‹ Traité des maladies mentalesChapitre 212 sur 306 · TRAITEMENT ANTIPHLOGISTIQUE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT ANTIPHLOGISTIQUE

de son proiipstip. L’instantanéité des phénomènes maladifs, leur périodicité, leurs rémittences cliez les aliénés liéréditaires de cette catégorie, nous indiquent assez que si le pronpstic est grave, il n’implique pas cependant des chances aussi fatales que quelques médecins sont tentés de le croire. J’ai vu dans des situations pareilles, et cela grâce à un traitement epuvenable, s’inaugurer de véritables et solides guérisons.

Quoique, en règle générale, le traitement antiphlogistique ne spit pa§ indiqué dans les cas où la prédominance dp système nerveux produit des constitutions cachectiques, des tempérameuts irritables a^ec pomplication de chlorose, d’anémip? ü pe faut pas oublier que beaucoup d’aliénés héréditaires puisent dans le tempérament apoplectique de leurs parents une singulière disposition aux attaques pongestives du cppveau et aux maladies de cœur. .« Les attaques convulsives, les cas dé fièvrps cérébrales, de méningite franche ou insidieuse, les cas de ramollissement ou d’hémorrhagie du cerveau, les cas de périencéphalite chronique, simple ou compliquée, dit ayec beaucoup de raison M. le docteur Calraeil dans son dernier et excellent ouvrage, sont surtout fréquents parmi les individus qui comptent dans leur parenté ascendante des maladies de même nature que celles dont ils sont eux-mêmes frappés. Il ressort dp cette donnée constante de l’observation, que les influpnpes héréditaires doivent jouer un rôle tout exceptionnel dans le degré de fréquence dfô maladies inflammatoires de l’appareil nerveux intracrânien, et que ceux que ces phlegmasies atteignent de préférence sont déjà prédisposés le plus souvent à ce genre d’affection par leur organisation primitive et congénitale (1). »

Dans les cas de ce genre, et ils sont nombreux, les saignées devront être plutôt dérivatives que franchement déplétives. Il faut se garder d’épuiser les malades, afin de pouvoir souvent recourir à un moyen précieux au. point de vue prophylactique, indispensable dans les circonstances mù la congestion se produit et menacé non-seulement la raison, muls l’existence du malade. Je ne puis que donner, sous tous les points, raison à M. Calmeil lorsqu’il dif : « Les saignées locales, l’application des topiques réfrigérants sur la tête, l’usage des boissons à la glace et l’administration des lavements émollientSj auraient suffi dans plus d’un cas pour prévenir la manifestation des accidents intercurrents (2). » Des applications de sangsues derrière les oreilles, chez des individus périodiquement congestionnés, la même médication dirigée à la partie interne des cuisses citez les femmes mal réglées et qui, à chaque époque cataméniale, éprou-

(1) Calmeil, Traité des maladies inflammatoires du cervpff.'f.n P.aris, f8§a, t. JI, p. j64,9.

(2) Ibid., Pi 6S4.

INDICATIONS PARTICDLIÈBES, 591

•?ai^nt d|B singulières perturbations de l’intelligence, ont suffi pour conjurer, dans plus d’une circonstance, l’explosion d’un accès de folie chez les individus héréditairement prédisposés.

J’ai donné mes soins à un homme d’une constitution affilétique et qui, malgré les apparences de la santé la plue robuste, éprouvait, à des époques périodiques, tous les phénomènes maladifs propres aux individus prédisposés à la folie. Il était âgé de quarante-cinq ans, et avait déjà été placé une fois dans une maison de santé ; un de ses frères était mort aliéné. Le père, homme d’un naturel bizarre, irritable, était mort d’apoplexie cérébrale. Lorsque je fus appelé, je trouvai le malade plongé dans une profpnde stupeur ; le pouls était d’une lenteur extrême et la respiration presque insensible. Je fus prévenu que des situations pareilles étaient chez lui l’avant-coureur d’apcès rrianiaques dont l’intensité était toujours à redouter. Je n’hésitai pas à ordonner une saignée dérivative de 350 grammes, et à faire une application de seize sangsues derrière les oreilles.

Sous rinfluence de ce traitement, le pouls ne tarda pas à se relever, et le malade sortit de sa stupeur. Des indications spéciales m’engagèrent ultérieurement à rappeler, au moyen de pommades irritantes, deshémOTrhoïdes disparues depuis longtemps. Je pratiquai des frictions de pommade stibiée sur la tête; j’appliquai un séton à la nuque, et j’eus recours, dans le même moment, aux purgatifs à doses fractionnées. J’avais été prévenu que le malade avait eu antérieurement des pertes de connaissance avec phénomènes convulsifs, et je craignais une périençéphalite à forme insidieuse.

Le traitement fut suivi d’un plein succès, et le malade, dont je fus ultérieurement appelé à diriger l’hygiène, me donnait lui- même les renseignements les plus positifs sur les prodromes de ses accès. Les tendances congestionnaires cérébrales étaient si actives chez lui qu’il lui suffisait d’être affecté d’un coryza pour être porté à délirer ; la moindre émotion morale le jetait dans les mêmes perplexités. 11 avait aussi de fréquentes palpitations dues à une légère hypertrophie du cœur, et son caractèrg était devenu irritable, comme cela se remarque chez tous les mal ad és de cette catégorie. Toutefois, grâce à une médication antiphlogistique préventive, renouvelée à des époques périodiques et associée à une hygiène sévère qui n’excluait que les excitants, tels que les alcooliques, qui proscrivait l’usage trop fréquent du coït, je fus assez heureux pouf obtenir des rémissions complètes. Ce malade, héréditairement prédisposé à la folie, frappé déjà plusieurs fois de cette maladie, et qui était en pleine évolution d’un accès nouveau lorsque je le vis, fut ainsi replacé dans des

Page 1