‹ Traité des maladies mentalesChapitre 192 sur 306 · FOUES HÉRÉDITAIRES A ÉVOLUTION PROGRESSIVE · texte numérisé non relu

FOUES HÉRÉDITAIRES A ÉVOLUTION PROGRESSIVE

santé destinée au traitera eut des maladies mentales. Son aïeule maternelle a donné elle-même des preuves de folie. Quant à notre malade, elle a toujours eu une intelligence assez faible, un tempérament irritable. Mariée et mère de famille, il s’est produit chez elle, à plusieurs reprises, des accès de délire. Le mal éclatait pour ainsi dire soudainement et se traduisait par une grande agitation, une incohérence extrême et la manifestation d’actes dangereux. Un délire des persécutions fait la base actuelle de la folié de cette malade; mais la disparition des sentiments, l’incohérence et la faiblesse des idées, font craindre une démence irrémédiable. Cette dame a d’ailleurs la tête mal faite, le front bas et fuyant en arrière, disposition disharmonique qui constitue un développement anormal, irrégulier, de la région occipitale, aux dépens des régions antérieure et latérales.

Madame *** a eu deux enfants. L’un est un jeune homme d’une nature active, très excitable et légèrement irrégulière. L’autre est une tille d’un tempérament très lymphatique. Elle a le nez épaté, les lèvres épaisses, la voix gutturale ; son intelligence est peu développée, et quant à ce qui regarde son type physique, la fille de notre malade ne ressemble ni à sa mère ni à son frère; ce sont des types essentiellement différents. Cette jeune femme est mariée; elle a eu deux entants. L’un est mort à huit ans, dans des convulsions. Il avait été placé dans une école, mais n’avait jamais rien pu apprendre : c’était un enfant arriéré. L’autre est un véritable idiot. Il y a eu des aliénés dans la famille du côté collatéral. D’autres membres de cette famille ont été affligés de névrose hystérique et hypochondriaque. On y compte un cas de rachitisme extrême, un autre de surdi-mutité, et l’on signale la mort précoce de plusieurs enfants. Dans le malheureux idiot dont j’ai parlé s’éteint la descendance materr nelle de notre malade. L’observation ultérieure pourra seule indiquer ce qu’il adviendra de la descendance du fils qui vient de se marier. Il n’est pas sans exemple, et j’ai intentionnellement appuyé sur ce fait, que dans des occurrences semblables le développement ultérieur des transmissions héréditaires ne puisse être enrayé par l’introduction d’un sang nouveau et régénérateur. Les descendants se. trouvent alors dégagés, ainsique je l’ai dit, de l’élément dégénératif dont ils étaient atteints, et leurs enfants remontent progressivement vers un type plus parfait.

2“ D’un père ivrognequi mourut paralysé général et descendait lui-même d’un homme violent, irritable, est né un individu confié à mes soins et qui de bonne heui’e a manifesté des tendances hypochondriaqu es avec prédominance du délire des persécutions et propensions homicides; sa femme a failli devenir victime de sa fureur. Avant d’être isolé à l’asile dont j’étais précédemment médecin en chef, cet aliéné a eu de violents et subits accès

OBSERVATIONS

de folie qui se dissipaient avec la même promptitude et faisaient surseoir à son isolement. Depuis (quinze ou dix-huit ans qu’il vit à l’asile, l’existence de cet homme a été une suite non interrompue de périodes alternantes d’excitation et de dépression. Dans les rémittences, il se distingue par les soins qu’il donne aux autres malades, mais il est d’une nature triste, morose, mécontente. Son fils a été atteint, à l’âge de dix-sept ans, d’un état d’excitation maniaque, et depuis est tombé dans un état de stupidité et d’idiotisme. Ses autres enfants sont peu intelligents.

3” La rapidité, souvent même l’instantanéité avec laquelle se déclare un accès de folie chez les individus prédisposés, et, d’un autre côté, la disparition presque subite des accidents nerveux les plus graves chez les personnes prédisposées, sont des symptômes significatifs de la folie héréditaire.

Une femme, non mariée, âgée aujourd’hui de soixante-cinq ans, et dont les parents ne se faisaient remarquer que par l’exagération du tempérament sanguin, par un caractère violent, bizarre, excentrique, est soumise depuis plus de quarante ans à des exacerbations de folie furieuse durant régulièrement six semaines à deux mois, et qui sont provoquées par la moindre contrariété. L’accès maniaque finit presque subitement, et la malade a des périodes d’intermittence de cinq à six mois dans lesquelles sa raison est parfaite. Cette femme, qui est actuellement à Saint-Yon, vient d’y être reçue pour la trente-septième fois, et, chose singulière, son intelligence, qui est très développée, ne présente aucun affaiblissement. Son père est, de son côté, un homme d’une grande valeur intellectuelle et d’une originalité remarquable, mais n’ayant apporté dans la direction de ses affaires ni suite, ni coordination. Un des frères de la malade a été aliéné, mais il n’a pas présenté la même propension à la récidivité.

k» Une jeune fille dont le père a été dans un asile d’aliénés et qui s’est suicidé en rentrant chez lui, a toujours eu un caractère très irritable et très difficile. Un de ses frères s’est suicidé, un autre est aliéné, et un troisième est d’une nature hypochondriaque. La mère de cette jeune personne est elle-même d’un tempérament excessivement nerveux et ne sympathise que très médiocrement avec sa fille. La veille même du jour où la malade nous fut amenée dans un état d’exacerbation difficile à décrire, elle était au comptoir de sa mère, qui est marchande, et eut avec elle une altercation violente. Elle se retira immédiatement dans sa chambre, où elle eut une crise de larmes avec manifestation de spasmes ; bientôt après éclata un violent accès de délire. Deux jours après son arrivée elle était calme, mais elle eut plusieui’s alternatives d’agitation et de dépression. Cet état névropathique aigu avec délire général et explosion intercurrente

538 SIMPLES EXCENTRICITÉS HŸPOCHONDRlAQüES CHEZ LES PARENTS, de fureur, ne fut jugé que par un violent accès de manie qui dura trois mois sans interruption et sans que la malade ait goûté un seul instant de sommeil. Cette crise cessa sans transition autre qn’un état de stupeur qui dura deux ou trois jours, et depuis deux ans la malade n’a rien épPOUvé.

