caractères et de leurs sentiments. Séparés, il leur était impossible d’allier leur manière de vivre avec celle de personnes étrangères, et leurs tendances au suicide se développaient alors avec uiie intensité spéciale. Leur vie se passa à combiner les modes les plus variés d’une existence en commun, sans atteindre jamais d’autre résultat que celui d’exâspérer leur position maladive. Chacun, individuellement^ appréciait très bien la situation del’autrei et ne pouvait arriver pour lui-même à cet état qui est l’indice de la sagesse et de la raison, savoir se posséder et se connaître soi-même (1).
Néanmoins, pour ce qui regarde la transmission des folies héréditaires similaires, j’ai déjà fait mes réserves en développant dans de nombreuses occasions la théorie des transformations successives et progressives des affections nerveuses. La pathologie du système nerveux nous placé, comme je l’ai dit, sur un terrain d’üne mobilité extrême. Il est presque impossible de concevoir qUe des affections identiques puissent se propagerdndéfiniment avec les mêmes caractères. Il arrive une époque où l’enchaînement et la dépendance réciproque et progressive des phéno^ mènes maladifs amènent non-seulement la dégradation progressive de la raCe, mais sa disparition,, par suite dq la stérilité dont sont atteints les individus. Dans d’autres circonstances, les générations s’éteignent, sinon par la stérilité, du moins par le défaut de viabilité des enfants^ qui naissent dans ces conditions malheureuses.
Exemples de folies béréditaires à éxrolutioD progressive. — 1 ° La
mère d’une de nos malades de Saint-Yon est morte dans une maison de
(1) Ce, qu’il ÿ a d’étrange dans cette situation, c’est qu’uu des membres dé cette famille, la sœur que j’ai traitée, connaissait seule le suicide du père. Un jour, en montant au grenier, elle trouva son père pendu, le détacha elle-même et fit croire aux frères qu’il était mort accidentellement. Cette demoiselle, très religieuse, se faisait de grands scrupules d’en avoir agi ainsi, et s’imaginait pouvoir être accusée un jour de la mort de son père; elle était persuadée qu’elle périrait de la même facoh. Les frères avaient aussi iiri penchant au suicidé, mais bien moins prononcé.