TRAITEMENT ANTIPHLOGISTIQUE PRÉVENTIF
conditions d’activité intellectuelle et de bien-être physique qu’il n’avait
jamais éprouvées.
Je dois ajouter qu’il est rare de trouver un malade aussi heureusement disposé que celui dont je parle, à subir l’influence du médecin et à aider aux indications particulières du traitement par l’observation consciencieuse et intelligente de sa propre position. Nous connaissons assez maintenant les aliénés héréditaires pour savoir qu’ils sont instinctivement portés à commettre des excès de toutes sortes. Il en est d’autres qui, par une réaction inverse, vivent dans des préoccupations incessantes sur l’issue plus ou moins fâcheuse de l’état névropathique dont ils ont conscience, mais qui, ne sachant pas surmonter leurs craintes, tombent ainsi dans tous les excès des hypochondriaques.
Les indications du traitement antiphlogistique chez les aliénés en voie d’évolution de la maladie, et qui sont en outre héréditairement prédisposés à la folie, se déduisent de la prédominance du tempérament sanguin et de leurs dispositions congestives. Ces malades se plaignent de céphalalgies intenses et profondes ; leur sommeil est agité, ils ont des rêves effrayants, tombent dans la torpeur et perdent facilement la mémoire des choses. Ils ont des pandiculations, des vomissements, des éblouissements, des convulsions,, et pleurent facilement. Le médecin se tiendra sur ses gardes quand il remarquera un état spasmodique et convulsif dans les muscles de la face ; quand il observera que les yeux sont mobiles, injectés, et qu’ils projettent un éclat plus vif; quand enfin l’agitation, le besoin de locomotion succéderont à la torpeur et à la prostration.
Chez les aliénés héréditaires, l’accès de folie éclate souvent dans le cours d’une maladie aiguë qui a son siège ailleurs que dans le cerveau ; c’est ce que l’on observe dans les suites de couches, les pneumonies, les arthrites et une foule d’autres affections. On n’oubliera pas qu’en vertu de leurs dispositions particulières à la congestion cérébrale, les aliénés qui nous occupent en ce moment demandent parfois un traitement antiphlogistique plus rigoureux que d’autres. La vérité de ce principe résulte des faits d’observation.
« Les femmes hystériques (1), toutes celles qui ont des frères, des sœurs, et d’autres parents aliénés, demandent à être suivies de près par un médecin, et pendant les douleurs et à la suite de l’enfantement. Celles qui sont replètes, qui ont fait beaucoup d’efforts musculaires sans perdre beaucoup de sang, peuvent être prises de convulsions avant la fin de l’accouchement. Ces accidents et les autres symptômes
(1) Voyez Briquet, Traüà clinique et Ihérapeulique deVhyslérie. Paris, 1859.
TRAITEMENT DE LA PERIODE d’iNVASION.
congestifs peuvent se dissiper sous l’influence de saignées promptes ; mais on ne doit pas rester dans l’expectative, en permettant au sang de se fixer définitivement dans les capillaires du cerveau : on devra donc mettre tout en œuvre, dans les cas de cette catégorie, pour terminer le travail de l’accouchement et pour recourir à la phlébotomie autant de fois que cela sera jugé nécessaire. »
« Le délire qui survient après l’accouchement, sur un certain nombre de femmes (1), n’offre pas, à beaucoup près, toujours un caractère inflammatoire ; quelquefois cependant ce délire prend très vite l’expression qui caractérise la périencéplialite insidieuse aiguë, s’accompagnant de sécheresse de la langue, d’accélération du pouls, de pétulance musculaire, de soubresauts, d’insomnie, de cris inarticulés. Les médecins appelés auprès des nouvelles accouchées se tiendront plusieurs jours en garde contre les dangers d’une pareille affection, et c’est en insistant sur la sévérité du régime, sur la nécessité d’un grand calme moral, et en prévenant la réaction de l’appareil utérin sur l’encéphale, qu’on préviendra les phlegmasies intracrâniennes. (2) »
Ces réflexions que j’emprunte à M. le docteur Calmeil me semblent d’une importance extrême dans le traitement des maladies mentales en général, et des aliénations héréditaires en particulier. Dans les commencements de ma pratique, j’avoue que je ne tenais pas un compte assez rigoureux des érysipèles qui, chez certains aliénés, envahissent la face, les téguments du crâne et du cou, des phlegmons des régions parotidiennes, ainsi que d’autres accidents qui compliquent l’aliénation. Ces phénomènes doivent être pris en sérieuse considération lorsqu’ils sont accompagnés ou suivis de rêvasseries, de somnolence, de dispositions au coma, et qu’ils se présentent surtout chez les individus qui comptent des aliénés dans leur ascendance.
On pensait autrefois, dit M. Calmeil, que cet ensemble d’accidents devait être classé parmi les manifestations purement essentielles et dynamiques. Cela est vrai pour un grand nombre d’aliénés; je n’en excepte pas même les héréditaires. Mais parmi ceux-ci, il en est qui doivent leur prédisposition aux maladies inflammatoires du cerveau chez leurs ascendantSj et ce sont ceux qui nous préoccupent en ce moment. Or, chez ces derniers, il arrive assez souvent que les affections intercurrentes retentissent d’une manière funeste sur les fonctions encéphaliques. Les autopsies prouvent alors, ainsi qu’il est permis de le déduire des observations
(1) Calmeil, ouvr. cit., t. II, p. 6o4.
(2) Marcé, Traité de la fUie des femmes enceintes, etc. Paris, 1859.