5° La gravité de la folie héréditaire, à évolution progressive, n’est pas toujours eh rapport avec l’intensité des symptômes chez les ascertdants, et la transition d’un état à un autre ne se fait pas toujours par des degrés insensibles, mais parfois elle s’opère subitement. Dans d’autres circonstances il semble y avoir un temps d’arrêt, et la folie sauté d’une génération à une autre.

j’ai vu des folies hypochondriaqués, avec exacerbation maniaque intermittente et terminaison par la démence, se produire chez des individus dont les ascendants n’avaient montré que cette disposition à certaines excentricités hypochondriaqués que j’ai déjà signalées : ne pas vouloir toiicher des pièces de monnaie ou la clef des appartements, a moins de s’envelopper les mains ; ne pas s’asseoir dans un endroit avant d’avoir secoué la poussière un nombre de fois ; ne pas manger ou boire dans des vaissélles inèonnües sans leur avoir fait subir un grand nombre de nettoyages ; commettre, en Un mot , des futilités de toutes sortes, ressentir des craintes, des préoccupations, aussi bien à propos des intérêts de la santé. physique que des intérêts de l’ame [scrupules religieux), etc.

Dans le plus grand nombre de ces circonstances, il y a toujours chez les descendants progression et souvent transformation.

Une dame, née d’une famille où le suicide exerça les plus grands ravages, est prise, à l’âge de retour, de folie avec tendance au suicide; mais la forme delà maladie n’est plus la même que chez les ascendants, où le suicide se montrait dégagé de toute autre préoccupation maladive. Il existe chez elle des complications qui se signalent par des périodes d’exci^ tatioii et de dépression, par des phases de stupeur profonde, d’immobilité persistant dès jours, des mois, des années, et laissant, après leur dis^ parition, la raison intacte.

Une dame excentrique, érotique, et qui, à l’âge de soixante et dix ans, disposa de son immense fortune pour épouser un jeune homme, légua à sa fille un caractère bizarre, apathique, indifférent, désordonné. Celle-ci passait tout son temps à des futilités incroyables ; elle achetait des choses inutiles qu’elle abandonnait ensuite avec indifférence ; elle ne témoignait pour les siens aucune affection, et ses sentiments ne s’exerçaient pas plus dans le sens des croyances religieuses que dans le sens des plaisirs du monde ou des obligations sociales. Le père était un homme d’une

ÉVOLUnoN PllOGRESSiVE CHEZ LES DESCENDANTS. 539

haute intelligence et que l’impoTtance et la multiplicité de ses affaires empêchaient de s’occuper d’une manière continue de ses enfants. Des quatre garçons et des deux filles issu^ de ce mariage, tous présentèrent, et cela dès l’âge le plus tendre, certaines dispositions artistiques et même intellectuelles rèmarqüables ; malheureusement, l’avenir ne se chargea pas de confirmer les eSpérânces qiie les parents pouvaient concevoir. Sans comp ter que l’on observa chez ces enfants un abaissement progressif de l’in tel ligeiice, une espèce de torpeur des facultés, ils se signalèrent tous par des caractères eiéentridues, désordonnés, indomptables ; par la lésion des sentiments, par le délire des actes, et par cet ensemble de mauvaises dis-* positions instinctives qui nous décident à faire une classe nouvelle pour ces tristes représentants des transmissions héréditaires de mauvaise nature. Je vais en parler dans un instant.

6 ' Quelquefois la gravité de la folie héréditaire à évolution progtèSsive, et sa terminaison promptement fatale, se déduisent delà double influencé fatale exercée par le père et la mère.

Ün père dans la famille duquel le suicide était héréditaire, unè mère qui avant son mariage était épileptique, et qui était restée d’une susceptibilité nerveuse extrême, donnèrent le jour à deux enfants, une fille et un fils. La fille, d’une assez pauvre intelligéncè, devint aliénée â l’âge de seize ans et n’eut jamais depuis fiuedes intermittences de courte durée. Le fils, qui avait montré de bonne heure des dispositions intellectuelles précoces et qui conserva ultérieurement des dispositions et des aptitudes singulières pour la musique et la poésie, présenta à râgé de six ans le type d’üné de ces folies instinctives qui se résument dans la perversité extrême des actes, dans les anomalies les plus incroyables des sentiments. Il traîna jusqu’à l’âge de dix-neuf à vingt ans une existence des plus malheureuses dans divers établissements d’aliénés, et il est aujourd’hui plongé dans l’idiotisme le plus complet.

Telles sont, au point de vue de la formation dés variétés maladives dans l’espèce humaine, les terminaisons des folies héréditaires à évolution progressive, lorsqu’il n’a pas été possible d’arrêter le cours fatal des événements ou de modifier les conditions pathologiquès des individus ^ L’observateur se trouve dans ces cas en présence de phénomènes pathologiques d’un ordre complexe, et qui présenteraient parfois de grandes difficultés de diagnostic et de classification, si la méthode que nous suivons, en rattachant, autant que possible, les effets à leurs causes génératrices, ne nous permettait pas d’assigner aux aliénés de cette catégorie la place qui leur convient dans la hiérarchie des folies héréditaires.

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