INFLUENCE DES VOYAGES SUR LA SANTÉ DES ALIÉNÉS
tache à le tourmenter, à le diffamer, à le rendre malheureux, à le perdre, à le ruiner, vient mettre le comble à cette perversion morale. De là ce soupçon symptomatique , qui s’accroît souvent sans motif, quelquefois par des contrariétés inévitables , qui augmente en raison de l’altération des facultés intellectuelles et qui se peint si bien sur la physionomie des aliénés. » (Esquirol, Traitement de la folie, tome I,
En un mot, l’aliéné est devenu dangereux pour lui-même et pour les autres, non-seulement d’unè manière intermittente, mais d’une manière continue. Les soins, les marques de tendresse, les dévouements les plus absolus, ne sont capables ni de calmer ses exacerbations, ni de le convaincre de folie. Il se méconnaît lui-même, comment ne méconnaîtrait-il pas les autres? Il a pris en haine ceux qui avant sa maladie possédaient toute son affection, et l’on est obligé, dans l’intérieur de la famille, de recourir aux moyens de contrainte pour se préserver de ses violences; de là redoublements d’agitation et de fureur. Dans une situation pareille, l’indication ne saurait être douteuse ; il faut isoler le malade. Je ne parle pas seulement de l’aliéné au type héréditaire, mais de tous les aliénés sans exception ; aussi la nature du sujet m’oblige, pour ne plus y revenir, à traiter de l’isolement des aliénés.
Je n’entrerai pas dans des détails théoriques sur l’influence psychico physiologique exercée par l’isolement. Les ouvrages spéciaux sont pleins d’aperçus à ce sujet, et les généralités nous entraîneraient trop loin. Précisons les moyens mis à la disposition des familles et du médecin. Ce sont ; 1“ les voyages ; 2“ l’isolement à la campagne, dans une maison spécialement organisée pour le malade; 3° l’isolement avec d’autres aliénés, soit dans un établissement public, soit dans une maison de santé.,
1° "Voyages. — « J’ai Constamment observé, dit Esquirol^, que les aliénés sont soulagés après un long voyage, surtout s’ils ont visité des pays éloignés dont le site et l’aspect aient saisi leur imagination; s’ils ont éprouvé les difficultés, les tracasseries, les contre-temps, les fatigues ordinaires aux voyageurs. Les voyages agissent encore (et c’est là peut-être leur but le plus utile) en excitant toutes les fonctions assimilatrices ; ils provoquent le sommeil, l’appétit et les sécrétions. Les convalescents qui craignent de rentrer dans le monde, où ils redoutent d’avoir à parler de leur maladie, sont moins inquiets après un voyage qui est le sujet de leur conversation avec leurs parents et leurs amis. »
Ces réflexions sont justes; mais sans compter que les voj’^ages avec les frais énormes qu’ils nécessitent ne peuvent être que le privilège de l’inj-